traduction du site en :

Evénements

Octobre  2020
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
   
  1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  

nouvelles habitudes

Extrait de Toxic, le livre enquête de William Reymond :

« Le sirop de glucose-fructose est-il une cause directe de l’épidémie d’obésité ? Ces dernières années, des États-Unis à l’Allemagne, des scientifiques se sont penchés sur la question. Ajoutant, chacun de leur côté, une pièce au puzzle.

Ainsi, en 2000, des chercheurs de l’université du Minnesota travaillèrent sur les effets métaboliques du fructose sur le corps humain. Partant du principe que l’HFCS représente en moyenne 9 % de la consommation quotidienne des Américains, l’équipe menée par John Bantle tenta de recréer cette statistique en laboratoire, divisant des volontaires en groupes de consommateurs et de non-consommateurs. Après six semaines d’expérience, lointain rappel de l’expérience vécue par Morgan Spurlock dans le film Supersize me, les experts notèrent une importante différence. Chez les consommateurs de fructose, le taux de triglycérides présent dans le plasma apparut 32 % plus élevé. En clair, le taux de lipides dans le sang augmentait avec la consommation de fructose, rendant le « sujet » plus vulnérable aux problèmes cardiovasculaires. Bantle concluait ses recherches en écrivant : « Les régimes riches en fructose peuvent être indésirables, plus particulièrement chez l’homme ».

L’HFCS avait un effet inattendu. Sa consommation ne semblait pas uniquement responsable de la prise de poids, elle induisait aussi une augmentation des acides gras dans le sang. La conséquence ? Un accroissement des risques cardiaques, l’un des symptômes les plus fréquents de la pandémie d’obésité.

La piste parallèle suivie par l’Institut allemand de la nutrition humaine aboutissait à des conclusions similaires. Hella Jürgens et son équipe souhaitaient savoir si le fructose était responsable de la prise de kilos. L’idée ? Suivre l’évolution du poids de souris de laboratoires dont on contrôle précisément l’apport calorique. Les cobayes consommant des boissons sucrées au fructose connurent « une substantielle augmentation du poids sans que, pour cela, on augmente le nombre de calories ». En outre, recourant à la résonance magnétique, les chercheurs déterminèrent que « ce changement de poids était lié à une augmentation de la masse graisseuse ». Plus inquiétant encore : « Nous avons également observé la preuve d’un début de stéatose hépatique chez les souris exposées aux boissons sucrées au fructose ». La stéatose hépatique non- alcoolique, telle qu’étudiée par Jürgens, est une accumulation de lipides dans le foie. Autrement dit, les consommateurs dHFCS partagent donc désormais une pathologie avec les oies d’élevage, gavées pour produire le fameux foie gras.

L’étude allemande, « démontrant pour la première fois la relation entre les boissons sucrées au fructose et l’augmentation de la masse graisseuse […] sans que cela soit lié à une augmentation des calories », révélait une autre action de l’HFCS. En essayant d’expliquer pourquoi les souris avaient grossi malgré un apport calorique stable, Jürgens avait évoqué l’hypothèse d’une interaction entre le fructose et les mécanismes gouvernant notre relation à la quantité de nourriture. En fait, entre les lignes, il faut comprendre qu’elle cherchait comment réagissait notre cerveau. Cela tombait bien, c’était exactement la question que George Bray tentait d’éclaircir en Louisiane. »

La suite de l’enquête …………. demain.

 

 

Articles en rapport

Extrait de Toxic, le livre de William REYMOND :

« Pour approfondir la théorie selon laquelle le sirop de glucose-fructose avait réussi à contourner la résistance naturelle de l’organisme à l’excès de glucides et avait déréglé notre tolérance aux produits sucrés, d’autres observations de George Bray se révélèrent instructives. L’arrivée sur le marché de l’HFCS à la fin des années 1970 et la conversion totale des fabricants de sodas qui en résulta auraient dû fragiliser le marché du sucre. Mais il n’en fut rien. Au contraire, l’HFCS avait réussi à s’ajouter au sucre de canne au lieu de le remplacer. En 1980, la consommation annuelle de produit sucré basique (sucre de canne ou sirop de glucose-fructose) s’élevait à 55 kg par habitant. Vingt ans plus tard, elle dépassait 65 kg pour arriver aujourd’hui à 80 kg. Le consommateur avait donc fait une place supplémentaire à l’HFCS, lui offrant une part de marché de 42 %. Ramené en kilos, cela signifiait que l’Américain moyen ingurgitait désormais chaque année 33,4 kg d’HFCS ! Une progression radicale, puisqu’un an après son introduction et avant l’entrée en jeu d’ADM et de Dwayne Andreas, sa consommation atteignait tout juste 292 grammes par habitant. Que l’explosion des ventes de sodas ne pouvait expliquer à elle seule.

Sans que personne ne s’en rende vraiment compte, l’HFCS avait gangrené toute l’alimentation du pays : colas et autres soft drinks, mais plus largement, toute la nourriture produite de manière industrielle. Comme l’écrivait Bray, « aux États-Unis, on retrouve de l’HFCS dans presque tous les aliments contenant un édulcorant. […] L’HFCS est présent dans presque la totalité des aliments industriels ».

Ces remarques me renvoyaient à une autre étude, réalisée cette fois par des économistes d’Harvard. David M. Cutler, Edward L. Glaeser et Jesse M. Shapiro appartiennent eux aussi au bataillon de ceux qui ne se satisfont pas de l’explication classique donnée à la pandémie d’obésité. Constatant que l’arrivée de la crise avait été trop brutale et ample pour se résumer à des bouleversements d’habitudes, ils avaient disséqué les assiettes américaines.

Si le nombre de calories consommées chaque jour avait augmenté entre 1978 et la fin des années 1990, cette progression ne justifiait pas les kilos supplémentaires pris par de plus en plus d’Américains. Malgré le développement des chaînes de fast-food et l’explosion de la taille des portions dans les restaurants, les travaux de Cutler, Glaeser et Shapiro démontraient en fait que les calories avalées à chaque repas avaient légèrement… baissé ! Sur vingt ans, le dîner américain s’était même allégé de 59 calories chez les hommes et de 74 chez les femmes. En réalité, une seule catégorie avait largement augmenté : celle que nous mangions entre les repas. Des snacks d’origine industrielle dont l’apport calorique avait doublé et dont le point commun était de contenir une dose massive d’HFCS.

George Bray l’affirmait : L’HFCS était l’un des agents à isoler. Après tout, aucun autre produit n’avait accru sa présence dans nos estomacs de plus de 1 000 % en vingt ans. En outre, le taux de pénétration du sirop de glucose-fructose suivait une courbe similaire à la progression de l’épidémie. L’arrivée sur le marché de l’HFCS donnait donc du corps à la thèse d’une contamination presque soudaine, comme le soulignaient ces propos on ne peut plus clairs : « L’augmentation de la consommation d’HFCS a tout juste précédé la rapide augmentation de la prévalence de l’obésité qui s’est déroulée entre [les recensements] de 1976-1980 et 1988- 1994 ».

Résumons-nous. Le 2 décembre 1971, Earl Butz avait reçu deux missions : sauver la tête de Nixon et industrialiser l’agriculture américaine. Sa politique avait créé des stocks colossaux de maïs subventionné.

Les chimistes de la Clinton Corn Processing Company avaient de leur côté découvert comment transformer ce grain sans valeur en or jaune.

Dwayne Andreas, à la tête d’Archer Daniels Midland, en avait assuré l’expansion et la rentabilité.

En 1980, The Coca-Cola Company avait donné le signal que l’industrie agroalimentaire américaine attendait pour adopter massivement un produit bon marché.

Et, à l’instar des Indiens Pima, du jour au lendemain, les Américains, comme frappés par un virus, avaient commencé à grossir. L’HFCS, qui semblait être parvenu à briser les résistances de nos estomacs aux excès de produits sucrés, pouvait expliquer ce phénomène. Restait à comprendre de quelle manière cela avait été possible. »

La suite de cette démonstration passionnante ………….. demain.

Articles en rapport

Extrait de Toxic :

« Je me retrouvais à écrire sur Coca- Cola. Et, une fois encore, l’anecdote ne cadrait pas avec la « légende ». Celle affirmant que la boisson offrait le même goût à Paris et à Dallas. Certes, la différence entre un Coke américain et un européen est flagrante. Et ne tient pas à « la température à laquelle le produit est consommé, aux aliments qui l’accompagnent », ou au fait qu’il soit « servi avec des glaçons dont l’eau est plus ou moins chlorée » ou encore à « l’âge du produit », comme le prétend Coca-Cola France sur son site Internet.

Pour tout dire, j’ai longtemps cru la Compagnie lorsqu’elle affirmait que la formule de son soda vedette était « rigoureusement la même dans le monde entier ». Mais en y réfléchissant bien, et en profitant de mes voyages pour me faire ma propre idée, il m’apparut évident que le Coca-Cola américain était plus… « plat ». Plus rond en bouche, plus sucré. Avant même de connaître la saga du HFCS, je me suis dit que cette différence de goût traduisait nécessairement un changement de composition. En effet, nos boissons européennes restent essentiellement sucrées au sucre de canne ou de betterave, moins doux que le sirop de glucose-fructose.

Cette impression a d’ailleurs été quantifiée précisément par une série de travaux. Si la teneur moyenne en calories d’un soda n’a quasiment pas augmenté depuis le passage à l’HFCS, il est en revanche prouvé que le produit est plus sucré en bouche. On a même établi que l’HFCS 42 était 1,16 fois plus doux que le sucre de canne. Et l’HFCS 55, celui utilisé dans les sodas, 1,28 fois. Augmentant par là notre dépendance au dilemme de l’omnivore et à notre passion génétique pour le doux.

Quoi qu’il en soit, cette différence me semblait une piste intéressante. Et chaque fois que je me retrouvais avec un employé ou un cadre retraité de la Compagnie, je lui faisais part de ma remarque d’Européen débarqué aux États-Unis. Tous assumaient la variation du goût du Coke d’un continent à l’autre. Et la jugeaient presque anecdotique. L’introduction du HFCS avait définitivement changé le métier, me disait-on, imposant de nouveaux formats et d’autres réseaux de distribution. Des données économiques dans lesquelles la saveur du produit importait peu. L’essentiel était ailleurs, comme un constat innocent, une remarque en passant, me le firent peu à peu comprendre. Certains retraités avaient noté que la tolérance au produit variait selon sa composition. L’un d’eux avait résumé cela le plus candidement possible :

« La différence entre le sucre de canne et le sucre issu du sirop de maïs ? Avant, vous buviez deux ou trois Coke d’affilée et, à cause des quantités de sucre, vous étiez malade. Maintenant vous pouvez vous descendre un ou deux litres et ne pas vomir. Pour recommencer quelques minutes après. Voilà la différence ! »

Si la remarque, fruit d’un savoir empirique, était juste, cela signifiait que l’HFCS avait réussi à contourner la résistance naturelle de l’organisme à l’excès de glucides. Et, exactement comme un agent toxique, avait déréglé notre tolérance aux produits sucrés. Une idée effrayante. Qu’il me restait à prouver.

La suite ….. demain

 

Articles en rapport

Extrait de Toxic :

« La cause semblait entendue. Le problème pouvait être observé sous tous les angles, la conclusion était toujours la même : chaque avancée dans cette enquête me ramenait aux sodas. Et de multiples études, travaux et recherches étayaient cette conviction. À commencer par ceux de Doreen DiMeglio et de Richard Mattes. En 2000, les deux chercheurs de l’université de Perdue avaient découvert que l’homme réagissait différemment lorsqu’il ingérait ses calories de manière liquide ou solide. En ajoutant 450 calories par jour sous forme de bonbons à des volontaires, ces derniers ajustaient inconsciemment leur consommation et supprimaient un nombre équivalent de calories à leur alimentation quotidienne. En revanche, avalé sous forme de boisson, le surplus passait inaperçu. Notre système de régulation l’ignorait et ne compensait pas. La prise de poids devenait alors mécanique.

J’avais aussi pris connaissance des propos de Caroline Apovian, scientifique de la Boston University School of Medecine, qui franchit le pas en accusant directement les colas en 2004. De nombreuses études « offrent des preuves scientifiquement fortes que l’excès de calories apportées par les sodas contribue directement à l’épidémie d’obésité et celle de diabète de type 2, dit-elle. […] Réduire la consommation de ces boissons sucrées est peut-être la seule et meilleure chance de stopper l’épidémie d’obésité ».

Sans oublier une ultime et imposante enquête réalisée voilà quelques mois par la prestigieuse Harvard School of Public Health. Sous la direction du docteur Frank Hu, préférant « s’intéresser à la situation d’ensemble plutôt qu’à des cas particuliers », les scientifiques de ce programme avaient décortiqué quarante ans de recherches médicales et nutritionnelles. Pour aboutir à des conclusions implacables : selon eux, l’absorption quotidienne d’une canette de soda se traduisait, au bout d’un an, par une prise de poids de sept kilos. Lorsque l’on connaît la consommation totale des Américains, il n’était donc pas difficile de rejoindre Hu et de penser « qu’il s’agissait d’une raison principale » à la crise d’obésité.

J’aurais pu en rester là, l’accumulation de preuves étayées me paraissant largement suffisante. Mais, sans vraiment savoir précisément pourquoi, l’idée ne me satisfaisait pas complètement. Non que j’adhérasse aux propos des porte-parole de l’industrie tentant de dédouaner leurs produits, mais parce que le concept de surconsommation de ces derniers renvoyait trop à l’un des axes du Big Two. Or, comme Bray l’avait écrit, j’étais convaincu que « la rapidité avec laquelle l’actuelle épidémie d’obésité a contaminé les États-Unis et de nombreux autres pays, signifiait que des facteurs environnementaux en étaient la cause la plus probable. Donc, dans une perspective de santé publique, l’enjeu était de savoir s’il était possible de modifier les agents ayant déclenché l’épidémie1».

Après tout, le Coca-Cola existait depuis 1886. Et les autres sodas n’étaient guère plus jeunes. Le succès du genre était établi bien avant le début de l’épidémie. Aux États-Unis comme dans le reste du monde. Cela n’expliquait donc pas tout.

Peut-être, en revanche, les colas n’avaient-ils été qu’un médium ? Qu’un trait d’union ? Qu’un pont ? Le moyen de « transport » idéal pour cet agent toxique et contaminateur évoqué par Bray. Peut-être la réponse se trouvait- elle au cœur même de ces jus sucrés ?

La théorie me parut séduisante. Notamment parce qu’elle donnait enfin du sens à une remarque que l’on n’avait cessé de répéter durant mes recherches. »

La suite …….. (tout aussi passionnante et bien documentée) demain.

 

 

 

Articles en rapport

  • Pas d'article en relation

Extrait de Toxic :

« L’obésité créée par la consommation de sodas représente uniquement la face visible de l’iceberg. Submergés par les centaines de millions de dollars investis dans la publicité, nous ne percevons en fait qu’avec peine ce qui représente un vrai problème de santé publique.

Ainsi, impossible de nier l’effet négatif des sodas sur l’hygiène dentaire. L’absorption continue de colas plonge nos dents dans un bain permanent de liquide sucré. Résultat : « Une importante étude menée sur les jeunes enfants de l’Iowa a démontré que la prise régulière de sodas était le moyen le plus sûr de prévoir le développement de caries ».

Les dentistes s’inquiètent en outre des conséquences de l’acidité de ces boissons sur l’émail de la dentition. En octobre 2001, la puissante American Dental Association, réputée pourtant pour son langage très « diplomatique », exprimait clairement ses craintes : « Bien que la recherche épidémiologique sur la relation entre la santé dentaire et la consommation de sodas soit limitée, elle indique constamment que les sodas ont un effet négatif sur les caries et l’érosion de l’émail. De plus, de nombreuses expériences in vitro et sur des animaux ont systématiquement démontré que l’absorption de sodas créait une érosion de l’émail dentaire. Au vu de l’ensemble de ces preuves, il semble approprié d’encourager les enfants et les adolescents à limiter leurs consommations de sodas ».

La défense des industriels du cola est aussi lamentable qu’au sujet de l’obésité. À les entendre, il serait injuste, voire ridicule, d’incriminer uniquement leurs boissons. Selon eux, d’autres facteurs seraient en cause, comme le sucre contenu dans le reste de l’alimentation. Ou – ce qui rappelle l’incitation à pratiquer une activité physique pour lutter contre le surpoids – l’obligation individuelle de bien se laver les dents.

Pour répliquer à ces reproches, les fabricants de sodas- comme c’est le cas sur le site Internet de Coca-Cola U.S.A – mettent généralement en avant les conclusions de l’American Academy of Pediatric Dentistry (AAPD). Une association minoritaire dans la profession, présidée par David Curtis, qui réunit certains dentistes spécialisés dans les soins des enfants et se montre moins catégorique que l’American Dental Association : « Les preuves scientifiques ne sont certainement pas assez claires quant au rôle exact joué par les sodas sur l’hygiène dentaire des enfants ». À quoi tient cette retenue ? Et pourquoi cette prudence alors que l’AAPD, avant 2003, embrassait les conclusions de l’American Dental Association ?

C’est en tout cas l’année où le mouvement de David Curtis a reçu un don de 1 million de dollars de The Coca- Cola Company.

À noter que l’AAPD n’est pas la seule dans cette position. L’American Dietetic Association, la plus importante confrérie de nutritionnistes américains, compte parmi ses sponsors la National Soft Drink Association, un groupe représentant les intérêts de tous les fabricants de sodas ainsi que ceux de McDonald’s.

En 1999, l’USDA publiait une longue étude comparative consacrée à l’alimentation quotidienne des jeunes Américains. Sans surprise, on y lisait que la consommation de sodas avait explosé entre 1978 et 1998. Mais aussi, et c’était plus novateur, que l’ensemble de notre alimentation en payait le prix. Si, en 1978, les garçons buvaient moitié plus de lait que de colas, dix ans plus tard, la proportion s’était inversée. Ajoutée à l’émergence d’un mode alimentaire excluant peu à peu les fruits et les légumes (selon l’USDA, seulement 2 % des individus âgés de deux à dix-neuf ans consomment l’apport quotidien recommandé en fruits et légumes), ce revirement a vu la multiplication des problèmes osseux. Et notamment de l’ostéoporose, maladie dite « des os fragiles », responsable de 130 000 fractures annuelles en France, surtout chez des femmes ou des personnes d’un certain âge ! En fait, le risque de voir apparaître l’ostéoporose dépend de la quantité de masse osseuse développée à l’adolescence. Les filles, par exemple, en ont assuré 92 % avant dix-huit ans. Or, en 2001, des scientifiques canadiens ont prouvé que celles qui aiment trop les sodas fabriquent moins de masse osseuse que les autres. Et sont donc victimes de carences dangereuses pour leur avenir.

En 1995, une série de recherches en laboratoires ont, de leur côté, mis à jour, dans les urines des consommateurs de caféine – celle qui fait pour beaucoup le succès des colas -, une forte dose de calcium. Pourquoi ? Parce que la caféine augmente légèrement l’excrétion de calcium du système osseux. En d’autres termes, plus on ingère de caféine, plus le corps rejette de calcium au lieu de le stocker. Dès lors, avaler une canette de cola revient à perdre 20 mg de calcium, soit 2 % de la quantité quotidienne recommandée.

L’ennui, c’est que cette substance très répandue dans les sodas cumule les défauts. On connaît l’excitation, voire la légère irritabilité qu’elle suscite. De nombreuses études attestent aussi qu’elle peut entraîner des troubles du sommeil, des maux de tête et même un phénomène de dépendance. Si le site français de Pepsi-Cola n’aborde pas ce sujet, celui de Coca-Cola le fait. À en croire la filiale hexagonale du géant d’Atlanta, dénoncer la caféine serait un combat d’arrière-garde : « Différentes études scientifiques ont démontré que les consommateurs de caféine n’en étaient aucunement dépendants », affirme-t-on. Et de citer L’OMS (Organisation mondiale de la santé) qui déclare : _« Il n’existe aucune évidence prouvant que la caféine exerce un quelconque effet pouvant être assimilé de près ou de loin aux effets de la drogue ».

Alors, un faux procès ? Pas si sûr…

D’abord, il ne faut pas oublier de rappeler que, selon une classification établie par l’OMS en 1971, il existe différents degrés dans la dépendance. Laquelle peut être d’ordre psychique et/ou physique. Contrairement à ce qu’avance Coca-Cola, le but de cet organisme, comme des autres qui dénoncent les désagréments de cette substance, n’est pas de comparer la caféine à la cocaïne, l’héroïne ou les hallucinogènes, mais d’établir si son usage génère un quelconque état de dépendance. De fait, à ce point du débat, il aurait été bon de connaître la source des « différentes études scientifiques » citées par Coke ayant « démontré que les consommateurs de caféine n’en étaient en aucun cas dépendants ». Et ce parce que des enquêtes tout aussi scientifiques vont dans un sens contraire. Ainsi le Centre for Addiction and Mental Health (CAMH) de Toronto est d’un avis diamétralement opposé : « Si vous consommez plus de 350 mg de caféine par jour (soit trois à quatre tasses de café ou neuf à dix boissons gazeuses), vous souffrez d’une dépendance physique à la caféine. Cela veut dire que si vous arrêtez brusquement de consommer de la caféine sous quelque forme que ce soit, vous risquez de vous sentir irritable et fatigué et d’avoir un mal de tête prononcé. Ces symptômes apparaissent généralement dans les 18 à 24 heures qui suivent la dernière consommation de caféine et disparaissent graduellement au bout d’une semaine ». Précision utile : le CAMH, affilié à l’université de Toronto, collabore avec l’OMS. La même organisation citée par Coke pour dédouaner ses boissons.

Mieux, c’est cette même Organisation mondiale de la santé qui, en 2003, dans son trente-troisième rapport du Comité OMS de la pharmacodépendance, écrivait en page 26 : « La caféine engendre une dépendance mais entraîne rarement des abus ».

Enfin, parmi les études « scientifiques » non citées par Coca-Cola, je suis certain que ne figure pas celle de Berstein et Carroll. En 1999, ces deux scientifiques ont prouvé que quand des enfants de six à douze ans cessent d’absorber de la caféine, ils souffrent de symptômes de manque qui entraînent chez eux des troubles de l’attention et diminuent leurs performances intellectuelles. Et je ne m’appesantis pas sur une autre enquête, effectuée la même année, démontrant que, chez certaines personnes, 100 milligrammes de caféine quotidiens suffisent à créer une dépendance physique.

100 mg ? C’est, si l’on se réfère aux données divulguées par Coke, l’équivalent d’un peu plus de deux Coca-Cola Light par jour.

Pour info : Une boîte de 33 cl contient 42,24 mg de caféine. Une bouteille de Coca-Cola Blak monte à 50 mg de caféine pour 25 cl.( http://www.coca-cola-france.fr/relationcon- sommateurs/ faqjngredients.asp)

Dans la pandémie, les colas semblaient donc pouvoir incarner des suspects de premier choix. Leur apparition massive sur le marché au début des années 1980 coïncidait en effet avec l’apparition et l’accélération de la deuxième phase de la crise d’obésité. Leur prédominance chez les adolescents paraissait même expliquer pourquoi le mal frappait de plus en plus les jeunes. Malgré tout, une question continuait à me tarauder. Les sodas étaient- ils l’agent toxique que le professeur Bray recherchait pour justifier l’ampleur de l’épidémie ? »

La suite ……. demain.

 

Articles en rapport

  • Pas d'article en relation

Extrait de Toxic :

 » Il devait avoir un peu plus de dix ans. Je me trouvais dans la salle commune d’un motel d’Austin et, comme la quarantaine d’autres clients, je prenais mon petit déjeuner. Le buffet proposait un vaste choix de céréales et de viennoiseries. Il y avait même quelques fruits frais à l’aspect, il faut l’admettre, assez décourageant. Comme il n’était pas encore 8 heures du matin – lorsqu’ils voyagent, les Américains aiment se lever tôt – c’était en quelque sorte l’heure de pointe autour du café chaud. À droite, à quelques centimètres de moi, un couple avec un enfant étaient attablés. La nuit avait dû être courte car le garçon semblait d’humeur bougonne. Sa mère avait préparé un bol de céréales colorées mais il l’avait repoussé de la main. En fait, rien ne paraissait lui convenir, ce qui contrariait ses parents. Alors, comme s’il s’agissait d’un dernier recours ou d’un brusque trait de génie, la maman usa d’une phrase magique. Une de ces propositions qui illuminent le visage des garçonnets :

— Prends un Coke au moins…

Chaque jour, les adolescents américains absorbent l’équivalent de quinze cuillères à café de sucre contenu dans les sodas sous forme d’HFCS. La consommation moyenne des treize-dix-huit ans s’élève même à deux canettes par jour, statistique trompeuse puisqu’elle inclut ceux qui ne boivent aucun soda. Comme une étude réalisée par la School of Public Health de l’Université de Caroline du Nord l’a récemment prouvé, l’absorption est en réalité de trois boîtes. Soit 13 % des calories quotidiennes des jeunes. Ces travaux ont également précisé que 10 % des adolescents boivent jusqu’à sept canettes. Autrement dit, près de deux litres et demi de soda !

Des chiffres énormes… encore en dessous de la réalité. L’université de Caroline du Nord n’a en effet pas comptabilisé les boissons dites sportives du type Gatorade, dont la teneur en HFCS est élevée. Ni les jus de fruits dont la plupart contiennent moins de 5 % d’extraits naturels pour laisser de la place à l’incontournable sirop de glucose-fructose.

Lien de cause à effet ? En tout cas, depuis l’introduction du HFCS dans les sodas, le taux d’obésité des adolescents américains est passé de 6 à 16 %. Pis, près d’un enfant sur cinq âgé de six à onze ans est aujourd’hui obèse ou en surcharge pondérale.

Il existe une statistique encore plus sidérante. Qui, avant de m’interpeller en tant qu’auteur, me choque en tant que parent. Celle selon laquelle, en 2004, un cinquième des enfants âgés de un à deux ans buvaient quotidiennement des sodas ! Des consommateurs en herbe de douze à vingt-quatre mois qui en avalent 20 centilitres par jour. Avec, pour certains, trois fois cette quantité !

Sur une étagère de la bibliothèque de mon bureau, je conserve précieusement un objet symbolique. Un objet qui doit, quand mon œil tombe dessus, me rappeler le vrai visage de ces firmes si promptes à nous inciter à bouger davantage.

En parlant d’activité physique et, à titre d’information, il faut savoir qu’afin de brûler les calories absorbées lors de la consommation de 50 cl de soda, il convient de « marcher cinq kilomètres dans un délai de 45 minutes ou jouer intensivement au basket-ball pendant 40 minutes ou bien encore pédaler vigoureusement pendant 22 minutes. »

En 1994, Pepsi-Cola, DrPepper et 7 Up cédaient les droits d’exploitation de leurs logos à la compagnie Munchkin Bottling Inc. installée à Los Angeles. Créée en 1991, cette société californienne affiche depuis sa volonté de « développer des produits intelligents et novateurs. Des produits qui comblent et excitent les parents comme les enfants. Qui rendent la vie plus sûre, plus facile et plus agréable ». Vaste programme. Suffisant, en tout cas, pour justifier l’invention des premiers… biberons publicitaires. Dès la tétée, il faut penser sucré… et HFSC en somme.

Les enfants américains consomment donc des boissons sucrées tout au long de la journée. Un constat qui conduit à une autre interrogation. Comment cet état de fait est-il rendu possible alors qu’à cet âge-là, l’essentiel de la journée se passe en classe ? Eh bien, il n’y a en réalité rien que de plus normal puisque la guerre des colas se déroule aujourd’hui à l’école. Un champ de bataille essentiel pour fidéliser des gosiers et les habituer à jamais à une marque.

Les stratégies mises en œuvre sur ce point mériteraient à elles seules un autre livre. Il y serait question de l’incroyable paradoxe américain qui voit les écoles publiques ne pas avoir d’autre recours pour financer certaines activités que d’accepter les millions de Coke ou de Pepsi. D’un système scolaire où, par crainte de voir leurs budgets déjà insuffisants révisés à la baisse à cause de mauvais résultats, les directeurs d’établissements du primaire préfèrent supprimer les récréations au profit d’heures d’étude supplémentaires. Selon le magazine Sports Illustrated, 40 % des écoles élémentaires américaines ont supprimé ou songent à supprimer la récréation. Si la première raison est l’obligation de résultats imposée par l’administration Bush, l’autre est la crainte des accidents et des poursuites judiciaires qui en découlent.

Néanmoins, parce qu’il est essentiel d’évoquer cette situation, j’ai préféré évoquer un document remontant à 1998. Qui, à lui seul, illustre l’ambiguïté d’un système désormais au bord de l’implosion.

En 1997, le district scolaire de Colorado Springs avait signé un contrat d’exclusivité de 8 millions de dollars avec Coca-Cola. Si ce genre d’accord devenait fréquent, il impliquait – et c’est toujours le cas – des contreparties. Troublantes en termes de santé publique, puisque le district s’engageait ni plus ni moins sur des volumes de vente. Ainsi, dans un courrier du 23 septembre 1998 adressé à l’ensemble des directeurs d’établissement de la zone, John Bushey, responsable des ressources scolaires de Colorado Springs, rappelait à tous leurs responsabilités :

« Nous devons vendre 70 000 caisses de produits (jus, sodas, eau) au moins une fois durant les trois premières années du contrat. Si nous atteignons ce but, les versements seront garantis pour les sept prochaines années ».

En clair, cela signifiait que les 32 439 étudiants de Colorado Springs devaient boire 1 680 000 produits de la Compagnie Coca-Cola au cours des 176 jours de l’année scolaire !

Un objectif loin d’être insurmontable selon Bushey. À le lire, il fallait seulement s’assurer de consommations régulières et quotidiennes. Et, afin d’accroître les ventes, il suggérait quelques ajustements :

« – Autoriser les étudiants à acheter et à consommer des produits tout au long de la journée. Si les sodas ne sont pas autorisés en classe, autoriser les jus, les thés et l’eau.

Placer les distributeurs de telle sorte qu’ils soient accessibles aux étudiants tout au long de la journée. Les recherches prouvent que l’achat est étroitement lié à la proximité des distributeurs. Proximité, proximité, proximité, c’est la clé du succès.

— Placer autant de machines que ce que vous pouvez accueillir. L’école Pueblo Central High a triplé ses ventes en plaçant des distributeurs à tous les étages de l’école. Cet été, les employés de Coca-Cola ont étudié l’architecture de l’ensemble des écoles du primaire et du secondaire et ont des suggestions à vous faire sur les emplacements où disposer des machines supplémentaires.

[…]

—Veuillez trouver ci-joint un calendrier des événements promotionnels afin de vous aider à faire de la publicité pour les produits de Coca-Cola ».

Enfin, parce qu’il fallait conclure ce courrier par une formule caractérisant précisément la mission de Bushey au sein de ce district de Colorado Springs, le courrier reproduisait l’amusant surnom dont le responsable des ressources scolaires s’était lui-même affublé : « John Bushey, le pote de Coke ».

 

 

Articles en rapport

Extrait de Toxic :

« Aujourd’hui, le HFCS est une superstar. Chaque année, 530 millions de boisseaux de maïs sont industriellement transformés en 8 milliards de litres de jus de glucose- fructose.

En à peine deux décennies, le sirop d’ADM est devenu le produit le plus populaire de la chaîne alimentaire américaine. Comme l’avait prédit Dwayne Andreas, on le retrouve partout. Et principalement dans les sodas. La décision prise par Coca-Cola en 1980 de se convertir complètement à l’HFCS a été rapidement suivie par PepsiCo et le reste des fabricants de colas. Aujourd’hui, à l’exception de quelques curiosités locales (Dr Pepper), la totalité des boissons sucrées américaines ne contient plus de sucre de canne.

À Dublin, Texas, l’embouteilleur local de la boisson DrPepper a refusé de passer au HFCS sous prétexte que le sirop altérait le goût du soda. Il poursuit donc son activité, continuant à vendre du cola « au goût d’avant », l’expédiant dans le reste du pays. Les colas au sucre de canne ont un noyau de fidèles. Au Texas et en Californie, il existe même un marché noir de bouteilles de Coca-Cola pur sucre importées du Mexique.

Cette mutation a aussi entraîné une diversification de l’offre. Et ce parce que produire un soft drink n’a rien de révolutionnaire, la composition étant toujours la même : de l’eau, des extraits naturels – ou pas – chargés de donner du goût, un colorant et beaucoup de sirop sucré à bas prix. De fait, on estime qu’une canette de soda dégage presque 90 % de profits. Aussi, depuis la fin des années 1990, la gamme de produits s’est-elle considérablement élargie, répondant à toutes les cibles de consommateurs. The Coca-Cola Company propose plus de 400 boissons, de l’eau minérale jusqu’au mélange énergisant enrichi en caféine. Point commun : de faibles coûts de production. Résultat ? Aux États-Unis, Coke commercialise ses boissons dans plus de 2 millions de magasins, près d’un demi-million de restaurants et dispose de près d’1,5 million de distributeurs habilement installés là où le consommateur se trouve. Un chiffre qui atteint même les 3 millions si on englobe l’ensemble des fabricants de soda.

Cette diversification a permis à l’industrie des boissons non alcoolisées, hors jus de fruits, de multiplier les succès. Ainsi, depuis 1971, la consommation a plus que doublé aux États-Unis pour atteindre une moyenne de 575 canettes de 35,5 cl par Américain pour l’année 2005. Qu’il soit un homme, une femme, un enfant ou… un non- consommateur.

Un an plus tôt, les 66 milliards dépensés par les ménages pour acheter des Coke, Pepsi et autres DrPepper équivalaient à 850 dollars par an et par famille.

En fait, le succès est tel que les sodas sont désormais ici la première source de calories et même « l’aliment le plus consommé » du pays !

Lorsqu’un seul produit atteint un tel niveau de consommation, représentant en moyenne 7 % de l’apport calorique de l’Américain, il devient légitime d’évaluer son rôle dans la crise d’obésité. Même si avancer une telle hypothèse insupporte une profession habituée à gérer le problème comme s’il s’agissait d’une patate chaude. En fait, dès que l’on enquête ou que des études sont menées sur les effets de ces boissons, les représentants de l’industrie montent immédiatement au créneau et professent : « Blâmer un produit spécifique ou un ingrédient comme étant à l’origine de l’obésité défie le sens commun. Alors qu’en réalité, il existe de nombreux facteurs comme le manque d’activité physique ». La réponse est tellement chevillée à la langue de bois du marketing de crise qu’elle en devient ridicule, mais elle fait partie d’une stratégie de défense globale des suspects de responsabilité dans la pandémie. Nous en étudierons les mécanismes et les enjeux plus tard, en montrant comment ce mode de communication a franchi l’Atlantique pour corrompre le débat européen.

Ce genre de commentaire a en tout cas le don d’irriter le docteur David Ludwig. Directeur du programme anti¬obésité au Children’s Hospital de Boston, il gère les dégâts causés par la trop grande consommation de sodas. « C’est exactement comme si quelqu’un disait que nous devrions ignorer la contribution de l’hypertension dans les attaques cardiaques parce qu’il existe d’autres facteurs, assène-t-il. Si cela n’était pas aussi grave, cela en serait risible. Et pourtant, cet argument ressort à chaque fois que l’on parle de l’obésité. Il existe un solide et accablant dossier prouvant l’existence d’une relation de cause à effet. »

Le premier élément à charge est l’évolution parallèle des courbes de l’obésité et de l’absorption de ces boissons. Selon le bureau des recherches économiques de l’USDA, la consommation de colas a connu une première explosion entre 1967 et 1977. Soit avant l’introduction du HFCS, quand en dix ans, l’Américain se mit à boire 350 canettes par an contre 200 en 1967. Dans la même période, cette fois-ci d’après le National Center for Health Statistics, le taux d’Américains obèses ou en surcharge pondérale monte à 45 %.

En 1987, la consommation est passée à 475 canettes par an. Dix ans plus tard, on arrive à 585, soit en moyenne, 7 % de l’apport calorique des Américains.

Le taux d’obésité ? De 15 % en 1976, il a grimpé à 23 % én 1988 et 31 % en 1999. Lorsque l’on cumule ce pourcentage avec celui des Américains en surcharge pondérale, on constate le même mouvement : les 45 % de 1976 sont arrivés à 56 % puis à 65 %.

Ces chiffres illustrent deux faits. D’abord, ils confirment les progressions parallèles de la consommation de sodas et de la crise d’obésité. Ensuite, ils démontrent que l’introduction du HFCS a eu un effet considérable sur la consommation, accélérant du même coup les répercussions de la crise.

Cet élément donne plus de crédit à la thèse d’une deuxième phase de la pandémie d’obésité. La première, commencée après la Seconde Guerre mondiale, a vu une progression régulière du taux d’obésité, évolution modérée et linéaire s’expliquant par de multiples facteurs sociétaux et culturels.

Et puis, au tournant des années 1980, l’explosion soudaine du nombre d’Américains souffrant de problèmes de poids alerta les experts. Le plus troublant est de constater que, sur cette période de trente ans, le pourcentage d’Américains en « simple » surcharge pondérale est relativement stable. Il passe de 32 % en 1976 à 33 % en 1988 pour plafonner à 34 % dix ans plus tard. Cela signifie que l’absorption massive de sodas a des effets particulièrement dramatiques parce qu’elle fait surtout croître le nombre d’obèses ! Exactement comme chez les Indiens Pima où, à la même époque, Eric Ravussin avait constaté une fulgurante progression de l’obésité. Comme si, du jour au lendemain, leur environnement était devenu toxique.

L’actuelle épidémie aux États-Unis a une autre particularité, nous l’avons vu. Le taux croissant d’enfants et d’adolescents atteints par le mal. Cette nouvelle vague a dramatiquement changé la nature des dégâts. Au point que le diabète dit « de l’âge mûr » a été rebaptisé diabète de type 2 afin de s’adapter à cette réalité nouvelle. De là conférence de Sydney aux centres hospitaliers américains, tous les médecins et spécialistes répètent la même mise en garde : si rien n’est fait, les membres de cette génération vivront moins longtemps que leurs parents et souffriront de multiples maladies tout au long de leur existence.

Et lorsqu’on analyse la consommation de sodas dans cette perspective, n’en déplaise aux porte-parole de l’industrie, il s’avère impossible de ne pas y déceler les racines du mal. »

La suite ………. demain. William Reymond va poursuivre et étoffer son enquête pour débusquer les facteurs impliqués dans cette pandémie d’obésité.

 

Articles en rapport

Extrait de Toxic :

 »  Andreas connaissait le secret permettant d’associer le dilemme de l’omnivore au principe du glouton. Ses chimistes étaient parvenus à modifier la recette originale du HFCS 42 et avaient mis au point un nouveau mélange contenant 55 % de fructose. Avantage du HFCS 55, ne pas avoir les inconvénients gustatifs de son prédécesseur. Andreas allait pouvoir abattre cette carte et convaincre Coca-Cola.

À la fin des années 1970, sous la présidence de Roberto Goizueta, la Compagnie s’était engagée dans une course frénétique à la part de marché. Le patron de Coke ne se satisfaisait pourtant pas de la première place. Il voulait définitivement écraser Pepsi-Cola, son adversaire de toujours, puis s’attaquer au marché de l’eau. Or, l’offre d’Andreas était le meilleur moyen de réussir.

Depuis quelques années, Coca-Cola était en effet agacé par le succès grandissant de Pepsi, les Américains, conditionnés par le dilemme de l’omnivore, préférant son goût plus doux.

L’HFCS 55 apportait la solution ; plus riche en fructose, son goût s’avérait plus rond que celui du sucre. Sans avoir à modifier les proportions de sa recette, Coke put donc s’approcher de la formule de son concurrent.

En outre, Andreas disposait d’un autre argument de poids apte à convaincre totalement Goizueta. Grâce aux subventions de Washington, ADM pouvait vendre son produit à un prix plancher. Concrètement, si Coca-Cola abandonnait le sucre pour adopter l’HFCS, la firme ferait une économie de 20 à 30 %. Le géant d’Atlanta comprit d’emblée ce que cette marge supplémentaire signifiait. Dans un premier temps, elle augmenterait directement ses profits, donc la valeur du titre à Wall Street. Les bénéfices supérieurs dégagés donneraient ensuite une marge de manœuvre nouvelle pour investir plus que jamais dans la publicité. Comme la Compagnie savait déjà que plus de spots et affiches accroissaient les ventes, comment laisser passer une telle opportunité ?

Andreas avait enfin une ultime cartouche à tirer. Le volume des ventes de Coca-Cola se voyait contenu par le principe du glouton. Rares étaient en effet les consommateurs prêts à acheter et à boire deux bouteilles de soda d’affilée. Coke avait relégué sa légendaire bouteille de 18 cl pour la remplacer par une canette de 35,5 cl, mais si le coût de fabrication avait doublé, le prix non, Atlanta préférant rogner sur sa confortable marge plutôt qu’effrayer le client. Cependant, cette méthode avait ses limites. Accroître encore la taille des bouteilles semblait délicat : elles auraient été soit trop chères, soit insuffisamment rentables. Se convertir au sucre de maïs, c’était briser cet étau. Goizueta saisit d’emblée tous les profits à tirer de cet HFCS 55. Il imaginait déjà des bouteilles individuelles de 50 cl et d’autres, familiales, de 3 voire 5 litres. Qui plus est, tout le monde allait en profiter. McDonald’s, le premier client de la Compagnie, récolterait sa part des bénéfices. Le Coke moyen s’y vendait 1,29 dollar en moyenne. Pour remplir un verre, en plus de l’eau et de la glace, 9 cents étaient consacrés à l’achat du sirop de Coca-Cola. Avec le HFCS 55, le coût du sirop supplémentaire n’excéderait pas 3 cents, la chaîne de fast-food pourrait donc proposer un grand format facturé 20 cents de plus. McDo allait ainsi vendre plus de grand Coke, augmenter ses profits et… acheter plus de sirop.

Andreas avait raison. L’économie réalisée sur l’achat du sucre permettait à Coca-Cola d’augmenter ses portions, de satisfaire les gloutons, d’améliorer sa rentabilité et, in fine, de ravir les actionnaires.

Janvier 1980 approchait et Dwayne Andreas passait des fêtes délicieuses : il avait emporté la partie. Coca- Cola ayant cédé en acceptant de passer au tout HFCS, un verrou venait de sauter. PepsiCo suivrait. Et bientôt, les vendeurs de hamburgers et les fabricants de confiseries, de jus de fruits, de ketchup, de boîtes de conserves, de produits apéritifs, de plats surgelés, de vitamines, de sirop pour la toux… en feraient autant.

L’équation mise en place se révélait redoutable et imparable. Pour accroître les ventes, il fallait satisfaire une habitude inscrite dans nos gènes et offrir du sucré. Et pour le faire à moindre frais, le sirop miracle d’ADM constituait la solution parfaite.

En 1995, John McMillin, analyste financier chez Prudential Securities, estima que le HFCS contribuait pour 39 % aux profits d’Archer Daniels Midland. Traduite en dollar, la valeur de l’or jaune donnait le vertige. Cette année-là, sans compter les « aides » versées par le gouvernement américain1, ADM avait engrangé plus de 290 millions de dollars de profits, uniquement grâce à l’HFCS.

De 1995 à 2004, les subventions versées par le gouvernement américain afin de soutenir l’industrie du maïs s’élèvent à un total de 41,9 milliards de dollars. ADM contrôle 12 % des stocks de maïs du pays.

Les stocks de maïs créés par Butz, subventionnés par Washington, transformés par Andreas et commercialisés par Coca-Cola s’apprêtaient à envahir le marché américain. La crise d’obésité allait s’emballer et entrer dans une nouvelle phase. »

La suite ………….. demain.

Articles en rapport

  • Pas d'article en relation

Extrait de Toxic:

« Je travaillais sur l’assassinat de John F. Kennedy lorsque j’ai aperçu pour la première fois le nom de Dwayne Andreas. Passant en revue les listings des enregistrements audio de la Maison-Blanche sous Richard Nixon, son patronyme m’était apparu à plusieurs reprises, accompagné de la mention des « cadeaux financiers » liés à la campagne de réélection du président républicain. Pourquoi évoquer ce personnage ? Parce que c’était un don d’Andreas qui avait permis à Bernard Barker de constituer et de rémunérer l’équipe de « plombiers » en charge de la mission dite du Watergate. Autrement dit, les hommes de l’ombre chargés de placer des micros au quartier général de la campagne du parti démocrate. Butz n’avait donc pas uniquement calmé la colère des agriculteurs et multiplié les grains, il avait apporté avec lui au pouvoir la force de frappe financière des céréaliers américains. Les dollars du maïs avaient assuré la victoire de Nixon .

Andreas s’était fait seul. Né en 1918, il avait abandonné ses études pour rejoindre une petite compagnie de tri de grains. En 1945, la société ayant été avalée par Cargill, il avait fait son chemin en son sein jusqu’à atteindre l’un des postes de vice-président. Sept ans plus tard, il rejoignait Grain Terminal Association et se lançait dans l’exploitation industrielle de l’huile végétale. Enfin, en 1971, il fut nommé président d’Archer Daniels Midland (ADM).

ADM ? Une entreprise fondée en 1923 spécialisée dans les céréales. Cette compagnie achetait, stockait, traitait et vendait le grain afin de le rendre propre à la consommation des hommes comme des animaux. Un positionnement profitable dans les années 1950 et 1960, puisque cette société installée à Decatur, dans l’Illinois, devint l’un des principaux acteurs de l’agroalimentaire, se diversifiant même dans le commerce du cacao et l’enrichissement en vitamines de multiples produits.

L’arrivée de Dwayne Andreas à sa direction marquait une nouvelle ère. Jusque-là familiale, ADM souhaitait désormais s’imposer sur de nouveaux marchés et se développer à l’étranger. En trente ans, Andreas réussit son pari. Aujourd’hui, ADM possède plus de 270 usines dans le monde entier et sa valeur est estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Son rang ? Celui de première compagnie agroalimentaire de la planète. Et l’HFCS a joué un rôle essentiel dans cet essor phénoménal.

De ses années à Cargill et à Grain Terminal Association, Andreas avait notamment retenu ceci : « Le marché libre existe seulement dans les discours des politiques », ajoutant avec un cynisme parfait : « Les gens qui ne vivent pas dans le Midwest ne comprennent pas que nous sommes dans un pays socialiste».

Au-delà d’une formule à l’emporte-pièce, ce propos signifiait que le marché du grain dépendait d’abord des décisions prises à Washington. Que c’était là-bas, dans les couloirs du Congrès, du Sénat et de la Maison- Blanche, que se décidaient les quotas, les prix et les marchés. Donc que pour profiter de la manne de l’argent public, il fallait savoir se montrer généreux envers les bonnes personnes. Fort de ce constat, ADM et Dwayne Andreas franchirent une nouvelle étape en devenant les plus importants contributeurs des campagnes politiques. Cette implication procura deux atouts à ADM : se garantir, en obtenant le soutien du gouvernement à une forme de protectionnisme, un certain contrôle du prix de la matière première ; et recevoir en retour de belles subventions. En 1995, le Cato Institute estimait ainsi « qu’ADM avait coûté plusieurs milliards de dollars à l’économie américaine depuis 1980. Et avait indirectement coûté des dizaines de milliards de dollars aux contribuables américains sous forme de taxes et de prix plus hauts. Au moins 43 % des profits annuels d’ADM proviennent de produits lourdement subventionnés ou protégés par le gouvernement américain. De fait, chaque dollar de profit gagné par ADM sur ses opérations de sirop de maïs en coûte 10 aux consommateurs ». Sans parler des effets sur leur santé, comme nous le verrons…

Richard Nixon, Jimmy Carter, Ronald Reagan, Bob Dole, Bill Clinton, Michael Dukakis, Jesse Jackson et les Bush père et fils font partie de la longue liste des hommes politiques ayant bénéficié des largesses de ce personnage inconnu du grand public.

En 1999, ADM a été condamnée à payer 100 millions de dollars d’amende pour tricherie sur les prix. Réaction de Dwayne Andreas ? « Aucune, c’est comme si un oiseau m’avait chié dessus. Nous sommes la plus grande compagnie agroalimentaire du monde. Qu’est-ce que le gouvernement compte faire sans nous ? Nous fabriquons 35 % du pain de ce pays, même chose pour la margarine, l’huile pour cuisiner… Sans compter tout le reste. »

 

L’arrivée, le 2 décembre 1971, d’Earl Butz à Washington constituait une garantie pour le nouveau patron d’ADM. Andreas connaissait les idées de son ami et savait qu’avec lui, le prix du maïs serait protégé mais aussi que le gouvernement s’engagerait à verser des centaines de millions de dollars d’aides aux céréaliers. La carte du maïs était donc bonne à jouer.

Et il y avait mieux encore. Bien gérée, l’invention des chimistes de la Clinton Corn Processing Company pouvait devenir l’équivalent d’un billet gagnant de la loterie. Si bien qu’en 1976, alors que le marché de l’HFCS semblait parvenu à saturation, ADM rachetait la CCPC et investissait massivement dans la production de sirop de glucose-fructose. Une opération sans risque puisque grâce à ses contacts à la Maison-Blanche et à l’USDA, Andreas se lançait dans une activité qui, il le savait, serait copieusement soutenue par le gouvernement. De fait, alors que l’année de l’acquisition de la CCPC, Washington distribuait 400 millions de dollars d’aides à la filière maïs, un an plus tard, le chiffre dépassait 1,6 milliard. Et ADM, désormais premier céréalier américain, en était le principal bénéficiaire. Le pouvoir américain venait en somme d’offrir à Andreas le temps nécessaire à l’extension de son marché.

Toutefois, cela ne fonctionna pas tout de suite. Avant 1978, les débouchés du HFCS étaient restreints. Les premiers utilisateurs, les fabricants de sodas, hésitaient en effet à remplacer le sucre. Le HFCS 42 n’ayant pas exactement le même goût que le produit issu de la canne à sucre; les marchands de colas craignaient un accueil défavorable des consommateurs. Aussi, en attendant de voir comme réagirait le marché, ils continuèrent à privilégier les mélanges à base de sucre. C’était sans compter sur Dwayne Orville Andreas, qui détenait un joker dans sa manche. »

La suite …. demain.

 

Articles en rapport

Extrait de Toxic, de william Reymond :

« Notre nourriture a plus évolué ces trente dernières années que lors des mille précédentes. Votre grand-mère ne reconnaîtrait pas la plupart des aliments et ne saurait qu’en faire.» Michael Pollan a raison. Entre les yaourts à boire couleur fluo et les salades en « shaker » pour mieux tenir dans les porte-boissons, nos aïeux auraient bien du mal à s’orienter nutritionnellement dans notre société.

En 1960, l’essentiel du temps passé dans une cuisine était dévolu à la préparation de la nourriture. La famille américaine dépensait 15 dollars par jour pour se nourrir et passait cent trente minutes autour de la table. Avec des produits de base frais, accommodés avant d’être servis.

Aujourd’hui, le temps de préparation a diminué de plus de 50 %. Et la nature même de l’alimentation a subi une incroyable mutation. Ce qui n’empêche pas des mentions imprimées sur les emballages de garantir au consommateur que son hachis Parmentier est conforme à la recette de sa grand-mère. La grosse différence, c’est qu’il lui suffit de l’ouvrir et de le glisser cinq minutes dans le four micro-ondes pour l’apprécier. Cet appareil est d’ailleurs devenu incontournable aux États-Unis. En 1978, seulement 8 % des foyers possédaient cette application civile d’une invention militaire, mais vingt ans plus tard, le taux d’équipement en micro-ondes approche quasiment les 100 %.

Ce succès correspond à un changement profond et radical de notre nourriture. Devenue produit de masse, elle est entrée dans l’ère de l’industrialisation. En 1972, près de la moitié du prix d’achat d’un aliment terminait dans la poche de son producteur, généralement un agriculteur. Aujourd’hui, la proportion est seulement de 20 %. « L’essentiel du coût de la nourriture que nous mangeons à la maison couvre des frais qui n’ont plus rien à voir avec l’agriculture. Il s’agit du prix du travail de la vente en supermarché, celui effectué en usine et en laboratoire. » Sans oublier le marketing, dont la mission est de faire croire à chacun qu’un produit fabriqué à la chaîne, avec des ingrédients dont personne ne comprend les noms, est conforme au goût « d’antan » et à la bonne recette de maman.

En 2006, se nourrir est une affaire de gros sous, la chasse gardée d’une industrie puissante aux réseaux politiques solides. Et dont l’essor, et ses conséquences sur notre santé, doivent beaucoup à un ancien président américain. »

La suite ….. demain.

Nous suivrons la démonstration historique intéressante de William Reymond qui progressivement mettra à jour les colossaux intérêts économiques en jeu et leur articulation dans l’industrie de l’alimentation.

 

 

 

Articles en rapport

  • Pas d'article en relation