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toxic

Toutes les personnes qui ont suivi le feuilleton quotidien de ce début d’été en lisant quotidiennement les extraits de Toxic de William Reymond , ont sûrement été déçues que cela s’achève et frustrées que cela s’achève fin 2006.

William Reymond a publié une suite : »Toxic Food » qui s’achève fin 2009 pour notre plus grand plaisir.

On se propose d’en reprendre la divulgation par petits extraits quotidiens. Les plus impatients pourront se procurer le livre ….

Dans ce premier extrait introductif, William Reymond explique pourquoi il a écrit une suite.

 

« En voyant la profusion des enseignes lumineuses siglées McDonald’s, Burger King et Pizza Hut, en constatant la quantité de sirop de fructose-glucose contenue dans un litre de Coca-Cola, en découvrant l’affluence aux buffets à volonté et les invitations permanentes des restaurants à manger à prix sacrifié, j’avais mis le doigt sur la réalité d’une crise en devenir. Car, à Rio Grande City, un quart des enfants de moins de cinq ans sont obèses et près de la moitié de ceux âgés de dix ans, suivant l’exemple de leurs parents, s’affirment comme de sérieux candidats au diabète de type 2.

Je l’avais écrit alors, le border town2 ressemblait à un atroce laboratoire. Où l’on pratiquait une expérience ultime d’abêtissement des règles alimentaires. Certes, dans un combat perdu d’avance, quelques justes tentaient d’alerter l’opinion, de mettre en garde la population et les autorités, voix fluettes prêchant dans le désert et trop peu puissantes pour être entendues d’une société américaine dominée par les géants de l’industrie agroalimentaire.

C’était en 2006. Depuis, Rio Grande City, son accent hispanique et son odeur de graillon n’ont cessé de hanter mon esprit.

Si depuis j’ai avancé sur des chemins bien différents, il m’est arrivé de revenir sur ces terres familières. Ainsi, en 2007, pour un Envoyé Spécial consacré aux acides gras-trans. Mais c’est surtout l’audience rencontrée par Toxic, en France et au Québec, ainsi que les courriers et e-mails de lecteurs profondément touchés qui m’ont interpellé.

Tout au long de la rédaction de Toxic, une vérité m’avait habité : j’étais un père scandalisé. Et le sang qui bouillonnait en moi avait nourri l’encre de mes mots.

Cette sincérité, cette volonté citoyenne de s’engager pour assurer un avenir alimentaire meilleur à nos enfants, je l’ai retrouvée dans les nombreux courriers reçus. Un flux, preuve de la persistance du problème, qui ne faiblit pas.

J’ignore lequel d’entre vous, chers correspondants lecteurs, m’a convaincu de la nécessité de replonger dans les maux de notre alimentation et de poursuivre le sillon tracé par Toxic.

Peut-être est-ce Jacques, directeur de recherche en Suisse, effaré de découvrir les « causes de la dégradation de la santé publique » ? Peut-être est-ce Madeleine, une jeune Française tiraillée entre le soulagement de savoir et l’inquiétude devant la vérité ? Peut-être plutôt Nathalie, une mère de famille de Montréal décidée à repartir à la conquête des assiettes de ses deux fillettes et désirant savoir comment s’y prendre ? À moins qu’il ne s’agisse d’un des messages reçus d’Italie, des Pays-Bas, de Belgique ou de Corée du Sud, lesquels, malgré les distances, traduisaient tous des angoisses identiques, prouvant ainsi la globalisation du mal ? Pour tout dire, il est impossible de savoir tant c’est assurément chacune de vos lignes qui a contribué à la naissance de ce nouvel opus.

En revanche, je me souviens précisément du moment où, pour la première fois, l’idée de reprendre le flambeau porté dans Toxic est venue m’effleurer.

C’était sur le plateau de la version québécoise de l’émission Tout le monde en parle. Je venais d’expliquer à Guy A. Lepage, son animateur, que la crise mondiale d’obésité, au-delà des kilos en trop, était la face très visible d’un iceberg bien plus dangereux. Et que, sous la surface, dans les sombres profondeurs de l’océan de notre ignorance, là où l’opacité ne laisse plus passer la lumière, se cachait un autre monde redoutablement toxique. Et qui, pour le coup, nous concernait tous.

Tandis que Guy souhaitait en savoir plus, l’évidence venait de me frapper : si l’occasion se présentait, je savais désormais où plonger. »

La suite ……………..demain

 

Articles en rapport

William Reymond remet le couvert.

Son passionnant livre Toxic permettait de mieux comprendre les causes structurelles de l’épidémie d’obésité.

Nous l’avons dégusté par petits articles quotidiens sur le site obesite-en-reseau.fr du 01 mai au 11 juillet.

mais, l’enquête du livre s’arrêtait à l’année 2007.

Toxic Food, la suite de Toxic, prend le relais et va jusqu’à fin 2009.

Je vous propose cette « saison 2 », en petits articles quotidiens à partir du 23 juillet 2013 à 8 heures.

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Epilogue du livre de William REYMOND : TOXIC .

« Le périple s’achevait. J’aurais aimé le terminer ailleurs que dans l’étouffante chaleur du sud du Texas.

Peut-être cette enquête aurait-elle dû se conclure du côté du Marin County, à quelques kilomètres de San Francisco. Où, avec Bill Niman, fondateur d’une série de ranches, j’aurais appris et apprécié la seule – et digne – façon d’élever le bétail.

Sans hormone, antibiotique, grain, protéine enrichie à la merde de poulet. Sans lagon aussi. Ici, comme dans les vignettes de l’époque préindustrielle, les bêtes paissent en liberté, les veaux sont nourris par leurs mères et les cochons pas entassés les uns sur les autres.

À Niman Ranch, obtenir une viande de qualité se fait dans le respect de l’environnement et des animaux. Une philosophie qui rencontre un succès grandissant auprès des restaurateurs et des consommateurs avertis. Ce qui prouve qu’il existe une alternative à l’industrialisation du bétail et que l’on peut se nourrir sans risquer de terribles conséquences pour sa santé.

Sans aller aussi loin, j’aurais pu encore me rendre à Austin, au Texas. Pour passer quelques heures en compagnie de John Mackey, le créateur de la chaîne de supermarché Whole Foods. Il m’aurait raconté comment, ayant rejoint une communauté végétarienne à la fin des années 1970 pour y rencontrer des filles, il avait réussi à anticiper la montée en puissance de la vague bio. Depuis l’ouverture de sa première boutique en 1980, Whole Foods est un succès unique en son genre. Aujourd’hui ses 189 magasins, dont quelques-uns situés en Grande- Bretagne, garantissent à leurs clients une alimentation sans toxine ni pesticide. La viande et la charcuterie proviennent d’élevages éthiquement et écologiquement responsables. Pour lutter contre la pollution liée aux transports de produits frais, Whole Foods a même développé la production locale de l’agriculture biologique. Enfin, véritable pied de nez aux géants de la distribution, les employés de la compagnie sont payés le double de leurs confrères de Wall Mart. Ce qui explique pourquoi Whole Foods est aujourd’hui l’une des entreprises dont la qualité de travail est l’une des meilleures des États-Unis. Une sérénité démontrant qu’il est possible de pratiquer le capitalisme sans y abandonner sa conscience.

Quittant le Fat Land, j’aurais pu m’envoler, sans vraiment savoir ce que je devais en penser, vers l’université d’Utrech aux Pays-Bas. Et y rencontrer le docteur Henk Haagsman. Ce Néerlandais, professeur des sciences de la viande, est l’un des experts mondiaux d’une nouvelle discipline : la culture de viande in vitro. Non, il ne s’agit pas d’une hérésie mais d’un véritable projet, doté de 2 millions d’euros et destiné à déterminer si, grâce à l’utilisation des cellules, on peut faire « pousser » de la viande. Donner naissance à un produit moins gras, sans bactérie ni résidu chimique. A une viande débarrassée de la pollution et des conditions d’élevage honteuses. Haagsman, comme d’autres chercheurs installés au Canada, aux États-Unis et en Australie, est persuadé que la viande en « boîte de Pétri » est une réalité proche : « D’ici six ans nous devrions obtenir un produit. Pas sous forme de steak, évidemment, mais plutôt une viande hachée que l’agroalimentaire pourra utiliser sur des pizzas ou dans des sauces ».

J’aurais encore pu passer quelques jours à Tavistock, dans le Devon, en Grande-Bretagne. Pour faire la connaissance d’habitants qui, récemment, grâce à leur désir d’avoir une alimentation saine et à leur opiniâtreté, ont gagné une bataille difficile. Après sept années d’efforts à tenter de s’implanter et d’attirer les consommateurs, McDonald’s a fermé son unique établissement, faute de clients.

J’aurais pu…

Mais je ne souhaitais pas conclure sur une fin heureuse. Non pas par passion du pessimisme, mais parce que notre quotidien est aujourd’hui plus proche de l’horreur de Rio Grande City que des attrayants rayons de Whole Foods.

Il déplaira sûrement à l’office de tourisme de le lire, mais il n’y a aucune raison de s’arrêter ici. Rio Grande est le chef-lieu du comté de Starr, l’un des plus pauvres des États-Unis. La route principale ressemble à un long fil de béton rongé par la décrépitude depuis fort longtemps. La poussière est omniprésente. Elle semble même incrustée dans le paysage depuis et pour toujours.

Il existe deux styles de maisons à Rio Grande City. Celles à l’abandon et les autres où, réfugiés derrières les barreaux qui protègent toutes les fenêtres, les 11 923 habitants vivent dans la crainte. La peur du soleil qui écrase tout neuf mois par an. La peur des voisins, des inconnus, des autres et plus particulièrement des gangs de la mafia mexicaine qui ont transformé l’endroit en lieu de passage. Et puis, la peur des troupes du Homeland Security aussi, en charge de vérifier les visas et de déporter les immigrés clandestins. À Rio Grande City, 95,89 % de la population est d’origine mexicaine. Les sans-papiers en représentent la majorité. Certains ont même peur de leurs enfants. Nés sur le sol américain, ils sont pourvus de la nationalité qui est refusée à leurs parents. Et ainsi, d’après les services sociaux de la ville, dès l’adolescence, nombre d’entre eux terrorisent la partie « illégale » de la famille. Un chantage au coup de téléphone de dénonciation pour une seule chose : manger.

McDonald’s, Daily Queen, Burger King, Whataburger, Wendy’s, Pizza Hut, Little Ceasars Pizza, Subways, Taco Bell, Taco Bueno, Taco Palenque, Mexican Buffet, Chinese Buffet… aucune enseigne ne manque à l’appel. Et toutes proposent, en lettres géantes, des promotions difficiles à ignorer quand on vit sous le seuil de la pauvreté. Ici, le Coke géant est offert pour l’achat d’un menu. Là, contre moins de 5 dollars, le client est invité à manger autant qu’il le souhaite. Ailleurs, tous les matins, le petit déjeuner est doublé gratuitement.

À Rio Grande City, paradis du HFCS et du trans fat, tout est commercialement envisageable, envisagé et mis en pratique pour ponctionner les quelques dollars versés par l’aide locale.

Cette orgie alimentaire s’accompagne d’une terrifiante réalité. À Rio Grande City, la moitié de la population adulte souffre de diabètes de type 2.

Mais le pire, c’est pour demain.

À l’école maternelle, 24 % des enfants sont déjà en surcharge pondérale ou obèses. S’ils ne sont pas dès maintenant pris en charge, rien ni personne ne parviendra à les sortir du cercle infernal. Celui qui, à l’âge adulte, devenus diabétiques et amputés, leur fera attendre la crise cardiaque… comme une libération.

Or, dans l’Amérique d’aujourd’hui, personne ou presque ne s’intéresse à Rio Grande City. Ou à La Casita, Roma, Laredo, El Cobares, ces villes du sud du Texas qui subissent le même cauchemar.

Or, à Rio Grande City, 50 % des garçons âgés de dix ans sont trop gros. Beaucoup trop gros.

Peggy Visio, une nutritionniste du Texas Health Science Center de San Antonio, tente depuis des années de faire bouger les choses. Adepte de la téléconférence, elle a réussi à trouver un don privé destiné à financer un service reliant son bureau de San Antonio à l’infirmerie de l’école de la ville. Et là, par écran interposé, elle donne des conseils de nutrition aux familles. Sachant pertinemment qu’elle ne pourra empêcher le pèlerinage quotidien au fast-food, elle tente d’orienter les ados vers les produits qui feront le moins de dégâts.

Aux États-Unis, 33 % des enfants mangent tous les jours dans un fast-food.

Lors d’un séjour récent à Rio Grande City, Visio et son équipe ont examiné les 2 931 enfants de la ville afin de quantifier ceux qui présentaient des risques élevés de diabète de type 2. Sur le papier, le pire de leurs scénarios prévoyait environ 600 cas. Mais à Rio Grande City, où deux cheeseburgers géants, une frite maxi et un Coca- Cola gargantuesque sont vendus à moins de 2 dollars, ils ont découvert 1 172 enfants en perdition. 1 172 futurs diabétiques.

Alors, Peggy a convaincu l’école de l’urgence. Après tout, chaque jour, les enfants y prennent leur petit déjeuner et leur déjeuner. Des collations largement arrosées des sodas en vente soit à la cafétéria, soit via les distributeurs, dans les couloirs de l’établissement.

Grâce à Visio et aux responsables de l’école, ces appareils de tentation ont été déplacés… dans la rue. Le personnel des cuisines a été formé pour offrir une nourriture moins grasse et moins sucrée. Les fruits frais ont commencé à apparaître sur les tables de la cantine et l’eau à repris une place qu’elle n’aurait jamais dû abandonner.

Mais voilà, nous étions à Rio Grandé City. Et les étudiants ont expérimenté la démocratie directe. Ces citoyens en herbe, obèses ou en passe de le devenir, se sont mis en grève devant de telles décisions salutaires à leur santé. Soutenus par certains parents et professeurs, ils ont affiché leur colère à l’entrée de la cafétéria avec un mot d’ordre clair : « Non au régime ! Nous voulons manger des trucs cool ! »

Rio Grande City est un laboratoire. Un douloureux voyage vers le futur aussi. Ce qui s’y passe n’est ni une exception ni une aberration, mais un amer avant-goût de l’avenir. L’obésité, le diabète, l’attitude de ces étudiants sont ni plus ni moins le résultat des trente dernières années de dérive et de matraquage alimentaire. Trois décennies où l’industrie agroalimentaire a pris le contrôle de nos assiettes, brouillant les repères, changeant la nature même de la nourriture.

Pendant des siècles, manger a été une nécessité et un moment privilégié. Une excuse pour l’échange et la communication. Et, bien souvent, un moment de plaisir. Désormais, un plat, pour s’imposer, doit être pratique, s’engloutir seul et rapidement. Et, surtout, être soutenu par une campagne publicitaire.

Demain, le monde ressemblera à Rio Grande City et à ces élèves prêts à se battre pour continuer à se goinfrer. Déjà, dans certaines écoles primaires, les enfants apprennent à compter en additionnant les M&M’s. Dans d’autres, ils refusent de manger les fruits frais sous prétexte qu’il est beaucoup plus tendance d’avaler un dessert coloré.

L’industrie agroalimentaire n’est pas seulement coupable d’avoir travesti la nature de notre nourriture. D’y avoir introduit le sirop de fructose-glucose, les additifs, les conservateurs, les résidus chimiques et les acides gras trans. Non, dans cette course au profit, certaines sociétés ont tout simplement tenté de s’emparer de l’âme d’une génération.

Ces mots sont à la hauteur de ma colère. Pas uniquement celle de l’auteur, celle d’un père aussi. Qui, chaque jour, tente de contrebalancer un pouvoir qui nous dépasse.

La responsabilité individuelle et celle des parents sont deux mensonges inventés par des spécialistes de la manipulation. Ou du marketing, c’est la même chose.

Les preuves ? Elles sont multiples. Petit voyage dans le temps. Dans les années 1930, Coca-Cola comparait ses atouts nutritionnels aux vertus vitaminées des fruits. Dans les années 1950, 7 Up expliquait comment, mélangé au lait du nourrisson, il favorisait la prise du biberon. À l’époque, à en croire les réclames, certains vins équivalaient même à un repas complet. Et puis, Camel était « la cigarette préférée des médecins ». Aujourd’hui les mêmes tentent de nous convaincre de l’importance de leurs contributions à notre bien-être, de leur sincérité dans la lutte contre le poids, de leur conscience humaniste ou de la non-dangerosité des OGM.

Demain, le monde ressemblera à Rio Grande City et à ses promotions permanentes sur la paire de hamburgers. Déjà, la crise d’obésité est devenue pandémie. Déjà les lagons des porcheries, le HFCS et le trans fat sont partis à la conquête de l’Europe.

L’Europe… Ou comment une idée juste, sensible, enthousiasmante et pacifiste, a perdu elle aussi son âme. L’Europe est devenue la nouvelle cour où manœuvrent les spécialistes du lobbying industriel. Où se pratique un sport dont les règles ont été inventées à Washington.

Et c’est ainsi que, le 9 novembre 2006, Markos Kyprianou, commissaire européen et membre de la Commission européenne chargé de la santé et de la protection des consommateurs, a publiquement félicité Coca-Cola et McDonald’s pour leur engagement dans la lutte contre l’obésité.

Coke, McDo et les autres sont pourtant les fabricants de cigarettes d’aujourd’hui. Leur stratégie de communication est identique. La crainte majeure de ces géants de l’agroalimentaire, c’est que les gouvernements, sous la pression populaire, légifèrent. Car la contrainte leur fait peur. Aussi, pour éviter cela, ils jouent la diversion, la carte du volontarisme.

Dans le même esprit, Marlboro et Philip Morris financent aux États-Unis des campagnes publicitaires incitant les gens à ne plus fumer. Or, le budget de ces « ravalements de façade » n’atteint même pas 1 % des bénéfices engendrés par la vente de leurs produits.

McDo, Coke et les autres savent qu’ils sont les premiers responsables de la pandémie d’obésité. Alors, ils donnent le change, martèlent le message de la responsabilité individuelle et l’idée que toute nourriture a sa place dans un régime équilibré.

Lorsque je vois la campagne internationale de Coca- Cola annonçant sa décision de lutter contre l’obésité, je ne peux m’empêcher d’être cynique et de penser : c’est l’hôpital qui se moque de la charité.

L’engagement à ne pas faire de publicité à destination des moins de douze ans ? Du vent. Rien de neuf. Cela a toujours été le cas. Non pas parce que la Compagnie est « morale » mais parce qu’elle est très intelligente. Elle préfère sponsoriser l’équipe de France de football, lancer un site Internet avec NRJ, imaginer un casting inspiré de « Star Academy » dans tout le pays, pour capter l’attention de ces classes d’âges. Coca-Cola étant, en France, la marque préférée des jeunes, elle n’a pas besoin de s’adresser directement à eux puisqu’elle a réussi à devenir une figure incontournable de leur univers.

Les boissons sans sucre, les salades de McDo ? Tout cela est marginal. Le cœur d’affaire de McDonald’s, ce sont les heavy users, les gros consommateurs de Big Mac et de frites. Le produit vedette de la Compagnie ? Coca-Cola Classic et son sucre.

Demain, le monde ressemblera à Rio Grande City et à son odeur permanente de friture.

Au terme de mon enquête, je ne sais même pas s’il est encore possible d’éviter le pire. Certes, les solutions existent. Mais, pour s’imposer, elles ont besoin de deux révolutions.

D’abord, celle de nos esprits. Avant d’être consommateur, nous sommes citoyens. Nos trois repas quotidiens sont autant d’occasions de voter. Voter pour ou contre un monde toxique. Voter en faveur d’un modèle viable pour l’environnement, notre santé, et moralement acceptable. Notre pouvoir est avant tout celui de l’achat. Plus qu’un bulletin dans une urne, la consommation d’un produit est devenue un geste politique. Le seul moment où le terme de « démocratie directe » a un sens concret.

Mais voilà, si mon pouvoir d’achat m’offre le privilège d’assurer aux miens une assiette sans danger, ce choix est réservé à une minorité. Car manger bien est désormais une source d’inégalité. Les pauvres sont aujourd’hui massivement représentés dans les rangs de plus en plus peuplés des obèses. Comme à Rio Grande City, leur pouvoir d’achat les cantonne quasi exclusivement à la nourriture industrielle. En confiant notre alimentation aux géants de l’agroalimentaire, nous leur avons laissé le droit d’installer des régimes d’apartheid nouveaux.

Et c’est pour cela que, même s’il est capital, un engagement individuel ne sera jamais suffisant.

Pour éviter que demain, notre monde ne ressemble à Rio Grande City, il faut que la classe politique se souvienne que, parmi ses devoirs, se trouve l’obligation de protéger la société des risques pathogènes.

La malbouffe tue. Il faut donc une intervention gouvernementale pour contraindre certaines compagnies à cesser de nous empoisonner. Le Danemark l’a fait. McDonald’s, Coca-Cola et les autres n’ont pas quitté le pays pour autant et les Danois n’ont pas le sentiment – autre cheval de bataille des industriels – qu’ils sont privés de leur liberté individuelle.

Mieux encore, puisque la France s’apprête à voter, il est temps d’exiger des candidats qu’ils s’engagent dans cette lutte dont la victoire est la seule issue possible.

Et le combat sera âpre. Car, distribuer des bons points aux compagnies, inciter les individus à consommer plus de fruits et moins de graisse, est largement insuffisant.

Qui, à droite et à gauche, osera suivre les conseils de Philip James et repenser nos politiques agricoles ? Le président de l’Équipe internationale de lutte contre l’obésité, ancien conseiller de Tony Blair, a, dans son discours de Sydney, défini le seul cadre susceptible afin d’empêcher la propagation des Rio Grande City. « Nous n’avons pas affaire à un problème médical ou scientifique. Nous avons affaire à un énorme problème économique qui, de l’avis général, va submerger tous les systèmes médicaux de par le monde. Nous nous sommes concentrés sur l’utilisation de l’argent des contribuables pour surprotéger tous ces éléments de la chaîne alimentaire qui provoquent aujourd’hui l’épidémie d’obésité. La surproduction d’huile, de graisse et de sucre, largement due aux subventions publiques visant à protéger les revenus agricoles, contribue depuis des décennies à la crise sanitaire que nous connaissons aujourd’hui. »

Demain le monde ressemblera à Rio Grande City et au courage de Peggy Visio.

Demain, parce qu’il y va de notre survie, nous reprendrons le contrôle de nos assiettes.

Demain, parce qu’il est question de l’avenir de nos enfants, nous quitterons les frontières nauséabondes de cet univers toxique.

Tout cela est encore possible.

Vous en avez le pouvoir.

La preuve ?

Après des années de dérive, je venais de le faire.

J’avais trente-cinq ans et, pour la seconde fois, je venais de naître.

Piano, 20 décembre 2006. »

Fin ……………….

Dr BUENOS : Merci à William Reymond, qui va désormais nous manquer chaque jour. Son enquête bien documentée, est passionnante. Elle s’était achevée en décembre 2006, mais à nos yeux,elle n’a pas pris une ride.

Elle conforte le réseau ROSA dans ses pratiques actuelles et nous permet d’améliorer certains points de prise en charge.

 

 

 

 

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Extrait de Toxic, le livre de William Reymond :

« Il existe différentes manières de démontrer l’inutilité de l’utilisation de pesticides et les risques qu’elle engendre.

Certains choisissent, avec brio, de démonter point par point l’argumentation des gardiens de la révolution verte. A écouter les tenants de l’industrialisation à tous crins, sans les pesticides, l’humanité courrait à sa perte, souffrant de malnutrition. Amatyra Sen, universitaire de Cambridge, est parti en guerre contre cette assertion en expliquant que « la famine caractérise l’état de certaines personnes n’ayant pas assez de nourriture, et non pas qu’il n’existe pas assez de nourriture ». Ses travaux, endossés par l’ONU et salués par un prix Nobel d’Économie, attestent bien que la faim dans le monde ne relève pas d’un manque de ressources mais d’une inégalité de distribution !

D’autres, encore, ont définitivement remis en question l’argument de vente des pesticides, selon lequel en protégeant et fertilisant chimiquement les fruits et légumes, ils garantissent une meilleure production que l’agriculture biologique classique. De nombreuses études, conduites aux États-Unis mais également en Suisse en 2001, ont en effet prouvé que, sans l’aide de produits chimiques, on parvenait globalement aux mêmes rendements. En 1990, une enquête comparative effectuée sur 205 fermes fit ressortir une différence maximale de 10 % en défaveur de l’agriculture biologique. Une autre, consacrée au soja, affirmait dix ans plus tard qu’un champ non pollué produisait 97 % de la quantité obtenue avec les coûteux ajouts chimiques. Et en juillet 2005, le Rondale Institute a enfoncé définitivement le mythe grâce à un travail étalé sur vingt-deux ans, effectué non pas en laboratoire mais sur des terres exploitées. Conclusion : aucune différence de rendement entre l’agriculture biologique et celle utilisant des pesticides. Plus étonnant encore, en année de sécheresse, les champs « à l’ancienne » fournissent 22 % en plus de fruits et légumes !

David Pimentel, lui, s’est intéressé aux conséquences économiques des pesticides. Comme j’avais tenté de le faire en décortiquant le véritable prix du hamburger à 99 cents, ce chercheur de l’université de Cornell a estimé que le recours à ces substances coûtait chaque année 10 milliards de dollars à la société américaine. La France se classant après les États-Unis et la Chine dans cette consommation chimique, on peut envisager une addition nationale de quelques centaines de millions d’euros. Un autre chiffre mis en avant par Pimentel retient l’attention : tous les ans, pour traiter les victimes humaines de cette dépendance chimique, la société américaine débourse 1,1 milliard de dollars.

Le sujet est éminemment sensible. Aux États-Unis, les associations de consommateurs et les groupes environnementalistes mènent depuis dix ans une guerre de longue haleine contre les géants de l’agriculture. Un combat dont nous, Européens, devons tirer des enseignements. Dans dix ans, comme pour la crise d’obésité, nous devrons à notre tour affronter les mêmes enjeux que les Américains et nous méfier des outils utilisés par les industriels de l’alimentation.

En 2001, le gouvernement français lançait le Plan nutrition national santé (PNNS). Parmi les premières recommandations destinées à lutter contre l’obésité, figurait une consommation accrue des fruits et légumes. Un thème largement développé depuis dans des campagnes publicitaires et auprès des établissements scolaires. La consommation de fruits et légumes est effectivement bénéfique à notre santé. Il est même scientifiquement prouvé que l’incidence des cancers, des maladies cardio-vasculaires, de l’ostéoporose, du diabète et du cholestérol est plus faible lorsque notre alimentation s’avère riche en fruits et légumes.

En 1991, dix ans plus tôt donc, le gouvernement américain lançait, lui, le programme « 5-a-Day » afin d’inciter les citoyens à consommer au moins cinq fruits et légumes par jour. Là encore, l’idée semblait tomber sous le bon sens. Sauf que les producteurs avaient du mal à cacher leur joie : les revues spécialisées donnaient en effet comme conseil aux groupes contrôlant la distribution d’augmenter leur chiffre d’affaires en utilisant notamment le logo de la campagne.

Mais voilà, l’usage massif de pesticides soulève une question qui reste taboue. Partant du principe que la totalité des fruits et légumes vendus en supermarché contiennent des résidus chimiques, faut-il suivre les recommandations de consommation édictées par des organismes officiels ? Aux États-Unis, comme en France ?

Plus que le regret de voir s’enrichir encore un peu plus les compagnies et corporations contrôlant la chaîne alimentaire, c’est l’hypocrisie de ces dernières qui a incité quelques groupes à agir dès janvier 1996. En effet, la toxicité des pesticides est un sujet que ses utilisateurs évitent comme la gale. Et lorsque, contraints, ils se décident à l’aborder, c’est pour détourner la question : « Personne ne s’est jamais retrouvé malade pour avoir consommé des produits frais traités rigoureusement avec les outils de protection des récoltes ».

C’est pour cela que, jouant la carte de la provocation, deux associations ont acheté des espaces publicitaires dans des revues professionnelles de l’industrie. Avec un message comparant le nombre de victimes par armes à feu à celui lié à la consommation de pesticides et au slogan sans ambiguïté : « Plus de gens meurent tués par leur salade ».

Au-delà de la joute verbale, cette campagne a suscité la même levée de boucliers et les mêmes réflexes protectionnistes de lobbying que celles lancées contre l’industrie de la viande. Le secteur a en effet répliqué en exigeant le vote d’une loi « transformant en crime toute critique de la nourriture non basée sur des preuves scientifiques irréfutables ». Comme on l’a vu, il s’agit à nouveau de refroidir les journalistes trop curieux et, surtout, d’étouffer les actions des associations de consommateurs ne disposant quasiment jamais de moyens financiers suffisants pour faire face à des procédures judiciaires. Une position assumée ouvertement par les industriels.

Mais alors, afin de se confronter à l’esprit de cette loi et d’essayer de clore ce débat une bonne fois pour toutes, existe-t-il oui ou non une preuve scientifique irréfutable prouvant que la consommation de fruits et légumes aux pesticides peut être mortelle ?

Le 3 mars 1863, Abraham Lincoln créait par décret présidentiel la National Academy of Sciences (NAS). Depuis, cette société honorifique rassemble l’élite scientifique mondiale, puisque parmi ses 2 000 membres et 350 correspondants étrangers, on compte plus de 200 titulaires de prix Nobel. Difficile donc de faire plus incontestable. Sa mission ? « Enquêter, examiner et expérimenter n’importe quel sujet scientifique » à la requête du gouvernement américain.

En 1987, l’organisme publiait, sous la direction de Richard Wiles, un rapport exhaustif consacré à la présence de pesticides dans la nourriture. Dont le chapitre 3 évaluait précisément, et sur cinquante pages, les risques de cancer liés à la consommation d’aliments produits à l’aide d’herbicides, fongicides, insecticides et autres engrais chimiques. Avec une rigueur toute scientifique, le NAS estimait que 62,5 % des herbicides utilisés en toute légalité par l’agriculture américaine étaient cancérigènes, tout comme 35 à 50 % des insecticides. Et que 90 % des fongicides – oui, 90 % – l’étaient aussi.

Ces chercheurs, analysant scrupuleusement et uniquement les effets quantifiables de la moitié des produits à effets cancérigènes, parvinrent en outre à évaluer précisément le nombre de cancers liés aux pesticides retrouvés dans la nourriture. Chaque année, selon eux, 20 800 Américains* (le chiffre est basé sur la population de 1986. Ramené à celle de 2006, il dépasse 25 000 par an) contractent ce mal. Un chiffre qui, parce qu’il se limite à 53 % des pesticides cancérigènes, constitue en somme un minimum. Le NAS, partant du principe que pour 10 nouveaux cas annuels de cancers, on compte 5 victimes, concluait que plus de 10 000 citoyens décédaient tous les ans, victimes de cette dépendance chimique. Et, pour la première fois, confirmait sans contestation que nous vivons dans un monde toxique.

Le plus étonnant, à la lecture des recherches des scientifiques du NAS, c’est la permanence d’une situation qui, au final, semble ne surprendre personne. Ces chiffres, équivalents à trois « 11-Septembre » par an, confirment une idée déjà dans l’air. Ils nous glacent et inquiètent un temps, puis disparaissent de nos centres d’intérêt et d’attention. Notre refus d’envisager les moindres conséquences sur l’organisme de cette alimentation modifiée s’accompagne d’un laxisme des gouvernements et d’une irresponsabilité civique des fabricants et utilisateurs de pesticides.

On pourrait imaginer que n’importe quelle enquête de cette nature, montrant qu’au moins la moitié des substances autorisées sont cancérigènes, déboucherait sur des interdictions, puis sur une remise en cause de ce système dont les dégâts se chiffrent en milliards ! Eh bien non.

Pourquoi ? Parce que les producteurs de pesticides profitent d’une aberration : la mise sur le marché des produits qu’ils commercialisent est antérieure aux travaux scientifiques attestant leur dangerosité. En outre, selon la loi, ces recherches ne suffisent pas, l’EPA, agence en charge des questions d’environnement devant réévaluer le produit. Un processus long et coûteux pour un organisme miné par les intérêts particuliers.

De fait, le 24 mai 2006, neuf représentants syndicaux s’exprimant au nom des neuf mille employés de l’EPA adressaient un courrier à Stephen Johnson, l’administrateur de l’agence. Sur six pages, leur lettre énumérait les difficultés rencontrées pour arriver à légiférer sur ces substances et disait : « Les préoccupations des industries de l’agriculture et des pesticides passent avant notre responsabilité de protéger nos citoyens. […] L’Agence doit assurer la sécurité sanitaire des enfants et des bébés […] et s’assurer que nos enfants ne soient plus exposés aux pesticides dont l’action peut endommager de manière permanente leur système nerveux et leur cerveaux ».

Sous couvert d’anonymat, les employés de l’EPA se montrèrent même plus directs. Ils mirent ouvertement et directement en cause l’administration Bush, dont les liens avec les industries chimiques sont établis depuis longtemps. Et expliquèrent que l’EPA refusait de prendre en compte les études indépendantes effectuées pourtant par des universitaires de renom parce que préférant se satisfaire de celles fournies… par les industriels.

Ce laxisme a des conséquences sur le reste du monde. Les fabricants utilisent leur présence sur le territoire américain depuis plusieurs décennies pour arguer d’une prétendue non-dangerosité et obtenir des autorisations d’exportation. Lesquelles permettent aux mêmes produits d’empoisonner le sol, les rivières, la faune, la flore, l’air et la nourriture du monde entier. Aussi bien en Afrique, marché émergeant, qu’en Europe où, rappelons-le une fois encore, la France est le troisième pays consommateur de ce type de substances.

En affinant les travaux du NAS, en mesurant, aliment après aliment, le taux de toxines que ceux-ci contiennent, Buck Levin est allé plus loin pour quantifier notre consommation quotidienne de produits toxiques. Du petit déjeuner au dîner, selon ses calculs, nous avalons en moyenne chaque jour cinq résidus différents d’antibiotiques, deux résidus issus de la pétrochimie, un résidu provenant de l’industrie du plastique, un de silicate – l’amiante -, puis un autre sous forme de colorant toxique, cinq issus d’éléments chimiques dont du mercure et de l’arsenic. Sans oublier, justifiant les craintes du NAS, vingt et un résidus différents apportés par les pesticides. Bon appétit.

La suite ….. demain.

Dr BUENOS : Ces données étayent les recommandations faites aux patients du réseau ROSA de consommer le plus possible des fruits et légumes de saison, de proximité, issus de l’agriculture biologique.

 

 

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Extrait de Toxic :

« Aujourd’hui, le HFCS est une superstar. Chaque année, 530 millions de boisseaux de maïs sont industriellement transformés en 8 milliards de litres de jus de glucose- fructose.

En à peine deux décennies, le sirop d’ADM est devenu le produit le plus populaire de la chaîne alimentaire américaine. Comme l’avait prédit Dwayne Andreas, on le retrouve partout. Et principalement dans les sodas. La décision prise par Coca-Cola en 1980 de se convertir complètement à l’HFCS a été rapidement suivie par PepsiCo et le reste des fabricants de colas. Aujourd’hui, à l’exception de quelques curiosités locales (Dr Pepper), la totalité des boissons sucrées américaines ne contient plus de sucre de canne.

À Dublin, Texas, l’embouteilleur local de la boisson DrPepper a refusé de passer au HFCS sous prétexte que le sirop altérait le goût du soda. Il poursuit donc son activité, continuant à vendre du cola « au goût d’avant », l’expédiant dans le reste du pays. Les colas au sucre de canne ont un noyau de fidèles. Au Texas et en Californie, il existe même un marché noir de bouteilles de Coca-Cola pur sucre importées du Mexique.

Cette mutation a aussi entraîné une diversification de l’offre. Et ce parce que produire un soft drink n’a rien de révolutionnaire, la composition étant toujours la même : de l’eau, des extraits naturels – ou pas – chargés de donner du goût, un colorant et beaucoup de sirop sucré à bas prix. De fait, on estime qu’une canette de soda dégage presque 90 % de profits. Aussi, depuis la fin des années 1990, la gamme de produits s’est-elle considérablement élargie, répondant à toutes les cibles de consommateurs. The Coca-Cola Company propose plus de 400 boissons, de l’eau minérale jusqu’au mélange énergisant enrichi en caféine. Point commun : de faibles coûts de production. Résultat ? Aux États-Unis, Coke commercialise ses boissons dans plus de 2 millions de magasins, près d’un demi-million de restaurants et dispose de près d’1,5 million de distributeurs habilement installés là où le consommateur se trouve. Un chiffre qui atteint même les 3 millions si on englobe l’ensemble des fabricants de soda.

Cette diversification a permis à l’industrie des boissons non alcoolisées, hors jus de fruits, de multiplier les succès. Ainsi, depuis 1971, la consommation a plus que doublé aux États-Unis pour atteindre une moyenne de 575 canettes de 35,5 cl par Américain pour l’année 2005. Qu’il soit un homme, une femme, un enfant ou… un non- consommateur.

Un an plus tôt, les 66 milliards dépensés par les ménages pour acheter des Coke, Pepsi et autres DrPepper équivalaient à 850 dollars par an et par famille.

En fait, le succès est tel que les sodas sont désormais ici la première source de calories et même « l’aliment le plus consommé » du pays !

Lorsqu’un seul produit atteint un tel niveau de consommation, représentant en moyenne 7 % de l’apport calorique de l’Américain, il devient légitime d’évaluer son rôle dans la crise d’obésité. Même si avancer une telle hypothèse insupporte une profession habituée à gérer le problème comme s’il s’agissait d’une patate chaude. En fait, dès que l’on enquête ou que des études sont menées sur les effets de ces boissons, les représentants de l’industrie montent immédiatement au créneau et professent : « Blâmer un produit spécifique ou un ingrédient comme étant à l’origine de l’obésité défie le sens commun. Alors qu’en réalité, il existe de nombreux facteurs comme le manque d’activité physique ». La réponse est tellement chevillée à la langue de bois du marketing de crise qu’elle en devient ridicule, mais elle fait partie d’une stratégie de défense globale des suspects de responsabilité dans la pandémie. Nous en étudierons les mécanismes et les enjeux plus tard, en montrant comment ce mode de communication a franchi l’Atlantique pour corrompre le débat européen.

Ce genre de commentaire a en tout cas le don d’irriter le docteur David Ludwig. Directeur du programme anti¬obésité au Children’s Hospital de Boston, il gère les dégâts causés par la trop grande consommation de sodas. « C’est exactement comme si quelqu’un disait que nous devrions ignorer la contribution de l’hypertension dans les attaques cardiaques parce qu’il existe d’autres facteurs, assène-t-il. Si cela n’était pas aussi grave, cela en serait risible. Et pourtant, cet argument ressort à chaque fois que l’on parle de l’obésité. Il existe un solide et accablant dossier prouvant l’existence d’une relation de cause à effet. »

Le premier élément à charge est l’évolution parallèle des courbes de l’obésité et de l’absorption de ces boissons. Selon le bureau des recherches économiques de l’USDA, la consommation de colas a connu une première explosion entre 1967 et 1977. Soit avant l’introduction du HFCS, quand en dix ans, l’Américain se mit à boire 350 canettes par an contre 200 en 1967. Dans la même période, cette fois-ci d’après le National Center for Health Statistics, le taux d’Américains obèses ou en surcharge pondérale monte à 45 %.

En 1987, la consommation est passée à 475 canettes par an. Dix ans plus tard, on arrive à 585, soit en moyenne, 7 % de l’apport calorique des Américains.

Le taux d’obésité ? De 15 % en 1976, il a grimpé à 23 % én 1988 et 31 % en 1999. Lorsque l’on cumule ce pourcentage avec celui des Américains en surcharge pondérale, on constate le même mouvement : les 45 % de 1976 sont arrivés à 56 % puis à 65 %.

Ces chiffres illustrent deux faits. D’abord, ils confirment les progressions parallèles de la consommation de sodas et de la crise d’obésité. Ensuite, ils démontrent que l’introduction du HFCS a eu un effet considérable sur la consommation, accélérant du même coup les répercussions de la crise.

Cet élément donne plus de crédit à la thèse d’une deuxième phase de la pandémie d’obésité. La première, commencée après la Seconde Guerre mondiale, a vu une progression régulière du taux d’obésité, évolution modérée et linéaire s’expliquant par de multiples facteurs sociétaux et culturels.

Et puis, au tournant des années 1980, l’explosion soudaine du nombre d’Américains souffrant de problèmes de poids alerta les experts. Le plus troublant est de constater que, sur cette période de trente ans, le pourcentage d’Américains en « simple » surcharge pondérale est relativement stable. Il passe de 32 % en 1976 à 33 % en 1988 pour plafonner à 34 % dix ans plus tard. Cela signifie que l’absorption massive de sodas a des effets particulièrement dramatiques parce qu’elle fait surtout croître le nombre d’obèses ! Exactement comme chez les Indiens Pima où, à la même époque, Eric Ravussin avait constaté une fulgurante progression de l’obésité. Comme si, du jour au lendemain, leur environnement était devenu toxique.

L’actuelle épidémie aux États-Unis a une autre particularité, nous l’avons vu. Le taux croissant d’enfants et d’adolescents atteints par le mal. Cette nouvelle vague a dramatiquement changé la nature des dégâts. Au point que le diabète dit « de l’âge mûr » a été rebaptisé diabète de type 2 afin de s’adapter à cette réalité nouvelle. De là conférence de Sydney aux centres hospitaliers américains, tous les médecins et spécialistes répètent la même mise en garde : si rien n’est fait, les membres de cette génération vivront moins longtemps que leurs parents et souffriront de multiples maladies tout au long de leur existence.

Et lorsqu’on analyse la consommation de sodas dans cette perspective, n’en déplaise aux porte-parole de l’industrie, il s’avère impossible de ne pas y déceler les racines du mal. »

La suite ………. demain. William Reymond va poursuivre et étoffer son enquête pour débusquer les facteurs impliqués dans cette pandémie d’obésité.

 

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Extrait de Toxic, le livre de William REYMOND :

Malgré des millénaires d’évolution, l’espèce humaine reste habitée par ses origines animales. Aussi, notre vie se voit-elle guidée par deux facteurs incontournables : le sexe et la nourriture. Le premier assure notre reproduction. Le second, notre existence. Ensemble, ils garantissent la survie et la transmission de nos gènes.

La surabondance d’aliments dans les assiettes américaines repose sur les mêmes principes. Pour Eric Asimov, critique culinaire au New York Times, l’explosion de la taille des portions suscite chez les consommateurs la pulsion de plus manger et répond à une recommandation enfantine bien connue : « Les gens ont le sentiment de désobéir à leur mère s’ils ne finissent pas leurs plats». L’idée est amusante et doit certainement jouer. Mais au-delà de l’autorité maternelle, certains chercheurs sont persuadés que notre vocation à terminer une assiette est, une fois de plus, inscrite dans nos gènes. Brian Wansink, de l’université de Cornell, affirme ainsi que les grosses portions de nourriture agissent sur notre inconscient en dégageant un message qu’il résume par un très clair « Mange moi ! ». Un ordre si puissant qu’il annihile tout appel à la raison.

Barbara Rolls fait, elle, partie de ces universitaires convaincus que cette attirance relève d’un réflexe vieux comme nos origines. Habitué à craindre les périodes de famine, l’homme serait programmé pour emmagasiner de la nourriture lorsqu’elle est disponible.

Afin de prouver sa théorie, cette chercheuse conduit depuis plusieurs années une série de travaux au sein de l’université de Pennsylvanie. Qui attestent que, systématiquement, ses « cobayes » mangent plus lorsqu’ils sont confrontés à de plus grosses portions. Elle estime même que cette surconsommation suit une règle précise puisque, en moyenne, les sujets confrontés à des assiettes plus grandes mangent 30 % de nourriture supplémentaire.

L’industrie agroalimentaire rejette en bloc toute idée de responsabilité dans la pandémie d’obésité. Et considère sans fondement les travaux de Rolls. La vocation de ces entreprises étant de satisfaire le consommateur, comme c’est lui qui réclame plus, elles le satisfont.

Wansink, rebondissant sur l’axe de défense des restaurateurs et des fabricants de nourriture, a de son côté poursuivi ses recherches, s’intéressant cette fois-ci non plus au contenu mais au contenant. Ses découvertes sont simples à résumer : plus le contenant est important, plus l’être humain mange. Qu’il s’agisse du volume d’un paquet de chips, de la circonférence d’une assiette ou de la profondeur d’un plat, l’appétit s’adapte. L’exemple le plus parlant est celui des M&M’s. Confronté à un sac de 500 grammes de ces bonbons pas franchement diététiques, un « cobaye » de Wansink en avale 80 dans un laps de temps limité imposé par le chercheur. Plus tard, quand on lui présente un paquet d’un kilo, c’est 112 M&M’s qu’il ingurgite dans le même délai !

Il ne fait donc aucun doute que la taille des portions contribue à l’étendue de la pandémie. Ce que confirme l’American Institute for Cancer Research, lorsqu’il estime que 67 % des Américains terminent leur assiette quel que soit le volume de nourriture servi. En continuant, pourrait ajouter Eric Asimov, à faire plaisir à leur maman !

Autre certitude, l’explosion des portions fausse la perception du consommateur, qui ignore désormais ce que recouvre une quantité raisonnable. L’USDA – le ministère de l’Agriculture américain – précise par exemple que des menus de taille dite normale dans certaines chaînes de fast-foods sont en fait jusqu’à trois fois plus caloriques que ce que préconisent les normes diététiques. Cette absence de repères communs crée même une sorte d’incompréhension internationale, comme l’a constaté Eric Asimov : « Je ne compte plus le nombre de personnes qui viennent me voir pour se plaindre de la taille des portions lorsqu’elles voyagent en France ou au Japon. Ces gens ont moins de nourriture que ce qu’ils ont l’habitude de recevoir et éprouvent, à l’étranger, le sentiment de se faire arnaquer ».

La comparaison, intéressante, pourrait expliquer pourquoi le reste de la planète n’atteint pas encore les taux d’obésité constatés aux États-Unis. Ainsi, en 2003, Paul Rozin a mené une étude mesurant les portions en France et en Amérique du Nord. Les conclusions de ce chercheur en nutrition donnent le tournis. Dans les restaurants américains, la quantité de nourriture servie est au moins supérieure de 25 % à ce que l’on constate dans l’Hexagone.

Pour les établissements yankees, cette surenchère est d’autant plus facile à pratiquer que la part alimentaire ne compte que dans un cinquième des frais de fonctionnement de la restauration aux États-Unis. Les prix bas d’achat de nourriture permettent aux restaurateurs d’en servir plus, tout en continuant à présenter des tarifs compétitifs.

Autre découverte de Rozin, cette fois dans les allées des supermarchés : les plats individuels s’avèrent en moyenne 37 % plus grands aux USA.

Le plus étonnant, à mon avis, reste toutefois une dernière trouvaille de l’universitaire : comparant les mêmes livres de recettes dans les deux pays, il s’est rendu compte que, pour le même plat, l’édition américaine recommandait systématiquement une plus grande quantité d’ingrédients !

L’explosion de la taille des portions pourrait apparaître comme un phénomène purement américain, au diapason du gigantisme du pays. En réalité, il n’en est rien. Ainsi, dans l’édition 2006-2007 de leur guide Savoir manger *, les nutritionnistes Jean-Michel Cohen et Patrick Serog ont constaté l’émergence de ce phénomène en France. Pis, ils ont révélé une tendance inquiétante : « À l’heure actuelle, la valeur nutritive des aliments ne cesse d’augmenter. Ainsi on peut constater que la valeur moyenne de l’ensemble des yaourts, qui était il y a quelques années de 70 kcal aux 100 g, atteint aujourd’hui 80 kcal. Que celle des pains, qui étaient à 250 kcal, est désormais à 275… »

La suite ….. tout aussi passionnante……. demain.

 

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Extrait de Toxic, le livre de William Reymond :

« La jeune Amérique a longtemps été habituée à la première place. Au début du siècle dernier, nouvelle puissance industrielle à peine débarrassée des oripeaux de la conquête de l’Ouest, les États-Unis s’enorgueilliront d’être le pays aux citoyens ayant la meilleure santé. Un siècle plus tard, l’OMS a remis les pendules à l’heure. Dépassée par le Japon, la Suède, le Canada, la France, l’Australie et cinq autres encore, l’Amérique figure désormais au douzième rang, laissant d’un cheveu la place de cancre à l’Allemagne.

La pandémie d’obésité est la raison majeure de cette dégringolade. Et plus particulièrement son effet sur les cœurs américains.

L’équation est connue. Hypertension, présence importante de graisse dans le sang et cholestérol. Trois coupables présents massivement dans l’organisme de l’obèse. Trois tueurs nés dans l’abondance de nourriture. En 2005, plus d’un Américain sur quatre souffrait de complications cardiaques. En millions, cela représente presque la population de la France. Résultat ? Les problèmes cardiaques sont la première raison de décès des Américains en surcharge pondérale. À un rythme effarant. Même si les raisons sont multiples, toutes les trente-cinq secondes un habitant de la première puissance mondiale meurt d’une complication cardiaque. Oui, le temps de relire ce paragraphe et la pandémie d’obésité, majoritaire parmi d’autres facteurs, a fait une nouvelle victime.

Et ceux qui n’en meurent pas vivent avec le risque d’une attaque qui, limitant l’apport d’oxygène et de sang au cerveau, entraîne une paralysie. Sans oublier les autres, ces 2 740 personnes qui, chaque jour, n’ont d’autre option que de subir un pontage coronarien. Une opération qui rajoute 15,6 milliards de dollars à la facture santé supportée par le pays.

Si tous ces chiffres vous paraissent encore trop abstraits, alors il vous faut assister à l’une des conférences données par le docteur Mehmet Oz, un cardiologue qui vient prêcher la bonne parole dans les collèges de New York. Le résumé fait par Eric Schlosser dans son livre de mise en garde destiné aux enfants intitulé « Chew on this » est édifiant.

Quand son auditoire est suffisamment âgé, Oz utilise en effet des organes prélevés durant des autopsies afin de démontrer sans ambiguïté les ravages de la pandémie sur le corps humain. Comme le raconte Eric Schlosser, le docteur Oz puise  dans un seau blanc et en sort deux cœurs : « Celui en bonne santé est rond et marron rosé. Il semble flexible au toucher. L’autre était bien plus gros. Il était plus foncé, sa couleur plus proche du noir que du rose. Il était plus oblong que rond, comme un petit ballon de rugby dégonflé ».

Les méthodes de Methmet Oz ne sont pas choquantes. En confrontant des adolescents aux organes détruits par la pandémie, il procure une réalité à un risque jusqu’ici abstrait mais qui les concerne directement. « Je leur parle de ce qu’ils mangent, de la nécessité de faire du sport et comment tout cela affecte la santé de leurs cœurs. Les maladies cardiaques ne sont plus réservées à leurs parents et grands-parents. Ce que je leur montre, c’est exactement ce qui est peut-être en train de se produire dans leurs corps. »

En 2000, près d’un tiers des adolescents américains étaient considérés à risques. Une étude chinoise parue quatre ans plus tard évoquait de son côté le cas d’enfants obèses âgés de dix ans dont les cœurs portaient les mêmes stigmates que ceux d’hommes de quarante-cinq ans, fumeurs réguliers depuis dix ans ! Le mal s’étend. La preuve, confinant à l’absurde, on a vu apparaître des crises cardiaques chez des adolescents de seize à dix- huit ans.

La tendance est si alarmante qu’elle conduit les plus grands centres de traitement des maladies cardiaques à ouvrir une section consacrée aux enfants et adolescents. Ainsi, le prestigieux Texas Heart Institut de Houston, l’un des premiers hôpitaux au monde réservé aux problèmes de cœur, vient d’ouvrir sur Internet une page de prévention afin de prévenir ce risque.

Le cœur n’est pas le seul organe touché par la pandémie d’obésité. La démonstration de Metmeth Oz s’étend encore au cerveau, aux os et au foie.

 

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Extrait de Toxic, livre de William Reymond, que je conseille de lire :

 » Imaginez un pays peuplé comme la France. 60 millions d’habitants donc, qui auraient une seule particularité : celle d’être trop gros.

Cette entité géographique fictive existe. 60 millions d’obèses ? Bienvenue dans l’ex-Empire du milieu. Depuis novembre 2006, la Chine détient ce triste record. Alors que la population chinoise a été longtemps considérée comme ayant le mode alimentaire le plus équilibré de la planète, elle est désormais au bord de l’implosion. L’obésité et la surcharge pondérale touchent même un Chinois sur cinq. Le calcul fait tourner la tête… Il s’agit bien de 215 millions de personnes ! Parmi elles, 160 millions souffrent d’hypertension et 20 millions sont atteintes du diabète. Et là-bas, particularisme local, la pandémie touche plus particulièrement les garçons.

Selon une étude publiée le 19 août 2006 par le British Medical Journal, plus de 10 millions d’enfants chinois entre sept et dix-huit ans sont aujourd’hui obèses. En 2000, ils étaient « seulement » 4 millions !

La Chine est donc passée à l’ère de l’obésité. Une information fâcheuse pour le gouvernement communiste qui, à la veille des Jeux olympiques de 2008, souhaite présenter ses citoyens comme les plus sportifs de la planète. Mais voilà, une promenade dans les rues de Pékin et de Shanghai dévoile une autre réalité. Celle où les cliniques pour enfants obèses se multiplient au rythme de l’élargissement du tour de taille de la population !

La Chine n’est en rien une exception. L’ensemble du bassin asiatique se voit frappé par l’épidémie. Ainsi, depuis 2002, le Viêtnam doit faire face à une situation particulière loin d’être unique. Si à Hanoi une partie de la population souffre d’obésité, dans certaines campagnes la malnutrition demeure un grave problème. À côté, en Thaïlande, le taux d’obésité des cinq-douze ans est passé de 12,2 % à 15,6 % en… à peine deux ans !

Le Japon est également atteint. Depuis 1982, le nombre d’obèses a augmenté de 100 %. Là aussi, comme en Chine, les enfants et les adolescents sont les premières victimes. Situation identique aux Philippines où 5 % de la population est considérée comme obèse. Si l’on ajoute les personnes en situation de surcharge pondérale, c’est même un tiers de l’archipel qui est touché. On retrouve des proportions similaires en Nouvelle-Zélande et en Australie. Dans les villes mais aussi dans des endroits bien plus reculés puisque, pour la première fois en 2004, on relevait une augmentation importante des cas d’obésité au sein des tribus aborigènes. Reste que l’exemple le plus frappant de la zone pacifique concerne les îles Tonga. Là, en Polynésie, c’est plus de 60 % de la population qui endure la pandémie.

Et l’Inde, l’autre État-continent ? Alors que le pays peine à lutter contre les effets de la malnutrition en milieu rural, les grandes villes comme New Delhi comptent désormais un taux d’obésité dépassant les 10 % parmi les quatorze-vingt-quatre ans. Et l’hypertension entraîne une inquiétante augmentation de la fréquence des crises cardiaques chez les moins de cinquante ans.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’Afrique n’est en rien épargnée par le mal. En Zambie, 20 % des enfants âgés de quatre ans sont obèses. Un pourcentage conséquent que l’on constate encore au Maroc et en Égypte, où il est même légèrement supérieur. D’une manière générale, au Moyen-Orient, de Beyrouth à Bagdad, c’est en fait un quart de la population qui se retrouve obèse ou en surpoids.

Mais le vrai drame se joue au sud, en Afrique noire, où ce fléau et son cortège de maladies font des ravages. Non, il ne s’agit pas d’une erreur. Je viens bien d’associer l’impossible : obésité et Afrique. Et il ne faut pas se méprendre, la pandémie sur le continent africain ne signifie en rien que les problèmes de malnutrition sont réglés. On continue à mourir de faim là-bas, mais, écœurante nouveauté, on y meurt également en mangeant trop ou mal ! L’information dérange notre mode de pensée mais certains pays du continent noir comptent trois fois plus d’obèses que d’individus souffrant de malnutrition. Et, comme ailleurs, la tendance n’est en rien prête à s’infléchir.

Car l’Afrique est maudite. Agonisant sous la faim, exsangue depuis la tragédie du sida, le continent est désormais victime d’une nouvelle « plaie ».

En 2004, l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, plus communément connue sous le terme générique FAO, publiait un rapport dramatique qui démontrait que les femmes enceintes souffrant de malnutrition accouchaient plus fréquemment d’enfants sûrs de devenir de futurs… obèses. Une incongruité ne provenant pas d’une étrangeté de la nature mais de notre héritage génétique. Parce que les bébés africains naissent avec un métabolisme programmé pour « stocker » le maximum de nourriture. Alors que la malnutrition recule, cette sorte d’assurance survie glissée dans l’ADN se retourne contre son porteur en le condamnant à l’extrême contraire.

Des mères souffrant de faim donnant la vie à une prochaine génération de gros. Toute l’absurdité de notre monde est là… Toute l’absurdité et la douleur de l’Afrique aussi !

Bien évidemment, de Paris à Bruxelles, de Londres à Prague, de Berlin à Amsterdam, de Rome à Lausanne, de Madrid à Sofia, la pandémie est aussi solidement installée en Europe. En France, la dernière enquête Obepi confirme qu’en 2006 l’obésité continue de progresser. Et que, désormais, au-delà des enfants et adolescents, c’est l’ensemble des générations qui sont atteintes. Une situation soulignée par Marie-Aline Charles : « C’est saisissant. Chaque génération a une prévalence supérieure à la précédente. Et ce, quelle que soit la génération. À chaque fois cela progresse : si on observe les générations nées en 1920, 1930, 1940, il y a déjà cette progression. Il faut absolument infléchir la trajectoire, car autrement on va arriver au taux de 30 % que connaissent les États- Unis3 ».

Désormais, donc, 5,9 millions de citoyens français sont obèses. Afin de saisir l’aspect foudroyant de la pandémie, il faut retenir une donnée cruciale : voilà à peine neuf ans, on en comptait 2,9 millions de moins. Oui, au rythme de plus de 320 000 par an, le nombre d’obèses dans l’Hexagone a quasiment doublé entre 1997 et 2006 !

En Italie, 8 % de la population est atteinte. En Allemagne, la proportion passe à 12 %. La Grande-Bretagne, quant à elle, se dispute la première place avec la Bulgarie. Le quart des habitants de ces deux États est désormais obèse. Si l’on ajoute les personnes en surpoids, on glisse vers une situation à l’américaine où celles proches de ce qu’on appelle leur « poids de forme » ne forment désormais plus qu’une minorité.

Asie, Pacifique, Afrique, Europe, il reste à jeter un œil sur l’Amérique. Pas celle où est née l’épidémie, mais le continent américain. Et ce en commençant par le sud. Où il n’y a pas de miracle. L’ensemble du territoire sud- américain est touché. Le Brésil, par exemple, a vu la proportion d’habitants obèses ou en surpoids augmenter de 31 % en dix ans. Une vague touchant aussi bien les beaux quartiers de Rio que les favelas de Sâo Paulo. Dans la même période, la Colombie a enregistré une progression de 43 %. Un quart des enfants péruviens, chiliens et mexicains sont eux aussi victimes du mal.

Nettement plus au nord, du côté du Canada, les statistiques se révèlent encore plus impressionnantes. D’après une enquête de 2004 sur la santé dans les collectivités canadiennes, 23 % de la population est obèse. Plus précisément encore, l’étude Différences régionales en matière d’obésité démontre que cette catégorie regroupe presque un tiers des Canadiens vivant en milieu rural, contre 20 % des résidents de grandes villes.

En Amérique du Nord, la pandémie n’épargne personne… n’oubliant pas, au passage, de « contaminer» jusqu’aux Eskimos d’Alaska.

De l’Australie au Danemark en passant par la France, ces experts disent tous la même chose : notre société est malade. Et si rien ne se fait, elle subira le sort vécu par les générations confrontées aux précédentes pandémies.

Il ne s’agit pas d’être alarmiste mais simplement réaliste. En 2006, l’Organisation mondiale pour la santé affirme que la planète compte plus d’habitants souffrant de surpoids que de malnutrition. Que si les victimes de la faim sont toujours plus de 800 millions, celles de la malbouffe dépassent le milliard. Et que dans ce chiffre record, 300 millions sont obèses.

Ce paradoxe en appelle un autre, bien plus effrayant s’il en est. Si choquant même qu’à lui seul il a justifié ce travail d’enquête et l’écriture de ce livre. En vingt ans, la pandémie d’obésité ne s’est pas satisfaite de son expansion statistique, plaçant la surnutrition au sommet des problèmes mondiaux. Ou, pour reprendre une expression du ministre français de la Santé Xavier Bertrand lors de ses vœux à la presse, ne s’est pas contentée de son statut de « défi majeur de la santé du XXIe siècle1 ». Elle a aussi – et c’est ce qui se produit aux États-Unis – remis en doute la marche en avant de l’évolution humaine.

De fait, si l’ensemble de ces données chiffrées, peut- être difficiles à digérer, n’a pas fini de vous convaincre de l’urgence des mesures liées à l’étendue du mal, l’information supplémentaire que voici devrait y parvenir. En effet, pour la première fois, malgré les progrès de la science et de la médecine, l’espérance de vie des enfants américains est plus courte que celle de leurs parents ! Et c’est bel et bien l’obésité qui s’avère responsable de cette régression unique dans l’histoire moderne.

Doit-on, en France, se dire que cette dérive ne nous concerne pas ? Évidemment non. Car on le sait, en 2020, l’Hexagone mais aussi l’Allemagne, la Belgique, les Pays- Bas, le Sénégal, l’Inde, la Chine, la Russie l’Australie… ressembleront aux États-Unis. Et seront des nations majoritairement obèses, dont les populations verront à leur tour leur espérance de vie cesser de croître avant de commencer à diminuer.

La crise mondiale d’obésité, venant rejoindre les tristes rangs formés par la peste noire, la grippe espagnole et le sida, est bel et bien une pandémie.

Mais avant de tenter de trouver les moyens de l’enrayer, il semblait essentiel de remonter aux origines de ce foyer épidémique pour découvrir les raisons du mal. Cela tombait bien, voilà quelques années que je vivais en son cœur.

(la suite …… demain).

Les impatients peuvent se procurer le livre et le « dévorer » avant.

 

 

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Extrait de Toxic, le livre écrit par William REYMOND et que je vous conseille de lire :

« Il n’y a aucun État au monde où l’obésité n’est pas en augmentation. Jusqu’aux pays en voie de développe-ment comme le Zimbabwe ou la Gambie que nous pen-sions pourtant immunisés. L’épidémie se propage à toute allure. Et, le plus effrayant, c’est que, jusqu’à présent, personne n’a réussi à la stopper. »

Le docteur Stephan Roessner n’est pas une Cassandre soucieuse de vendre quelques exemplaires de plus d’un livre de régime. Ce médecin suédois est le président de l’Association internationale pour l’étude de l’obésité. Et en dix ans, avec ses collègues, il a observé une tendance… lourde : l’accroissement de l’obésité et des pathologies liées à une mauvaise nutrition. Tous les experts sont d’accord ou presque : nous sommes désormais face à un véritable fléau.

Depuis 1998, sans que l’on saisisse totalement la portée de l’information, l’obésité est considérée officiellement comme une épidémie1.

Il ne s’agit donc plus de kilos en trop, de plis disgracieux, de difficultés à s’habiller et à se mouvoir mais bel et bien de risques mettant en péril l’existence d’une partie croissante de la population.

Berit Heitmann n’est pas une adepte de la langue de bois. Conseillère du gouvernement du Danemark sur les questions de médecine et de nutrition, elle vient de passer deux ans à étudier les effets de l’obésité sur les femmes. Et ses conclusions, preuves à l’appui, se révèlent implacables : « Être une femme et obèse est la pire chose qui soit. La discrimination commence dès l’enfance. Les études sur la petite enfance démontrent ainsi que les filles obèses sont rejetées par leurs camarades de jeux dès l’âge de trois ans ».

En présentant ses constatations, elle a démontré que le phénomène se reproduit dans le cadre familial et médical, et même enseignant. Une nouvelle forme d’inégalité sexuelle, où la fillette obèse est plus ostracisée que son équivalent mâle, est apparue. Mettant en avant le cas danois, Berit Heitmann débusque ainsi cette disparité jusque dans la distribution des bourses scolaires : les étudiantes obèses sont moins aidées que les autres.

Bien évidemment, cette forme de rejet prend toute son ampleur à l’âge adulte : « L’apparence et la taille semblent liées à la possibilité de conserver ou pas emploi et salaire. Le bilan est donc terrifiant : les femmes obèses sont privées d’amis, de relations intimes, de liens sociaux, d’éducation, de salaires et de respect ».

Impossible, en découvrant ces propos, de ne pas repenser à « ma » promeneuse parisienne. À son regard, mélange de peur, de honte et d’agressivité, lorsque je m’étais décidé à lui parler. Impossible d’oublier sa surprise. Et le fait que l’obésité féminine est devenue une nouvelle tendance en France. Ainsi, d’après Marie-Aline Charles, épidémiologiste en charge de l’enquête Obepi 2006*, alors que « l’on constatait une égalité presque parfaite » entre les deux sexes dans leur précédent rapport, « pour la première fois, la prévalence est plus importante chez les femmes. Cela est encore plus sensible chez les jeunes femmes de moins de quarante-cinq ans. […] Aujourd’hui, les filles de vingt-cinq ans ont le même tour de taille que leurs mères ».

Berit Heitmann ajoutait en effet : « À masse corporelle égale, la femme est bien plus exposée à la maladie que l’homme. À titre d’exemple, le risque pour un homme de développer un diabète de type 2 est moitié moindre que pour une femme obèse ». Une règle angoissante que l’on peut également appliquer aux cas d’hypertension et de maladies cardio-vasculaires.

Autre effet secondaire et dramatique souligné durant la conférence de Sydney, les difficultés à tomber enceinte et les multiples risques encourus en tentant de mener une grossesse à terme.

Comme pour illustrer les propos de la conseillère danoise, le 30 août 2005, The British Fertility Society (BFS), association britannique regroupant les professionnels de la fertilité, publiait une série de recommandations alarmantes à ses membres : « Les femmes rentrant dans la catégorie « obésité sévère » ne devraient pas être autorisées à accéder à un programme de traitement de l’infertilité, professait l’organisme. Celles souffrant de malnutrition et celles classées seulement comme obèses devraient être forcées de traiter leur problème de poids avant d’envisager un tel traitement ».

Il ne faudrait pas croire que ces propos constituent de simples vœux pieux dictés par la volonté de réveiller les consciences ou d’alerter les spécialistes. Non, on n’en est plus là. Richard Kennedy, l’un des dirigeants de la BFS, l’a confirmé à la BBC : les recommandations de son association sont déjà en vigueur. Et d’assener : « Les femmes obèses ont moins de chances d’être enceintes et plus d’être exposées à des problèmes de santé. Il nous apparaît plus sensé de traiter d’abord l’obésité avant de chercher un traitement à l’infertilité. Nous ne souhaitons pas une interdiction totale, mais il faut admettre le problème.

En tout cas le NHS, équivalent de la Sécurité sociale française, refuse en effet depuis 2005, et cela sans aucune publicité, de prendre financièrement en charge une partie du traitement contre l’infertilité lorsque la demande est effectuée par une femme atteinte de grave surpoids.

Or, on le comprend, même si les arguments de la BFS sont justifiés – les risques de développer de l’hypertension et du diabète gestationnel sont importants -, une telle décision pose tout une série d’interrogations morales. Est-il légitime, normal, de sanctionner ainsi des personnes déjà fragilisées ? Pourquoi le droit à une aide médicale pour avoir un enfant se voit-il interdit à une femme obèse alors que, d’après le même document, il est offert aux familles reconstituées n’ayant pas d’enfant ensemble, aux couples homosexuels et aux femmes jusqu’à quarante ans ? Plus troublant encore si l’on néglige les facteurs sociaux pour se cantonner aux risques médicaux encourus par l’enfant et la future mère, est-il logique d’exclure les obèses alors que les « fumeuses », y compris celles considérées comme utilisatrices très importantes, bénéficient de cette assistance ? Dans ce cas précis, l’excuse de la responsabilité médicale ne peut même plus être mise en avant, démontrant que la « grosse » est devenue une citoyenne mise à l’écart.

 

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Mon rêve américain a d’abord eu l’attirance sucrée du Coca-Cola et le croustillant de tranches de bacon. Le caramélisé de la tarte aux noix de pécan et l’onctuosité de la glace à la vanille. La tendresse d’une côte de bœuf et le piquant d’ailes de poulet frites dans une sauce aigre- douce.

Mon rêve américain avait un avant-goût de paradis. Un éden démocratique où le ticket d’entrée ne coûtait pas grand-chose et où les portions étaient gargantuesques. Un confortable refuge où le concept de culpabilité n’existait pas.

Mieux encore, les États-Unis m’avaient décomplexé. Pour la première fois de mon existence, avec mes misérables kilos en trop, j’appartenais en fait au groupe des gens normaux. Les gros, ce n’était plus moi, mais les autres.

Cette nouvelle réalité m’avait sauté aux yeux dès l’aéroport. En fait, il faudrait effectuer une étude auprès des touristes européens débarquant sur le continent américain. Je suis persuadé que, comme moi, avant même de noter la taille des voitures ou le gigantisme architectural, ils remarquent surtout l’allure pachydermique de certains membres de la population locale.

Car ici, la norme est à l’excès. Le cliché est facile mais tellement juste. L’Américain est excessivement généreux. Ou compétitif. Ou insupportable. Quoi qu’il en soit, il ne fait jamais rien à moitié.

Il faut très peu de temps pour s’habituer, aux États- Unis, au paysage saturé de l’obésité. Après quelques jours sur place, l’œil ne remarque même plus les corps déformés par l’excès de graisse. La société américaine semble d’ailleurs avoir totalement intégré cette notion-là. Et, comme s’il s’agissait de vendre un produit politiquement correct, elle a réussi à créer un univers positif autour du surpoids. Ainsi, par moments, la bedaine prend des accents de virilité. Les boutiques spécialisées en taille septuple XL ne sont pas des ghettos honteux mais affichent fièrement leurs couleurs : ici, on habille l’homme, le vrai ! Celui qui ne fait rien à moitié. Qui travaille dur et mange pour de vrai.

Mieux encore, le gras atteint parfois le sommet de la cool attitude. Le phénomène, lancé par des rappeurs obèses et des entrepreneurs malins, est à l’origine de la transformation d’un mot de la langue anglaise. Ainsi, victime d’une mutation économico-culturelle afin de mieux le commercialiser, fat devient phat. Si le vocable signifie toujours gros ou gras, il est désormais devenu un slogan branché et presque revendicatif pour vendre de coûteux vêtements particulièrement amples.

Et puisque nous parlons d’habillement, il faut bien évoquer un autre miracle américain. Celui qui vous permet de vous glisser, malgré vos rondeurs superflues, dans un pantalon taillant plus étroit que sur le vieux continent. Un phénomène réjouissant se reproduisant du tee-shirt à la chemise. Aux États-Unis, victimes d’une folle valse vers le bas, les étiquettes convertissent un extra-large parisien en un surprenant médium américain.

Je me souviens parfaitement du jour où je me suis rendu compte pour la première fois de l’ampleur mondiale de cette épidémie d’obésité. Revenu en France, je marchais dans les rues de Paris quand mon regard a croisé celui d’une femme qui devait avoir une quarantaine d’années. J’ai immédiatement eu le sentiment de la connaître. En fait, c’était son allure qui m’était familière. Elle ressemblait à une des Américaines que je rencontre chaque jour au supermarché ou sur le parking d’un McDonald’s. À celle qui gare son véhicule le plus près possible de l’entrée afin de s’économiser l’effort de la marche.

Pendant quelques secondes, je me suis même interrogé pour savoir s’il ne s’agissait pas d’une touriste. Et, allez savoir pourquoi, cette question m’a obsédé. Alors, je suis retourné sur mes pas, bien décidé à l’aborder sous le prétexte fallacieux de demander mon chemin. Craintive mais aimable, ma promeneuse obèse, à bout de souffle, me renseigna. Aucun doute possible, son accent parisien me prouva instantanément qu’elle n’était en rien un produit exporté des États-Unis, mais bien une Française.

Inconsciemment, le livre TOXIC de William REYMOND est né de ce choc.

Je vous conseille de l’acheter et de le lire, car il permet d’argumenter par des observations et des études scientifiques une des thèses également défendue par le réseau ROSA : l’épidémie d’obésité est en partie due à un problème qualitatif de la nourriture qu’il dissèque parfaitement bien et ne se résume pas comme on l’entend souvent à une alimentation excessive associée à un manque d’exercice physique.

Ce livre est tellement dense et intéressant que j’ai décidé d’en publier un extrait tous les jours pendant plusieurs semaines ….

 

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