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Extrait de Toxic :

« Aujourd’hui, le HFCS est une superstar. Chaque année, 530 millions de boisseaux de maïs sont industriellement transformés en 8 milliards de litres de jus de glucose- fructose.

En à peine deux décennies, le sirop d’ADM est devenu le produit le plus populaire de la chaîne alimentaire américaine. Comme l’avait prédit Dwayne Andreas, on le retrouve partout. Et principalement dans les sodas. La décision prise par Coca-Cola en 1980 de se convertir complètement à l’HFCS a été rapidement suivie par PepsiCo et le reste des fabricants de colas. Aujourd’hui, à l’exception de quelques curiosités locales (Dr Pepper), la totalité des boissons sucrées américaines ne contient plus de sucre de canne.

À Dublin, Texas, l’embouteilleur local de la boisson DrPepper a refusé de passer au HFCS sous prétexte que le sirop altérait le goût du soda. Il poursuit donc son activité, continuant à vendre du cola « au goût d’avant », l’expédiant dans le reste du pays. Les colas au sucre de canne ont un noyau de fidèles. Au Texas et en Californie, il existe même un marché noir de bouteilles de Coca-Cola pur sucre importées du Mexique.

Cette mutation a aussi entraîné une diversification de l’offre. Et ce parce que produire un soft drink n’a rien de révolutionnaire, la composition étant toujours la même : de l’eau, des extraits naturels – ou pas – chargés de donner du goût, un colorant et beaucoup de sirop sucré à bas prix. De fait, on estime qu’une canette de soda dégage presque 90 % de profits. Aussi, depuis la fin des années 1990, la gamme de produits s’est-elle considérablement élargie, répondant à toutes les cibles de consommateurs. The Coca-Cola Company propose plus de 400 boissons, de l’eau minérale jusqu’au mélange énergisant enrichi en caféine. Point commun : de faibles coûts de production. Résultat ? Aux États-Unis, Coke commercialise ses boissons dans plus de 2 millions de magasins, près d’un demi-million de restaurants et dispose de près d’1,5 million de distributeurs habilement installés là où le consommateur se trouve. Un chiffre qui atteint même les 3 millions si on englobe l’ensemble des fabricants de soda.

Cette diversification a permis à l’industrie des boissons non alcoolisées, hors jus de fruits, de multiplier les succès. Ainsi, depuis 1971, la consommation a plus que doublé aux États-Unis pour atteindre une moyenne de 575 canettes de 35,5 cl par Américain pour l’année 2005. Qu’il soit un homme, une femme, un enfant ou… un non- consommateur.

Un an plus tôt, les 66 milliards dépensés par les ménages pour acheter des Coke, Pepsi et autres DrPepper équivalaient à 850 dollars par an et par famille.

En fait, le succès est tel que les sodas sont désormais ici la première source de calories et même « l’aliment le plus consommé » du pays !

Lorsqu’un seul produit atteint un tel niveau de consommation, représentant en moyenne 7 % de l’apport calorique de l’Américain, il devient légitime d’évaluer son rôle dans la crise d’obésité. Même si avancer une telle hypothèse insupporte une profession habituée à gérer le problème comme s’il s’agissait d’une patate chaude. En fait, dès que l’on enquête ou que des études sont menées sur les effets de ces boissons, les représentants de l’industrie montent immédiatement au créneau et professent : « Blâmer un produit spécifique ou un ingrédient comme étant à l’origine de l’obésité défie le sens commun. Alors qu’en réalité, il existe de nombreux facteurs comme le manque d’activité physique ». La réponse est tellement chevillée à la langue de bois du marketing de crise qu’elle en devient ridicule, mais elle fait partie d’une stratégie de défense globale des suspects de responsabilité dans la pandémie. Nous en étudierons les mécanismes et les enjeux plus tard, en montrant comment ce mode de communication a franchi l’Atlantique pour corrompre le débat européen.

Ce genre de commentaire a en tout cas le don d’irriter le docteur David Ludwig. Directeur du programme anti¬obésité au Children’s Hospital de Boston, il gère les dégâts causés par la trop grande consommation de sodas. « C’est exactement comme si quelqu’un disait que nous devrions ignorer la contribution de l’hypertension dans les attaques cardiaques parce qu’il existe d’autres facteurs, assène-t-il. Si cela n’était pas aussi grave, cela en serait risible. Et pourtant, cet argument ressort à chaque fois que l’on parle de l’obésité. Il existe un solide et accablant dossier prouvant l’existence d’une relation de cause à effet. »

Le premier élément à charge est l’évolution parallèle des courbes de l’obésité et de l’absorption de ces boissons. Selon le bureau des recherches économiques de l’USDA, la consommation de colas a connu une première explosion entre 1967 et 1977. Soit avant l’introduction du HFCS, quand en dix ans, l’Américain se mit à boire 350 canettes par an contre 200 en 1967. Dans la même période, cette fois-ci d’après le National Center for Health Statistics, le taux d’Américains obèses ou en surcharge pondérale monte à 45 %.

En 1987, la consommation est passée à 475 canettes par an. Dix ans plus tard, on arrive à 585, soit en moyenne, 7 % de l’apport calorique des Américains.

Le taux d’obésité ? De 15 % en 1976, il a grimpé à 23 % én 1988 et 31 % en 1999. Lorsque l’on cumule ce pourcentage avec celui des Américains en surcharge pondérale, on constate le même mouvement : les 45 % de 1976 sont arrivés à 56 % puis à 65 %.

Ces chiffres illustrent deux faits. D’abord, ils confirment les progressions parallèles de la consommation de sodas et de la crise d’obésité. Ensuite, ils démontrent que l’introduction du HFCS a eu un effet considérable sur la consommation, accélérant du même coup les répercussions de la crise.

Cet élément donne plus de crédit à la thèse d’une deuxième phase de la pandémie d’obésité. La première, commencée après la Seconde Guerre mondiale, a vu une progression régulière du taux d’obésité, évolution modérée et linéaire s’expliquant par de multiples facteurs sociétaux et culturels.

Et puis, au tournant des années 1980, l’explosion soudaine du nombre d’Américains souffrant de problèmes de poids alerta les experts. Le plus troublant est de constater que, sur cette période de trente ans, le pourcentage d’Américains en « simple » surcharge pondérale est relativement stable. Il passe de 32 % en 1976 à 33 % en 1988 pour plafonner à 34 % dix ans plus tard. Cela signifie que l’absorption massive de sodas a des effets particulièrement dramatiques parce qu’elle fait surtout croître le nombre d’obèses ! Exactement comme chez les Indiens Pima où, à la même époque, Eric Ravussin avait constaté une fulgurante progression de l’obésité. Comme si, du jour au lendemain, leur environnement était devenu toxique.

L’actuelle épidémie aux États-Unis a une autre particularité, nous l’avons vu. Le taux croissant d’enfants et d’adolescents atteints par le mal. Cette nouvelle vague a dramatiquement changé la nature des dégâts. Au point que le diabète dit « de l’âge mûr » a été rebaptisé diabète de type 2 afin de s’adapter à cette réalité nouvelle. De là conférence de Sydney aux centres hospitaliers américains, tous les médecins et spécialistes répètent la même mise en garde : si rien n’est fait, les membres de cette génération vivront moins longtemps que leurs parents et souffriront de multiples maladies tout au long de leur existence.

Et lorsqu’on analyse la consommation de sodas dans cette perspective, n’en déplaise aux porte-parole de l’industrie, il s’avère impossible de ne pas y déceler les racines du mal. »

La suite ………. demain. William Reymond va poursuivre et étoffer son enquête pour débusquer les facteurs impliqués dans cette pandémie d’obésité.

 

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