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Un conte à maigrir debout, extrait de « contes à guérir…contes à grandir » de Jacques SALOME

« Un conte à maigrir debout

Dans ce pays-là, les femmes avaient toutes ou presque toutes le souci d’un corps mince, ou du moins croyaient-elles en avoir le souci. Très tôt dans leur vie, on leur avait laissé croire qu’il leur fallait un corps élancé, sans excédent de formes et de poids.

Dans ce pays-là, les hommes étaient plus sensibles aux corps des femmes qu’à leur regard, plus touchés par leur forme que par leur écoute et bien plus attirés par leur présentation que par leur amour.

Cela bien sûr n’existait sur cette planète que dans ce lointain pays-là.

Dans ce pays-là, donc, comme vous le sentez bien, régnait le terrorisme des kilos. Une guerre à mort sévissait avec violence chez la plupart des femmes, non pas entre elles, mais à l’intérieur de chacune d’elles.

Guerre sans merci, pour avoir du plus là et là et encore un peu ici. Guerre sans pitié pour avoir du moins, là surtout et encore un peu moins ici.

Parfois, il arrivait à certaines d’être dépassées par leur propre volume, de se sentir envahies, dépossé¬dées même, par des kilos en trop, mal répartis.

D’autres encore éprouvaient une véritable haine pour ces kilos trop voyants, du mépris et du rejet pour ces plis, cette graisse insolente. Il y avait en elles une violence terrible contre la lourdeur ou la mollesse de leurs fesses, de leur ventre, de leur poitrine.

Le territoire favori de toute cette haine, de toute cette violence, dans ce pays-là, était les salles de bains, les chambres à coucher, les lieux d’intimité, et bien sûr la table en était le champ de combat privilégié !

Un jour de printemps, dans ce pays-là, une femme décida d’écouter son corps.

— Je ne veux plus passer ma vie à maigrir debout. Je ne veux plus consommer le meilleur de mes énergies pour la peur de manger trop ou pas assez. Je ne veux plus passer des heures vitales à me sentir coupable d’avoir pas assez ou trop, à me sentir redevable de tout. Je ne veux plus passer l’essentiel de mes jours à me demander «pourquoi» je matraque mon corps par tous ces excès de nourriture, de mal-être, dans un sens ou dans l’autre…

Un autre jour, elle entendit un poète énoncer une phrase simple qui l’éveilla :

J’ai mis longtemps à découvrir que je pouvais soit nourrir ma vie, soit continuer à la consommer. Je préfère pour ma part la nourrir, ajoutait le poète, en arrêtant de la consommer.

Cette phrase la poursuivit plusieurs jours encore, avant qu’elle ne se l’attribue et en prolonge le sens.

— Mais oui, je passe tellement de temps et d’énergie à nourrir mon corps et je ne sais même pas comment nourrir ma vie !

Elle avait enfin compris qu’il n’était plus nécessaire de nourrir son corps pour survivre, pour faire le poids. Qu’il n’était plus souhaitable de faire outrage à son corps, qu’il n’était pas indispensable d’avoir à son égard honte, colère et tristesse.

Qu’elle pouvait croquer sa vie à pleines dents, sans que son corps se sente obligé de faire contrepoids.

Qu’elle pouvait consommer du bonheur, le bonheur d’être entière et vivante.

Le soir-même, elle invita sa propre Vie à sa table.

— Ma vie je t’invite, ce soir tu es mon invitée d’honneur.

Elle mit sa plus belle nappe, deux assiettes, deux couverts, deux verres, deux bougies et prépara un excellent repas.

Elle servit l’assiette de sa Vie en premier, délicatement, en choisissant les morceaux, en soignant la présentation, puis elle jeta à son habitude la nourriture dans son assiette à elle, l’assiette de son corps…

Elle prit sa fourchette, piqua, ouvrit la bouche… allait enfourner le tout… quand elle se ressaisit et mangea en entier, avec plaisir, l’assiette… de sa Vie.

A partir de cette expérience, tout se transforma dans son existence.

Elle sut qu’elle pouvait nourrir sa Vie de mille stimulations, de millions d’inventions, et cela avec créativité et tendresse. Avec une infinitude de petites attentions, de gestes et de regards respectueux pour le compagnon le plus fidèle de son existence, son propre corps.

Elle découvrit qu’elle savait nourrir ce corps de vie, plutôt que d’angoisses et de chagrins.

Elle inventa même une expression bien à elle :

— Se faire chaque jour plaisir et tendresse à sa Vie. Elle confia à ses amis :

— Je ne pouvais plus continuer à passer ma vie à grossir debout.

Aujourd’hui je vis ma vie sans la consommer, je vis mon existence en lui donnant… vie.

 

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Le conte de la petite fille qui cherchait en elle le chemin des mots, extrait de « contes à grandir.. contes à guérir » de Jacques SALOME :

« Le conte de la petite fille qui cherchait en elle le Chemin des Mots

Il était une fois une petite fille qui ne trouvait jamais les mots pour dire ce qu’elle ressentait.

Chaque fois qu’elle tentait de s’exprimer, de traduire ce qui se passait à l’intérieur d’elle, elle éprouvait comme une sorte de vide. Les mots semblaient courir plus vite que sa pensée. Ils avaient l’air de se bousculer dans sa bouche mais n’arrivaient pas à se mettre ensemble pour faire une phrase.

Dans ces moments-là, elle devenait agressive, violente, presque méchante.

Et des phrases toutes faites, coupantes, cinglantes sortaient de sa bouche. Elles lui servaient uniquement à couper la relation qui aurait pu commencer.

— De toute façon tu ne peux pas comprendre.

— Ça ne sert à rien de dire.

— C’est des bêtises de croire qu’il faut tout dire !

D’autres fois, elle préférait s’enfermer dans le silence, avec ce sentiment douloureux.

— Que de toute façon personne ne pouvait savoir ce qu’elle ressentait, qu’elle n’y arriverait jamais. Que les mots ne sont que des mots.

Mais tout au fond d’elle-même, elle était malheureuse, désespérée, vivant une véritable torture à chaque tentative de partage.

Un jour, elle entendit un poète qui disait à la radio :

— Il y a chez tout être humain un Chemin des Mots qu’il appartient à chacun de trouver.

Et, dès le lendemain, la petite fille décida de partir sur le Chemin des Mots qui était à l’intérieur d’elle.

La première fois où elle s’aventura sur le Chemin des Mots, elle ne vit rien. Seulement des cailloux, des ronces, des branchages, des orties et quelques fleurs piquantes.

Les mots du Chemin des Mots semblaient se cacher, paraissaient la fuir.

La seconde fois où elle chemina sur le chemin des mots, le premier mot qu’elle vit sur la pente d’un talus fut le mot « Oser». Quand elle s’approcha, ce mot osa lui parler. Il lui dit d’une voix exténuée :

Veux-tu me pousser un peu plus haut sur le talus ?

Elle lui répondit :

Je crois que je vais te prendre avec moi et que je vais t’emmener très loin dans ma vie.

Une autre fois, elle découvrit que les mots étaient comme des signes sur le bord de ce chemin et que chacun avait une forme différente et un sens particulier.

Le deuxième mot qu’elle rencontra fut le mot «Vie». Elle le ramassa, le mit contre son oreille. Tout d’abord, elle n’entendit rien. Mais en retenant sa respiration, elle perçut comme un petit chuchotement :

Je suis en toi, je suis en toi

et plus bas encore :

prends soin de moi.

Mais là, elle ne fut pas très sûre d’avoir bien entendu.

Un peu plus loin sur le Chemin des Mots, elle trouva un petit mot tout seul, recroquevillé sur lui-même, tout frileux comme s’il avait froid.

Il avait vraiment l’air malheureux, ce mot-là. Elle le ramassa, le réchauffa un peu, l’approcha de son cœur et entendit un grand silence. Elle le caressa et lui dit :

— Comment tu t’appelles, toi ?

Et le petit mot qu’elle avait ramassé lui dit d’une voix nouée :

— Moi, je suis le mot « Seul». Je suis vraiment tout seul. Je suis perdu, personne ne s’intéresse à moi, ni ne s’occupe de moi.

Elle serra le petit mot contre elle, l’embrassa doucement et poursuivit sa route.

Près d’un fossé, sur le Chemin des Mots, elle vit un mot à genoux, les bras tendus. Elle s’arrêta, le regarda et c’est le mot qui s’adressa à elle :

— Je m’appelle «Toi», lui dit-il. Je suis un mot très ancien mais difficile à rencontrer car il faut me différencier sans arrêt des autres.

La petite fille le prit en disant :

— J’ai envie de t’adopter, «toi», tu seras un bon compagnon pour moi.

Sur le Chemin des Mots elle rencontra d’autres mots qu’elle laissa à leur place. Elle chercha un mot tout joyeux, tout vivant. Un mot qui puisse scintiller dans la nuit de ses errances et de ses silences.

Elle le trouva au creux d’une petite clairière. Il était allongé de tout son long, paraissait détendu, les yeux grands ouverts. Il avait l’air d’un mot tout à fait heureux d’être là. Elle s’approcha de lui, lui sourit et dit :

— C’est vraiment toi que je cherchais, je suis ravie de t’avoir trouvé. Veux-tu venir avec moi ?

Il répondit :

— Bien sûr, moi aussi je t’attendais…

Ce mot qu’elle avait trouvé était le mot « Vivra ».

Quand elle rassembla tous les mots qu’elle avait recueillis sur le Chemin des Mots, elle découvrit avec stupéfaction qu’ils pouvaient faire la phrase suivante : « Ose ta vie, toi seule la vivras », elle répéta plus lentement : « Ose ta vie, toi seule la vivras. »

Depuis ce jour, la petite fille prit l’habitude d’aller se promener sur le Chemin des Mots. Elle fit ainsi des découvertes étonnantes, et ceux qui la connaissaient furent très surpris d’entendre tout ce que cette petite fille avait à l’intérieur d’elle. Ils furent étonnés de toute la richesse qu’il y avait dans une petite fille très silencieuse.

Ainsi se termine le conte de la petite fille qui ne trouvait jamais les mots pour se dire. »

 

 

 

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Le conte du marchand d’habits, extrait de « contes à guérir..contes à grandir » de Jacques SALOME

« Le conte du marchand d’habits

A une époque très lointaine, dans un pays dont je ne dirai pas le nom, vivait un marchand d’habits.

Son magasin était tout à côté de la boutique d’un marchand qui vendait, lui, des « années » en plus ou en moins. Mais, c’est du marchand d’habits dont je veux parler. Celui-ci vendait des habits correspondant aux sentiments que l’on désirait avoir, aux émotions que l’on souhaitait éprouver.

Vous souhaitiez un habit tristesse, il vous vendait un habit tristesse grise ou noire sur mesure, à la profondeur ou à l’intensité de votre choix, du chagrin au désespoir, en passant par toute la variété de la détresse.

Vous souhaitiez un habit de joie, il vous le taillait à vos dimensions.

Il vous confectionnait sur demande un habit de bien-être, de plaisir, de jubilation, de rires ou seulement de sourires.

Vous souhaitiez un habit d’amour, il vous proposait un habit d’amour léger, d’amour transi, d’amour passion ou encore d’amour rage. Il possédait l’art incomparable de créer des habits au plus près de votre attente la plus intime.

Un jour, un homme entra dans sa boutique et demanda un entretien privé :

— J’ai besoin, dit-il quand il fut seul avec le marchand, d’un habit pour un sentiment très particulier.

C’est un sentiment important pour moi : je ne veux pas être aimé.

Le marchand, étonné, demanda quelques jours de réflexion avant de donner sa réponse.

Un mois plus tard, le marchand fit passer un billet à l’homme pour l’inviter à découvrir l’habit qu’il avait conçu pour lui.

— Cet habit, lui dit-il, vous satisfera pleinement. Dès que vous le porterez il empêchera celui qui tente de vous aimer de vous aimer réellement. Vous verrez, il aura beaucoup de mal à vous aimer.

Et peut-être se découragera-t-il définitivement.

— Mais comment s’appelle cet habit ?

— Je lui ai donné le nom de JALOUSIE.

Soyez sans crainte, j’ai tout prévu. Dès que vous le portez, vous avez tout de suite envie d’accuser l’autre de ne pas vous aimer assez. Vous lui reprocherez de s’intéresser à vous uniquement pour votre corps, pour votre argent, pour quelque chose que vous avez ou que vous n’avez pas.

Vous aurez envie de l’agresser et vous le ferez.

Dès que votre amoureux ou amoureuse montrera le plus petit intérêt pour une autre personne, reproches, accusations, critiques, dont les meilleurs sont les plus injustifiés, vous viendront spontanément à l’esprit.

Vous serez surpris de votre créativité, de votre inventivité pour transformer toutes les situations de rencontres en enfer… pour vous-même et pour l’autre.

Mais attention, il n’y a qu’une seule condition pour que je vous vende cet habit : il est tellement efficace pour empêcher quelqu’un de vous aimer que je vous demande de ne chercher à le reproduire sous aucun prétexte.

La suite de cette histoire est épouvantablement dramatique.

L’homme fut si satisfait de cet habit qui, dès qu’il le portait, arrivait à détériorer toute relation amoureuse, mettait toute tentative d’amour sincère en échec… Il fut tellement satisfait, étais-je en train de vous dire, qu’il en parla autour de lui et transgressa son engagement. Il accepta même qu’on puisse en recopier certaines parties et l’«habit jalousie» se répandit rapidement sur l’ensemble de la planète.

Il revêtit entièrement ou partiellement des milliers d’hommes et de femmes dont certains l’adoptèrent en entier afin de développer une jalousie morbide, mortifère, non seulement pour eux-mêmes mais pour l’autre également.

C’est ainsi qu’on put lire dans certains journaux ou entendre aux informations :

«Drame de la jalousie… il l’aimait tellement qu’il préféra la tuer », ou encore :

«Excédée par ses crises de jalousie, elle l’empoisonna… »

«Ils passèrent vingt ans de leur vie à se reprocher mutuellement d’être trop aimés et mal aimés… par l’autre. »

Ceux qui lisent ou écoutent ce genre de nouvelles aux informations pensent que c’est le jaloux qui aime trop.

Nous, qui connaissons les ravages que peuvent faire les «habits de la jalousie», savons bien qu’il n’en est rien. Celui qui les porte a très peur d’être aimé, et il s’arrange, même s’il n’en est pas conscient, pour décourager, pour tenir à distance, pour éloigner l’amour possible d’un autre.

Il m’est arrivé un jour d’être très tenté par la couleur et par la forme d’un habit de jalousie… L’effet fut immédiat, il éloigna avec une efficacité redoutable celle qui prétendait m’aimer.

J’abandonnai rapidement l’habit trop tentateur mais le mal était fait. Je ne la revis plus.

Si un jour vous êtes tenté d’emprunter ou simplement d’essayer de mettre un habit jalousie, soyez infiniment prudent, à moins que justement l’amour ne vous fasse tellement peur qu’il vous soit nécessaire et indispensable de mettre cet habit.

Nous croyons savoir aujourd’hui qu’un nombre considérable d«habits jalousie» circulent de par le monde.

Certains sont portés temporairement, d’autres sont endossés avec beaucoup de constance, pendant des années, car ils sont quasiment inusables.

Quelques-uns arrivent même à s’imprégner, à s’incruster dans la peau, et ils parviennent ainsi à étouffer petit à petit celui qui les porte.

Je ne souhaite à personne un tel sort… même pas à mon pire ennemi, si j’en ai jamais eu un.

 

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Extrait du recueil « contes à guérir…contes à grandir » de Jacques SALOME :

« Il était une fois une petite fille qui, depuis longtemps, longtemps, portait dans son cœur le rêve d’un grand et bel amour. Elle rêvait à un garçon, puis plus tard à un homme, un inconnu à venir à qui elle donnerait sa vie, son corps, tout son être. Les années passèrent et le bel amour n’arrivait pas. Elle le cherchait partout en vain, dans le moindre sourire, dans chaque regard, dans chaque rencontre.

Pendant des années, elle fut sûre que l’amour viendrait vers elle, la reconnaîtrait entre toutes et lui dirait :

— Oui, c’est toi que je cherchais, je suis venu pour toi, pour toi seule…

Et la petite fille devenue grande, pour ressembler à ses amies, aux autres femmes, renia son beau rêve et s’en alla dans les bras d’un passant qui passait.

Elle ne savait pas encore qu’elle s’était trahie, car elle ne connut dans cette rencontre-là ni l’amour, ni le plaisir, ni même la possibilité de rêver sa vie.

Puis un jour la relation cassa, elle prit la fuite pour sauver un peu de sa vie.

Longtemps, longtemps, son corps garda la trace de cette histoire au début banale, puis médiocre et enfin sordide.

Elle restait, depuis, fermée au plaisir, effrayée par le possible d’un partage.

Un jour, bien longtemps plus tard, elle découvrit, tout au fond d’elle, cet amour qu’elle avait tant recherché à l’extérieur.

Oui, elle rencontra cet amour en elle, comme une force extraordinaire qui la poussa vers un homme qu’elle n’avait ni attendu ni espéré. Il fut là sans même qu’elle le sût, il fut là tout entier, tout présent.

Il fut là et elle s’éveilla ou, plutôt, ce fut l’amour qu’elle portait en elle qui s’éveilla.

Telle une source, il irrigua chacun de ses gestes, ensoleilla ses paroles, fit germer des possibles qu’elle ne soupçonnait même pas.

Ce fut comme un tremblement de terre interne qui secoua toute son existence.

Elle qui avait tant attendu, espéré un amour unique venant vers elle du dehors, découvrait étonnée, ébahie, qu’il avait sommeillé jusqu’à ce jour en elle. Qu’elle le portait au secret de son corps, inouï, extraordinaire de vivacité, surprenant d’imprévisibles.

L’homme à qui elle donna cet amour inespéré fut si surpris, dans un premier temps, qu’il douta de ce sentiment si fou, si soudain. Il en eut même un peu peur au début.

— Je ne le mérite pas, pensait-il, elle doit se tromper et me prendre pour un autre.

Mais c’était bien lui qu’elle avait choisi, seulement lui.

La suite de l’histoire, je ne peux la dire car il arrive parfois que des amours humaines soient si agrandies, si amplifiées par ceux qui les reçoivent qu’elles deviennent des légendes.

Et je ne veux entraîner personne dans un rêve qui ne saurait trouver sa place dans la réalité. A moins que, écoutant tout au fond de vous… »

 

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Extrait de « contes à guérir …contes à grandir » de Jacques SALOME :

« J’ai eu envie de commencer ce recueil de contes par…

«Il était une fois un psychosociologue qui se souvenait de l’enfant qu’il avait été, des histoires qu’il se racontait le soir avant de s’endormir pour calmer les blessures reçues dans la journée, pour apprivoiser les peurs de la nuit, pour restaurer l’image négative que le monde avait de lui… à cette époque-là ! »…

* J’ai d’abord découvert combien il était nécessaire, dans toute relation, d’oser se dire, de nommer ses sentiments, son vécu, ses émotions ou ses désirs, d’aller au- delà du silence des mots pour dépasser la violence des maux.

* Ma deuxième découverte a été de comprendre que toutes les maladies (mal-à-dit) sont des langages symboliques, avec lesquels une personne en difficulté de santé tente de dire ou de ne pas dire l’insupportable, l’indicible.

* Ma troisième découverte a été d’accepter qu’au- delà de nos cinq sens les plus habituellement utilisés, nous possédions chacun d’entre nous cinq sens encore plus merveilleux, plus rarement utilisés: l’émotion, l’imagination, l’intuition symbolique, l’inspiration créatrice et la conscience universelle qui nous relie au divin.

* Ces découvertes m’ont conduit à développer, depuis quelques années, le concept de soins relationnels.

J’appelle soins relationnels l’ensemble des gestes, des paroles, des attitudes, des propositions réalistes ou symboliques que je peux proposer à une personne en difficulté de santé,

* pour qu’elle entende mieux le sens de ses somatisations, de ses passages à l’acte, des violences physiques reçues ou engrangées par son corps ;

* pour lui permettre de redevenir un sujet actif ;

* pour qu’elle puisse retrouver et développer des énergies et des ressources lui donnant accès à davantage d’autonomie physique, à plus de possibles dans ses rencontres avec la vie.

Parmi les soins relationnels, j’ai introduit des contes, des métaphores, des histoires poétiques et ludiques :

ils suscitent chez celui qui les entend un éveil, une prise de conscience, ils stimulent les reliances de son histoire personnelle et familiale.

J’appelle reliance la capacité de relier entre eux des événements, des situations de notre histoire, éparpillés dans le temps, disjoints et apparemment sans rapport commun et cependant porteurs de sens, significatifs d’un message, d’une fidélité ou d’une mission.

Les reliances vont permettre de rapprocher les morceaux du puzzle de notre vie et par ce rapprochement, cette réconciliation possible, donner un sens à notre existence.

Les contes ont ce pouvoir de toucher en nous simultanément plusieurs registres, de réactiver notre inconscient, de stimuler la mémoire de nos oublis, de susciter un autre regard, une autre écoute, d’être porteurs d’énergie créatrice. »

Dr BUENOS : j’ai été très touché par le recueil : « contes à guérir …contes à grandir » de Jacques Salomé. Je vous recommande de le lire.

 

 

 

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L’obésité est une maladie complexe, à la composante psychologique forte.

Fait bien connu des spécialistes, mais moins du grand public, une personne obèse sur trois a été victime d’abus sexuels durant son enfance.

L’excès de poids est un mécanisme de défense pour éviter les regards sur son corps et pour mettre à distance la sexualité. La prise de poids est une stratégie de survie. Très sollicitées émotionnellement, les personnes traumatisées recherchent en plus dans la nourriture un apaisement à court terme. De tels traumatismes sont rarement verbalisés d’entrée en consultation, mais les psychiatres sont conscients de cette possibilité.

D’autres événements traumatiques peuvent être à l’origine de l’obésité, c’est le cas de tous les « accidents de la vie » (un départ soudain des parents dans un autre pays, une mort violente dans la famille ou encore la maladie d’un parent).

Dans l’idée de protéger leur progéniture, les parents maintiennent parfois un silence sur ces réalités difficiles. Dans les faits, cette attitude a plutôt tendance à renforcer le sentiment d’insécurité de l’enfant.

Autant de blessures affectives involontaires qui peuvent conduire à des troubles alimentaires compulsifs, lorsqu’elles s’associent à d’autres facteurs.

Dr BUENOS : C’est le rôle du psychiatre, lorsque le patient se sent prêt, de soulever en détail ces accidents de la vie et ces abus sexuels de l’enfance.

Les abus sexuels enfouis pouvant avoir de graves répercussions dans la vie sentimentale et affective des patientes.

 

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Extrait du livre de Denis DOUCET, « le principe du petit pingouin » :

Si vous avez bien suivi mon raisonnement depuis le début, la définition du principe du petit pingouin n’a pas besoin d’être bien compliquée :

Tout organisme vivant soumis à des caractéristiques environnementales inverses à sa nature va progressivement dépérir, ses besoins ne trouvant plus une réponse suffisante pour assurer son plein développement.

Comme l’être humain dispose de capacités d’adaptation plus grandes, cela requiert en plus de la manipulation indétectable de la part de son environnement pour achever d’accomplir ce dépérissement.

En définitive, cela aboutira au fameux syndrome de la suradaptation que l’on pourrait simplement définir en corollaire comme un conglomérat de :

Symptômes apparaissant graduellement à la suite d’efforts adaptatifs soutenus et multiples, à un ou à des environnements adverses, lesquels efforts vont bien au-delà de ce pour quoi la nature d’un organisme vivant donné a été conçue.

On doit donc retenir l’idée :

• de symptômes ou de malaises progressifs ;

• d’efforts excessifs présents ;

• d’environnement adverse ;

• de dépassement de la nature de l’organisme impliqué.

Cela se distingue du fameux trouble d’adaptation qui, lui, prend le sens plus restreint et maintenant plus précis d’un manque d’habiletés ou de compétences adaptatives. Quelqu’un qui souffre d’un trouble d’adaptation, selon moi, a besoin de coaching pour rehausser sa brochette de stratégies adaptatives. Il y arrive mal parce qu’il s’y prend mal, peu importe la raison. L’aider à devenir « adaptativement » plus efficace est tout indiqué.

Au contraire, aider quelqu’un qui souffre du syndrome de la suradaptation à s’adapter davantage, c’est le diriger tout droit vers l’abattoir. Au mieux, on va lui octroyer un sursis, mais de courte durée seulement.

Voyez-vous toute l’importance de distinguer les deux ? C’est primordial si on ne veut pas aggraver le cas de ce pauvre homme ou de cette femme déjà assez mal en point. Cette personne dite suradaptée a plutôt besoin qu’on l’invite à remettre en question ses environnements afin de déterminer ce à quoi elle compte toujours s’adapter ou pas : éliminer de sa vie les nuisances et ajouter ce qui lui manque pour se porter mieux.

En effet, il serait stupide et inhumain d’essayer de convaincre quelqu’un qu’il devra faire plus d’efforts encore pour s’adapter au clou qui lui transperce le pied. Arracher le clou me semblerait plus indiqué ! Anesthésier la douleur, comme le font bon nombre de médicaments, peut l’aider à refaire ses forces si la situation le commande, à la condition qu’ils ne servent pas à masquer l’enjeu. Ce qui risque de rater la vraie cible… et de jouer le jeu de Big Mouth.

Ce nouveau «diagnostic différentiel», pour employer un mot savant en psychiatrie, n’existe pas. Toutefois, il faudra bien qu’un jour quelqu’un ait le courage de le diffuser et de le faire accepter par la communauté des soignants.

En effet, tant qu’on abordera les suradaptés comme ceux qui ne savent pas s’y prendre ou qui sont des sous-adaptés, on risque injustement de les disqualifier encore plus qu’ils ne le sont déjà.

Quelqu’un a dit que c’est déjà être malade que de se croire malade. Alors, de grâce, si vous souffrez du syndrome de la suradaptation, ne vous considérez plus comme malade, mais considérez plutôt certaines portions de votre environnement comme malades ; vous serez ainsi plus près de la vérité. En plus, vous allez replacer les choses dans leur juste perspective, pour savoir par où commencer le grand ménage de votre entourage.

Qui, croyez-vous, sont les individus les plus à risque de burnout? Eh bien, ce sont ceux qui se démènent le plus pour s’adapter à tout ! S’adapter aux changements rapides, aux nouveaux collègues, aux surcharges, à l’imprévisible, aux nouvelles technologies, à la malbouffe, aux nouvelles valeurs, aux nouvelles modes, aux nouveaux discours, aux nouveaux mandats, et ainsi de suite.

Un indice, selon moi, que l’on fait fausse route en plaçant tout le monde dans le fourre-tout du trouble d’adaptation, c’est que les dizaines de formations et de programmes sur la gestion du stress qui pullulent ces dernières années – qui proposent tous des trucs pour vous aider à vous adapter encore plus, comme une meilleure gestion du temps pour arriver à abattre encore plus de boulot – n’ont pas donné de résultats significatifs sur le terrain. Les dépressions sont en pleine croissance, les symptômes de stress sont évidents et touchent tout le monde, et le taux de congé de maladie en milieu de travail n’a pas régressé, au contraire.

Une frénésie qui n’en finit plus, avec le résultat que Little Boy s’effondre sous le poids des trop nombreuses demandes et pressions auxquelles la nature n’avait pas prévu qu’il aurait à s’adapter un jour parce qu’elle s’était imaginé naïvement que les petits pingouins ne quittent jamais leur banquise natale.

La suite (après cette synthèse) ………..demain.

 

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Extrait du livre de Denis DOUCET, « le principe du petit pingouin » :

George Orwell, dans son fameux livre 1984, avait créé Big Brother, un méga et puissant ordinateur central qui dirigeait secrètement le monde entier. Cette mise en garde que contenait son récit est, à notre époque, plutôt perçue comme un simple exercice littéraire intéressant. Peu de gens semblent en avoir saisi les méandres presque imper-ceptibles qui expliquent comment se construit un pouvoir souterrain à côté des pouvoirs officiels.

Big Mouth, lui, est à la fois incarné par nous tous, nos institutions et les discours dominants. Il n’est pas identifiable dans l’espace comme Big Brother. Il ne s’agit pas d’une conspiration secrète, ni d’un gouvernement planétaire, ni de petits bonshommes verts qui auraient pris possession de nos esprits. Ne soyons pas paranoïaques, quand même !

De façon plus terre à terre et plus réaliste, ramenons Big Mouth à ce qu’il est. Il n’est pas une intention, ni un vil projet de dominer le monde, ni une personne, ni une organisation. Il n’y a pas de micros cachés ni d’armée à la solde de Big Mouth. Il n’y a pas plus de multinationale assoiffée de pouvoir qui en tire les ficelles.

Il est à la fois une intention derrière chaque manœuvre qui cherche à nous convaincre de penser comme lui et un simple résultat, dans une dialectique étonnante où on retrouve simultanément le pôle agissant sur nos pensées les plus profondes et le pôle aboutissant à d’innombrables interactions qui ont fini par s’imprégner en chacun de nous. Personne ne l’a créé délibérément ni ne l’a planifié. Il s’agit du dénouement de la longue évolution de notre fonctionnement social.

Il est une composante psychosociale : psychologique, parce qu’elle est constituée de particules psychiques; et sociale, parce qu’elle est faite de particules d’interactivité. Rien de plus. Toutefois très actif, il exige tellement de vous adapter à plein de choses et de personnes que vous en perdez vos repères, que vous êtes prêt à sacrifier votre santé et vos besoins les plus vitaux pour vous y conformer. Parfois, vous avez l’impression que ces pressions sont essentiellement externes, parfois vous avez l’impression que vous êtes habité de l’intérieur par des pensées et des réflexes qui vous dominent.

Big Mouth est une menace à votre libre arbitre, à votre sens critique, à votre intégrité psychique et physique, dans des proportions variables selon les époques et les endroits. C’est en cela qu’il peut être considéré comme le frère de Big Brother.

En fait, Big Mouth est beaucoup plus résistant que Big Brother parce qu’il est subtil, immatériel et diffus, comme le vent. Ne perdez pas votre temps à vouloir l’abattre, cela ne

se peut pas. D’ailleurs, cela me semble de bonne guerre qu’il existe.

De surcroît, il représente l’adversité à votre quête de sens et de bonheur, car c’est lui qui vous permet de vous dépasser (de repousser vos limites). Cependant, je vous déconseille ardemment de le suivre lorsqu’il vous propose de vous surpasser (d’outrepasser dangereusement vos limites), car vous allez tomber dans son piège : la suradaptation.

Cherchez plutôt à vous remettre en marche vers votre nature profonde, vers votre être… et ne vous en éloignez jamais trop. C’est une zone sûre.

Ne l’oubliez pas, par sa nature foncièrement déloyale, Big Mouth ne combat jamais à armes égales.

La suite …………..demain.

 

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Extrait du livre de Denis DOUCET, « le principe du petit pingouin » :

Commençons par un passage très pertinent tiré du livre L’autodéveloppement de Michelle Larivey et Jean Gameau, psychologues :

« Aussi est-il juste de dire que chaque société reflète implicitement une conception plus ou moins précise de la croissance personnelle. Il s’agit d’un idéal de vie, d’une conception de la personne idéale proposée par cette société et des moyens qui permettent de parvenir à cet état de chose. [..] Généralement, cette conception collective de la croissance n ’est pas centrée sur le développement optimal des ressources individuelles, mais sur leur développement partiel, dans la forme qui permet de s’adapter à cette société telle qu’elle existe. Il s’agit donc plutôt d’un fonctionnement proposé comme idéal et visant à assurer à l’individu une satisfaction suffisante, sans qu’il nuise à la collectivité dans son état actuel.

La société n’a donc pas pour but, contrairement à ce qu’on vous laisse croire, de vous rendre heureux, mais simplement de vous satisfaire juste assez pour que vous ne vous rebelliez pas. Son but est sa propre perpétuation, non votre satisfaction.

À l’instar des peuplades et des tribus anciennes, les plus forts l’emportent, pas vous. La manipulation est le coup de grâce moderne. C’est devenu l’équivalent de ce qu’étaient l’épée ou la hache au Moyen Âge. On a progressé, quand même ! Nous sommes plus civilisés qu’avant.

«Il y a, au plus haut degré, ce qu’on appelle l’autorité. On l’écoute avant même qu’elle ait parlé», disait Anatole France. Voilà justement le problème : ces discours à la Big Mouth qui prétendent faire autorité ne souffrent pas la critique, encore moins la désobéissance.

Dans nos sociétés modernes, l’autorité ne s’impose plus par la force, mais par la subtilité. Autorité hiérarchique, autorité professionnelle, autorité de statut social, autorité gouvernementale, autorité religieuse diffuse, autorité policière, autorité morale, autorité scientifique, autorité journalistique, autorité de toute provenance se déguisant en « gentil » pour mieux passer inaperçue, pour mieux commander sans en avoir l’air. Il suffit d’affirmer une chose avec un semblant d’autorité pour être cru sur parole. C’est désolant, ne trouvez-vous pas ?

À l’inverse, «l’autorité d’un seul homme compétent, qui donne de bonnes raisons et des preuves certaines, vaut mieux que le consentement unanime de ceux qui n’y comprennent rien », a énoncé un jour Galilée. Je préfère largement cela ! Je n’ai pas de problème avec cette affirmation qui autorise que vous exerciez votre propre sens critique, votre jugement.

Soyons honnêtes, on le fait même entre nous. On recourt à des statistiques en les traficotant à notre avantage, en invoquant tel ou tel personnage célèbre pour en tirer une citation qui nous sert bien, on met en doute l’adversaire, on entretient dans notre esprit une réserve de phrases toutes faites dans lesquelles on puise selon les circonstances, etc.

Voici un exemple qui illustre bien les jeux perceptuels et les pièges de chaque époque. Savez-vous pourquoi l’Église catholique a perdu la bataille des idées dans les pays industrialisés modernes? Eh bien, c’est en grande partie parce qu’elle n’arrivait plus à rivaliser avec d’autres éléments nouveaux qui ont impressionné encore plus l’esprit des gens.

Autrefois, l’église était le bâtiment le plus élevé et le plus grand du village. La décoration intérieure était d’apparence plus riche que celle des maisons de la plupart des pratiquants et les statues religieuses décorant les murs, plus grandes que partout ailleurs. Les sermons paraissaient impressionnants parce que les villageois n’étaient pas instruits mais le prêtre, oui. Il maîtrisait mieux le verbe et la parole, donc son charisme ralliait tout le monde autour de lui. Son pouvoir d’influence s’en trouvait décuplé. On n’osait rien faire sans son consentement. Il incarnait l’autorité religieuse.

Avec la montée de la démocratisation de l’éducation, les gratte-ciel et les villes, les découvertes scientifiques et la pensée rationnelle, les églises, les sermons, les démons et les saints ont perdu des plumes. Ces croyances sont devenues obsolètes, sauf pour certaines personnes âgées encore attachées à la tradition comme repère et guide de vie. Il s’agit d’un phénomène en voie de disparition dans les pays riches, selon mon intuition, d’ici quelques décennies au plus tard.

Autre facteur : le niveau de vie des gens, de la classe moyenne surtout, qui a rendu désormais non nécessaire de se faire promettre une meilleure vie dans l’au-delà, puisque celle-ci s’est vue améliorée, matériellement du moins.

Qu’à cela ne tienne, Big Mouth ne se laisse jamais abattre. Il a tout simplement changé de garde-robe. De nos jours, il s’habille en veston-cravate et se pavane avec de gros billets de banque, en homme d’affaires ou en scientifique. Ce sont nos nouvelles « religions », car ces types-là nous impressionnent tous. On perd notre sens critique devant eux, on boit leurs paroles comme si on avait affaire à des dieux, avec les plus (fin de l’obscurantisme dogmatique d’une seule Église) et les moins (hypertrophie des technologies et de l’argent comme symboles de l’avancement social) que cela implique.

Précisons. Je ne suis pas contre la science, mais je déplore son comportement du type «hors de la science, point de salut ! ». Cela ressemble étrangement à nos villages d’antan. Et je suis déçu chaque fois qu’elle se prostitue en pseudo-vérité comme argument massue pour défendre une thèse ou une autre – ce n’est pas la faute des vrais scientifiques sérieux, mais de gens malintentionnés qui se servent du mot « scientifique » à toutes les sauces, quand bon leur semble.

Autre déception : le travestissement de la science en production de technologie de masse centrée sur le profit, alors que la recherche fondamentale – dont l’objectif n’est pas de créer un nouveau produit à vendre, mais l’avancement du savoir – se marginalise de plus en plus, étouffant sous des budgets maigrelets et dérisoires.

Hubert Reeves disait à peu près ceci : une partie de l’évolution de l’Univers est régie par des lois, et l’autre semble non causale (pas de lien de cause à effet apparent). J’ai l’impression que Big Mouth est de cette nature : on peut en partie saisir les raisons et les sources de son existence, mais en même temps, il nous glisse des doigts. Il a toujours été là, mais il est devenu plus tentaculaire que jamais au dernier siècle. D’ailleurs, le XXIe siècle ne semble pas s’annoncer meilleur. D’où la nécessité de le dénoncer, afin que de plus en plus de gens s’en prémunissent et sachent s’en défaire le plus possible.

Big Mouth partage une caractéristique commune avec Dieu : l’omniprésence. En tous lieux, en tout temps, il est là et se répand. Par contre, sous un autre angle, je le qualifierais de demi-dieu en ce qui a trait à son omnipotence, car elle n’est heureusement ni absolue ni complète, mais faillible.

Voici ce que j’appellerais une ébauche de définition de Big Mouth, un nouveau concept appelé à évoluer :

Ensemble d’événements interactionnels et communicationnels exerçant une pression d’adaptation sur l’individu, sans considération à l’égard de ses besoins. Ces événements peuvent être générés par d’autres individus, organisations, institutions ou idéologie d’une société donnée, à une époque donnée.

Il importe de retenir trois choses importantes de cette définition :

• Big Mouth peut être n’importe qui ou n’importe quoi ;

• Big Mouth exerce une pression sur vous ;

• Big Mouth n’attache aucune importance à vos besoins.

D’où le risque évident de vous entraîner dans une spirale d’efforts d’adaptation croissants qui vont aboutir au syndrome de la suradaptation. D’ailleurs, Big Mouth peut même être votre voisin, votre sœur, votre coiffeur.

Pourvu qu’on vous serve une demande, un ordre plus ou moins voilé, une opinion inverse à vos besoins, une phrase d’apparence anodine mais lourde de conséquences dans votre gestion de vie, une culpabilisation ; qu’on vous refile un désir ou un but qui n’est pas vôtre ; qu’on vous fasse vous sentir déviant de ne pas faire comme tout le monde ; qu’on vous menace à demi-mot de sanctions ; qu’on vous fasse croire à des risques quelconques si vous vous écartez de la norme ; qu’on vous laisse croire que vous devriez faire ceci ou cela ; qu’on vous dise comment penser ; qu’on vous amène là où lui veut vous amener, il y a probablement Big Mouth là-dessous. Du moins selon le sens de la définition précédente.

La suite ………demain.

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Extrait du livre de Denis DOUCET, « le principe du petit pingouin » :

Télé toujours plus grosse, voiture plus luxueuse, séduire une plus belle femme ou un plus bel homme, vouloir plus d’argent, une plus grande maison, se trouver plus haut dans la hiérarchie, plus connu, plus fort, plus puissant, plus violent, plus drôle, plus d’effets spéciaux, plus de performance, plus vite, plus rapide, plus haute technologie, plus adorable, plus polyvalent, plus esthétique, plus coloré, plus raffiné, plus bronzé, plus facile d’utilisation, plus captivant, plus volumineux, plus durable, plus de fonctions, plus de qualités, plus de légèreté, plus fiable, plus novateur, plus haut, plus loin, plus payant, plus incroyable, plus convaincant, plus effrayant, plus distrayant, plus confortable, plus moelleux, plus génial, plus excitant, plus cher, plus jeune, etc.

La course du toujours plus se traduit par une liste infinie de superlatifs qui définissent ce à quoi on devrait aspirer dans la vie aujourd’hui. Ne jamais se contenter de rien, vouloir toujours plus et mieux. Voilà une autre «vérité indiscutable » maintenant bien implantée dans nos crânes. Vous ne devinez pas par qui?

Le dernier modèle d’un appareil nous fait saliver, la dernière voiture sport nous fait rêver, le dernier film est à voir absolument, le dernier disque d’un artiste connu attirera des millions d’acheteurs, le dernier livre d’un auteur établi raflera la vedette, la dernière catastrophe naturelle fera vendre des journaux… On n’en a jamais assez.

Comme si nos minables petites vies manquaient de saveur, la course au toujours plus nous donne l’impression que cela fera une différence, que cela changera les choses de se procurer le plus cher, le plus enviable, le plus en vogue.

N’est-ce pas là le signe d’une société qui passe son temps à faire miroiter un semblant de progrès vers les dernières trouvailles jetables qui se font remplacer jour après jour par d’autres, plus au goût du jour, plus époustouflantes ?

Le plus désolant, c’est qu’on se met à nous évaluer entre nous avec ces mêmes critères : plus belles fesses, plus belle gueule, plus gros salaire, plus mince, plus gueulard, plus hystérique, plus brillant, etc. On se juge alors soi-même très sévèrement avec sa contrepartie, les « pas assez » : «Je ne suis pas assez discipliné ! », «Je ne surveille pas assez ce que je mange ! », «Je ne gère pas assez bien mon temps ! », «Je ne visite pas assez mes parents ! », «Je ne fais pas assez de sport!», «Je ne travaille pas encore assez fort!», «Je n’atteins pas assez les objectifs demandés», «Je ne gère pas assez bien mon budget», «Je ne m’améliore pas encore assez ! », etc.

Disparues les nuances. Disparue la compassion humaine. Vive les préjugés faciles, vite dits, vite lancés à la figure ! C’est qu’on n’a pas le temps de prendre le temps car on doit mener des vies plus stressantes, plus intenses, plus occupées, plus parfaites.

Incapables de nous accorder des vies centrées sur nos véritables besoins, nous passons d’une image publicitaire à l’autre, convaincus que nous allons un jour trouver le bonheur dans la loi du toujours plus. À qui cela profite-t-il, selon vous ? Est-ce qu’un tel mode de vie est susceptible de vous apporter la paix de l’esprit, le sentiment d’avoir accompli quelque chose de valable parce que significatif, ou ne devenez-vous pas plutôt captif d’ombres chinoises que vous passez votre vie à tenter d’attraper sans jamais y parvenir ?

Se terminent ici les quelques exemples des manœuvres de Big Mouth lui permettant de vous éloigner et d’oublier votre banquise, votre zone de joie de vivre. Cette liste n’est pas exhaustive, mais plus modestement illustrative, afin de vous donner un avant-goût de ce à quoi vous devez désormais prêter attention, pour éviter de vous faire détourner de ce qui compte le plus pour vous, de vos besoins vitaux, que vous seul, je vous le rappelle, êtes en mesure et en droit de déterminer.

La suite (de cet article étonnant où chacun de nous se retrouve au moins en partie) ………demain.

 

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