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Extrait de Toxic:

« Je travaillais sur l’assassinat de John F. Kennedy lorsque j’ai aperçu pour la première fois le nom de Dwayne Andreas. Passant en revue les listings des enregistrements audio de la Maison-Blanche sous Richard Nixon, son patronyme m’était apparu à plusieurs reprises, accompagné de la mention des « cadeaux financiers » liés à la campagne de réélection du président républicain. Pourquoi évoquer ce personnage ? Parce que c’était un don d’Andreas qui avait permis à Bernard Barker de constituer et de rémunérer l’équipe de « plombiers » en charge de la mission dite du Watergate. Autrement dit, les hommes de l’ombre chargés de placer des micros au quartier général de la campagne du parti démocrate. Butz n’avait donc pas uniquement calmé la colère des agriculteurs et multiplié les grains, il avait apporté avec lui au pouvoir la force de frappe financière des céréaliers américains. Les dollars du maïs avaient assuré la victoire de Nixon .

Andreas s’était fait seul. Né en 1918, il avait abandonné ses études pour rejoindre une petite compagnie de tri de grains. En 1945, la société ayant été avalée par Cargill, il avait fait son chemin en son sein jusqu’à atteindre l’un des postes de vice-président. Sept ans plus tard, il rejoignait Grain Terminal Association et se lançait dans l’exploitation industrielle de l’huile végétale. Enfin, en 1971, il fut nommé président d’Archer Daniels Midland (ADM).

ADM ? Une entreprise fondée en 1923 spécialisée dans les céréales. Cette compagnie achetait, stockait, traitait et vendait le grain afin de le rendre propre à la consommation des hommes comme des animaux. Un positionnement profitable dans les années 1950 et 1960, puisque cette société installée à Decatur, dans l’Illinois, devint l’un des principaux acteurs de l’agroalimentaire, se diversifiant même dans le commerce du cacao et l’enrichissement en vitamines de multiples produits.

L’arrivée de Dwayne Andreas à sa direction marquait une nouvelle ère. Jusque-là familiale, ADM souhaitait désormais s’imposer sur de nouveaux marchés et se développer à l’étranger. En trente ans, Andreas réussit son pari. Aujourd’hui, ADM possède plus de 270 usines dans le monde entier et sa valeur est estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Son rang ? Celui de première compagnie agroalimentaire de la planète. Et l’HFCS a joué un rôle essentiel dans cet essor phénoménal.

De ses années à Cargill et à Grain Terminal Association, Andreas avait notamment retenu ceci : « Le marché libre existe seulement dans les discours des politiques », ajoutant avec un cynisme parfait : « Les gens qui ne vivent pas dans le Midwest ne comprennent pas que nous sommes dans un pays socialiste».

Au-delà d’une formule à l’emporte-pièce, ce propos signifiait que le marché du grain dépendait d’abord des décisions prises à Washington. Que c’était là-bas, dans les couloirs du Congrès, du Sénat et de la Maison- Blanche, que se décidaient les quotas, les prix et les marchés. Donc que pour profiter de la manne de l’argent public, il fallait savoir se montrer généreux envers les bonnes personnes. Fort de ce constat, ADM et Dwayne Andreas franchirent une nouvelle étape en devenant les plus importants contributeurs des campagnes politiques. Cette implication procura deux atouts à ADM : se garantir, en obtenant le soutien du gouvernement à une forme de protectionnisme, un certain contrôle du prix de la matière première ; et recevoir en retour de belles subventions. En 1995, le Cato Institute estimait ainsi « qu’ADM avait coûté plusieurs milliards de dollars à l’économie américaine depuis 1980. Et avait indirectement coûté des dizaines de milliards de dollars aux contribuables américains sous forme de taxes et de prix plus hauts. Au moins 43 % des profits annuels d’ADM proviennent de produits lourdement subventionnés ou protégés par le gouvernement américain. De fait, chaque dollar de profit gagné par ADM sur ses opérations de sirop de maïs en coûte 10 aux consommateurs ». Sans parler des effets sur leur santé, comme nous le verrons…

Richard Nixon, Jimmy Carter, Ronald Reagan, Bob Dole, Bill Clinton, Michael Dukakis, Jesse Jackson et les Bush père et fils font partie de la longue liste des hommes politiques ayant bénéficié des largesses de ce personnage inconnu du grand public.

En 1999, ADM a été condamnée à payer 100 millions de dollars d’amende pour tricherie sur les prix. Réaction de Dwayne Andreas ? « Aucune, c’est comme si un oiseau m’avait chié dessus. Nous sommes la plus grande compagnie agroalimentaire du monde. Qu’est-ce que le gouvernement compte faire sans nous ? Nous fabriquons 35 % du pain de ce pays, même chose pour la margarine, l’huile pour cuisiner… Sans compter tout le reste. »

 

L’arrivée, le 2 décembre 1971, d’Earl Butz à Washington constituait une garantie pour le nouveau patron d’ADM. Andreas connaissait les idées de son ami et savait qu’avec lui, le prix du maïs serait protégé mais aussi que le gouvernement s’engagerait à verser des centaines de millions de dollars d’aides aux céréaliers. La carte du maïs était donc bonne à jouer.

Et il y avait mieux encore. Bien gérée, l’invention des chimistes de la Clinton Corn Processing Company pouvait devenir l’équivalent d’un billet gagnant de la loterie. Si bien qu’en 1976, alors que le marché de l’HFCS semblait parvenu à saturation, ADM rachetait la CCPC et investissait massivement dans la production de sirop de glucose-fructose. Une opération sans risque puisque grâce à ses contacts à la Maison-Blanche et à l’USDA, Andreas se lançait dans une activité qui, il le savait, serait copieusement soutenue par le gouvernement. De fait, alors que l’année de l’acquisition de la CCPC, Washington distribuait 400 millions de dollars d’aides à la filière maïs, un an plus tard, le chiffre dépassait 1,6 milliard. Et ADM, désormais premier céréalier américain, en était le principal bénéficiaire. Le pouvoir américain venait en somme d’offrir à Andreas le temps nécessaire à l’extension de son marché.

Toutefois, cela ne fonctionna pas tout de suite. Avant 1978, les débouchés du HFCS étaient restreints. Les premiers utilisateurs, les fabricants de sodas, hésitaient en effet à remplacer le sucre. Le HFCS 42 n’ayant pas exactement le même goût que le produit issu de la canne à sucre; les marchands de colas craignaient un accueil défavorable des consommateurs. Aussi, en attendant de voir comme réagirait le marché, ils continuèrent à privilégier les mélanges à base de sucre. C’était sans compter sur Dwayne Orville Andreas, qui détenait un joker dans sa manche. »

La suite …. demain.

 

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