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sécurité alimentaire

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Extrait de Toxic Food, le livre de William Reymond :

« Durant l’été 1999, un vent de révolte souffle sur l’Aveyron.

Quelques semaines plus tôt, pour punir l’Europe qui refuse l’exportation de bœuf américain dopé aux hormones, les États-Unis décident de surtaxer de 100% les droits de douanes du roquefort.

(Le roquefort n’était pas le seul produit visé. Le foie gras, certains chocolats, des céréales et la moutarde de Dijon complétaient la liste côté français. En janvier 2009, toujours dans le cadre du refus de l’importation du bœuf aux hormones, le gouvernement américain s’apprêtait à mettre en place des droits de douanes de 300 % sur le roquefort. En mai de la même année, à quelques jours de leur application, l’Union européenne et les États-Unis trouvaient un accord. En échange de l’augmentation du quota d’importation de bœuf américain non traité, le gouvernement américain abandonnait toute idée de surtaxation des produits européens, dont le roquefort.)

L’attaque n’est pas seulement symbolique, puisque, à l’époque, le marché américain représente plus de 10 % des exportations de cette spécialité fromagère du sud de l’Aveyron. Quatre cents tonnes de fromage qui, en raison d’un prix de vente devenu exorbitant, risquent de fermenter dans des entrepôts plutôt que de terminer dans les assiettes des consommateurs d’outre- Atlantique. Il s’agit donc d’un manque à gagner sévère pour les petits producteurs de la région.

Aussi, au début du mois d’août, du côté de Millau, les esprits s’échauffent et envisagent des mesures de rétorsion contre les États-Unis. Sans surprise, la première action du genre vise Coca- Cola : un cafetier de la ville surtaxe la vente de la boisson dans son établissement.

Et puisque la guerre contre l’Amérique se joue symbole contre symbole, José Bové et ses compagnons du syndicat de la Confédération paysanne décident de frapper fort.

Le 12 août 1999, une poignée de militants menés par le paysan moustachu s’attaquent au démontage d’un McDonald’s alors en construction à Millau. « Sous les yeux médusés du propriétaire Marc Dehani, raconte le quotidien La Dépêche, l’inscription McDo defora, gardarem roquefort (McDo dehors, nous garderons le roquefort) est peinte sur le toit du fast-food tandis que des matériaux du chantier sont convoyés sur un tracteur vers la sous-préfecture. »

En plein été, période où, traditionnellement, l’actualité tourne au ralenti, le coup de poing attire l’attention des médias. Et lorsque la juge d’instruction Nathalie Marty ordonne l’arrestation du responsable de la Confédération paysanne, José Bové, et de ses compagnons, l’affaire prend de l’ampleur. Cette décision, comme le note encore La Dépêche, « raviva l’esprit combatif de ceux qui connurent le mouvement contre l’extension du camp militaire du Larzac dans les années 1970 [et offrit] à la Confédération paysanne de passer du statut d’une organisation ringarde à celui de celle qui défend des traditions ancrées dans un terroir ».

Mais, surtout, elle propulse José Bové au centre d’un combat encore peu répandu que lui- même mène, avec une certaine discrétion, depuis quelques années : la bataille contre la… malbouffe.

Le 12 août 1999, vingt ans après sa création, la perception collective du terme inventé par les de Rosnay entrait donc dans sa troisième phase.

La malbouffe selon José Bové ne correspond ni à celle des années 1970 ni à celle décrite en 1989 lors de la crise de la vache folle.

Le concept cher au représentant de la Confédération paysanne mêle deux refus : celui de la nourriture de mauvaise qualité et celui d’une mondialisation qui se résumerait à une domination américaine. Ces deux pendants sont si liés dans le discours de José Bové que certains de ses détracteurs lui reprochent d’utiliser la malbouffe comme prétexte pour légitimer son propre refus de la mondialisation. Plus tard, viendra se greffer sur ce diptyque la légitime question de la présence d’OGM dans l’alimentation, donnant une dimension supplémentaire à la définition du mot malbouffe.

Mais revenons au sens qu’avait ce terme au lendemain du démontage du McDonald’s de Millau et lors de la publication, un an plus tard, du premier livre publié par José Bové.

S’appuyant sur une dialectique que l’on retrouvera durant l’hiver 1999 à Seattle – lorsque des milliers de représentants du mouvement alter- mondialiste s’opposeront à la troisième conférence ministérielle des cent trente-trois pays membres de l’Organisation mondiale du commerce -, la malbouffe selon José Bové induit que la domination américaine est incarnée par la restauration rapide.

À ce titre, McDonald’s – dont rien ne semble freiner l’expansion mondiale – constitue une cible parfaite. En effet, depuis l’inauguration de sa première franchise à Strasbourg, en 1979, le géant américain n’a cessé de multiplier les ouvertures en France. Avec un peu plus de quatre cents établissements dans l’Hexagone, le chiffre d’affaires annuel de la marque a même franchi le seuil symbolique des dix milliards de francs.

Le démontage de Millau constitue donc une étape importante. Il offre au message de Bové – et à sa définition de la malbouffe -, une caisse de résonance internationale. Désormais, l’ennemi de nos estomacs, de notre santé, de notre économie, de notre identité et, d’une certaine manière, de notre avenir porte un nom simple et débite, à la chaîne, des hamburgers arrosés de Coca-Cola.

À la veille de l’an 2000, alors qu’une partie de la planète hésite entre peur du lendemain et nostalgie du temps passé, le discours de l’agriculteur français se répand donc comme une trainée de poudre.

En août 2009, Éric Gravier, l’un des vice-présidents de la filiale française de McDonald’s, reconnaissait que seuls deux événements « avaient bousculé » la marche en avant de la marque en France : « la crise de la vache folle et José Bové ». On remarquera qu’Éric Gravier ne cite ni la concurrence assez amorphe sur le secteur ni la vague d’attentats en 2000 qui frappa l’enseigne en Bretagne.

Et la vision altermondialiste de la malbouffe s’impose comme la vérité dominante. Désormais, vingt ans après son invention, le terme de Joël de Rosnay regroupe presque exclusivement les produits issus de la restauration rapide.

Ce qui va, pendant une décennie, fausser le débat consacré aux périls de l’alimentation. »

La suite …….demain.

Dr BUENOS : l’affaire de la mimolette ressemble fort à celle du roquefort ……

 

 

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Toutes les personnes qui ont suivi le feuilleton quotidien de ce début d’été en lisant quotidiennement les extraits de Toxic de William Reymond , ont sûrement été déçues que cela s’achève et frustrées que cela s’achève fin 2006.

William Reymond a publié une suite : »Toxic Food » qui s’achève fin 2009 pour notre plus grand plaisir.

On se propose d’en reprendre la divulgation par petits extraits quotidiens. Les plus impatients pourront se procurer le livre ….

Dans ce premier extrait introductif, William Reymond explique pourquoi il a écrit une suite.

 

« En voyant la profusion des enseignes lumineuses siglées McDonald’s, Burger King et Pizza Hut, en constatant la quantité de sirop de fructose-glucose contenue dans un litre de Coca-Cola, en découvrant l’affluence aux buffets à volonté et les invitations permanentes des restaurants à manger à prix sacrifié, j’avais mis le doigt sur la réalité d’une crise en devenir. Car, à Rio Grande City, un quart des enfants de moins de cinq ans sont obèses et près de la moitié de ceux âgés de dix ans, suivant l’exemple de leurs parents, s’affirment comme de sérieux candidats au diabète de type 2.

Je l’avais écrit alors, le border town2 ressemblait à un atroce laboratoire. Où l’on pratiquait une expérience ultime d’abêtissement des règles alimentaires. Certes, dans un combat perdu d’avance, quelques justes tentaient d’alerter l’opinion, de mettre en garde la population et les autorités, voix fluettes prêchant dans le désert et trop peu puissantes pour être entendues d’une société américaine dominée par les géants de l’industrie agroalimentaire.

C’était en 2006. Depuis, Rio Grande City, son accent hispanique et son odeur de graillon n’ont cessé de hanter mon esprit.

Si depuis j’ai avancé sur des chemins bien différents, il m’est arrivé de revenir sur ces terres familières. Ainsi, en 2007, pour un Envoyé Spécial consacré aux acides gras-trans. Mais c’est surtout l’audience rencontrée par Toxic, en France et au Québec, ainsi que les courriers et e-mails de lecteurs profondément touchés qui m’ont interpellé.

Tout au long de la rédaction de Toxic, une vérité m’avait habité : j’étais un père scandalisé. Et le sang qui bouillonnait en moi avait nourri l’encre de mes mots.

Cette sincérité, cette volonté citoyenne de s’engager pour assurer un avenir alimentaire meilleur à nos enfants, je l’ai retrouvée dans les nombreux courriers reçus. Un flux, preuve de la persistance du problème, qui ne faiblit pas.

J’ignore lequel d’entre vous, chers correspondants lecteurs, m’a convaincu de la nécessité de replonger dans les maux de notre alimentation et de poursuivre le sillon tracé par Toxic.

Peut-être est-ce Jacques, directeur de recherche en Suisse, effaré de découvrir les « causes de la dégradation de la santé publique » ? Peut-être est-ce Madeleine, une jeune Française tiraillée entre le soulagement de savoir et l’inquiétude devant la vérité ? Peut-être plutôt Nathalie, une mère de famille de Montréal décidée à repartir à la conquête des assiettes de ses deux fillettes et désirant savoir comment s’y prendre ? À moins qu’il ne s’agisse d’un des messages reçus d’Italie, des Pays-Bas, de Belgique ou de Corée du Sud, lesquels, malgré les distances, traduisaient tous des angoisses identiques, prouvant ainsi la globalisation du mal ? Pour tout dire, il est impossible de savoir tant c’est assurément chacune de vos lignes qui a contribué à la naissance de ce nouvel opus.

En revanche, je me souviens précisément du moment où, pour la première fois, l’idée de reprendre le flambeau porté dans Toxic est venue m’effleurer.

C’était sur le plateau de la version québécoise de l’émission Tout le monde en parle. Je venais d’expliquer à Guy A. Lepage, son animateur, que la crise mondiale d’obésité, au-delà des kilos en trop, était la face très visible d’un iceberg bien plus dangereux. Et que, sous la surface, dans les sombres profondeurs de l’océan de notre ignorance, là où l’opacité ne laisse plus passer la lumière, se cachait un autre monde redoutablement toxique. Et qui, pour le coup, nous concernait tous.

Tandis que Guy souhaitait en savoir plus, l’évidence venait de me frapper : si l’occasion se présentait, je savais désormais où plonger. »

La suite ……………..demain

 

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Nouvel épisode dans le scandale de la viande.

Selon le Sunday Times, 28 000 bêtes abattues au Royaume-Uni et testées positives à la tuberculose seraient offertes à la consommation en France, Belgique et Pays-Bas chaque année.

Dans l’Héxagone, selon le Sunday Times, la viande serait écoulée essentiellement dans des cantines scolaires ou des restaurants hospitaliers.

Une partie de cette viande est transformée en nourriture pour animaux.

De grandes enseignes comme les supermarchés Tesco, Sainsbury’s, ou Waitrose, ainsi que les chaines McDonald’s et Burger King ont refusé de vendre cette viande.

Les bêtes testées positives sont retirées des troupeaux afin d’éviter d’autres contaminations, moyennant une compensation de l’Etat à l’éleveur. Une agence vétérinaire publique (Animal Health and Veterinary Laboratories Agency) les revend ensuite, en toute connaissance de cause, à un abattoir du Sommerset, filiale du grossiste en viande irlandais ABP UK. Les carcasses sont exportées sans étiquetage particulier. L’exportation de cette viande est légale car le risque de contamination à l’être humain est très faible, selon les experts scientifiques. Mais si le risque est faible, il n’est pas nul pour autant.

 

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Epilogue du livre de William REYMOND : TOXIC .

« Le périple s’achevait. J’aurais aimé le terminer ailleurs que dans l’étouffante chaleur du sud du Texas.

Peut-être cette enquête aurait-elle dû se conclure du côté du Marin County, à quelques kilomètres de San Francisco. Où, avec Bill Niman, fondateur d’une série de ranches, j’aurais appris et apprécié la seule – et digne – façon d’élever le bétail.

Sans hormone, antibiotique, grain, protéine enrichie à la merde de poulet. Sans lagon aussi. Ici, comme dans les vignettes de l’époque préindustrielle, les bêtes paissent en liberté, les veaux sont nourris par leurs mères et les cochons pas entassés les uns sur les autres.

À Niman Ranch, obtenir une viande de qualité se fait dans le respect de l’environnement et des animaux. Une philosophie qui rencontre un succès grandissant auprès des restaurateurs et des consommateurs avertis. Ce qui prouve qu’il existe une alternative à l’industrialisation du bétail et que l’on peut se nourrir sans risquer de terribles conséquences pour sa santé.

Sans aller aussi loin, j’aurais pu encore me rendre à Austin, au Texas. Pour passer quelques heures en compagnie de John Mackey, le créateur de la chaîne de supermarché Whole Foods. Il m’aurait raconté comment, ayant rejoint une communauté végétarienne à la fin des années 1970 pour y rencontrer des filles, il avait réussi à anticiper la montée en puissance de la vague bio. Depuis l’ouverture de sa première boutique en 1980, Whole Foods est un succès unique en son genre. Aujourd’hui ses 189 magasins, dont quelques-uns situés en Grande- Bretagne, garantissent à leurs clients une alimentation sans toxine ni pesticide. La viande et la charcuterie proviennent d’élevages éthiquement et écologiquement responsables. Pour lutter contre la pollution liée aux transports de produits frais, Whole Foods a même développé la production locale de l’agriculture biologique. Enfin, véritable pied de nez aux géants de la distribution, les employés de la compagnie sont payés le double de leurs confrères de Wall Mart. Ce qui explique pourquoi Whole Foods est aujourd’hui l’une des entreprises dont la qualité de travail est l’une des meilleures des États-Unis. Une sérénité démontrant qu’il est possible de pratiquer le capitalisme sans y abandonner sa conscience.

Quittant le Fat Land, j’aurais pu m’envoler, sans vraiment savoir ce que je devais en penser, vers l’université d’Utrech aux Pays-Bas. Et y rencontrer le docteur Henk Haagsman. Ce Néerlandais, professeur des sciences de la viande, est l’un des experts mondiaux d’une nouvelle discipline : la culture de viande in vitro. Non, il ne s’agit pas d’une hérésie mais d’un véritable projet, doté de 2 millions d’euros et destiné à déterminer si, grâce à l’utilisation des cellules, on peut faire « pousser » de la viande. Donner naissance à un produit moins gras, sans bactérie ni résidu chimique. A une viande débarrassée de la pollution et des conditions d’élevage honteuses. Haagsman, comme d’autres chercheurs installés au Canada, aux États-Unis et en Australie, est persuadé que la viande en « boîte de Pétri » est une réalité proche : « D’ici six ans nous devrions obtenir un produit. Pas sous forme de steak, évidemment, mais plutôt une viande hachée que l’agroalimentaire pourra utiliser sur des pizzas ou dans des sauces ».

J’aurais encore pu passer quelques jours à Tavistock, dans le Devon, en Grande-Bretagne. Pour faire la connaissance d’habitants qui, récemment, grâce à leur désir d’avoir une alimentation saine et à leur opiniâtreté, ont gagné une bataille difficile. Après sept années d’efforts à tenter de s’implanter et d’attirer les consommateurs, McDonald’s a fermé son unique établissement, faute de clients.

J’aurais pu…

Mais je ne souhaitais pas conclure sur une fin heureuse. Non pas par passion du pessimisme, mais parce que notre quotidien est aujourd’hui plus proche de l’horreur de Rio Grande City que des attrayants rayons de Whole Foods.

Il déplaira sûrement à l’office de tourisme de le lire, mais il n’y a aucune raison de s’arrêter ici. Rio Grande est le chef-lieu du comté de Starr, l’un des plus pauvres des États-Unis. La route principale ressemble à un long fil de béton rongé par la décrépitude depuis fort longtemps. La poussière est omniprésente. Elle semble même incrustée dans le paysage depuis et pour toujours.

Il existe deux styles de maisons à Rio Grande City. Celles à l’abandon et les autres où, réfugiés derrières les barreaux qui protègent toutes les fenêtres, les 11 923 habitants vivent dans la crainte. La peur du soleil qui écrase tout neuf mois par an. La peur des voisins, des inconnus, des autres et plus particulièrement des gangs de la mafia mexicaine qui ont transformé l’endroit en lieu de passage. Et puis, la peur des troupes du Homeland Security aussi, en charge de vérifier les visas et de déporter les immigrés clandestins. À Rio Grande City, 95,89 % de la population est d’origine mexicaine. Les sans-papiers en représentent la majorité. Certains ont même peur de leurs enfants. Nés sur le sol américain, ils sont pourvus de la nationalité qui est refusée à leurs parents. Et ainsi, d’après les services sociaux de la ville, dès l’adolescence, nombre d’entre eux terrorisent la partie « illégale » de la famille. Un chantage au coup de téléphone de dénonciation pour une seule chose : manger.

McDonald’s, Daily Queen, Burger King, Whataburger, Wendy’s, Pizza Hut, Little Ceasars Pizza, Subways, Taco Bell, Taco Bueno, Taco Palenque, Mexican Buffet, Chinese Buffet… aucune enseigne ne manque à l’appel. Et toutes proposent, en lettres géantes, des promotions difficiles à ignorer quand on vit sous le seuil de la pauvreté. Ici, le Coke géant est offert pour l’achat d’un menu. Là, contre moins de 5 dollars, le client est invité à manger autant qu’il le souhaite. Ailleurs, tous les matins, le petit déjeuner est doublé gratuitement.

À Rio Grande City, paradis du HFCS et du trans fat, tout est commercialement envisageable, envisagé et mis en pratique pour ponctionner les quelques dollars versés par l’aide locale.

Cette orgie alimentaire s’accompagne d’une terrifiante réalité. À Rio Grande City, la moitié de la population adulte souffre de diabètes de type 2.

Mais le pire, c’est pour demain.

À l’école maternelle, 24 % des enfants sont déjà en surcharge pondérale ou obèses. S’ils ne sont pas dès maintenant pris en charge, rien ni personne ne parviendra à les sortir du cercle infernal. Celui qui, à l’âge adulte, devenus diabétiques et amputés, leur fera attendre la crise cardiaque… comme une libération.

Or, dans l’Amérique d’aujourd’hui, personne ou presque ne s’intéresse à Rio Grande City. Ou à La Casita, Roma, Laredo, El Cobares, ces villes du sud du Texas qui subissent le même cauchemar.

Or, à Rio Grande City, 50 % des garçons âgés de dix ans sont trop gros. Beaucoup trop gros.

Peggy Visio, une nutritionniste du Texas Health Science Center de San Antonio, tente depuis des années de faire bouger les choses. Adepte de la téléconférence, elle a réussi à trouver un don privé destiné à financer un service reliant son bureau de San Antonio à l’infirmerie de l’école de la ville. Et là, par écran interposé, elle donne des conseils de nutrition aux familles. Sachant pertinemment qu’elle ne pourra empêcher le pèlerinage quotidien au fast-food, elle tente d’orienter les ados vers les produits qui feront le moins de dégâts.

Aux États-Unis, 33 % des enfants mangent tous les jours dans un fast-food.

Lors d’un séjour récent à Rio Grande City, Visio et son équipe ont examiné les 2 931 enfants de la ville afin de quantifier ceux qui présentaient des risques élevés de diabète de type 2. Sur le papier, le pire de leurs scénarios prévoyait environ 600 cas. Mais à Rio Grande City, où deux cheeseburgers géants, une frite maxi et un Coca- Cola gargantuesque sont vendus à moins de 2 dollars, ils ont découvert 1 172 enfants en perdition. 1 172 futurs diabétiques.

Alors, Peggy a convaincu l’école de l’urgence. Après tout, chaque jour, les enfants y prennent leur petit déjeuner et leur déjeuner. Des collations largement arrosées des sodas en vente soit à la cafétéria, soit via les distributeurs, dans les couloirs de l’établissement.

Grâce à Visio et aux responsables de l’école, ces appareils de tentation ont été déplacés… dans la rue. Le personnel des cuisines a été formé pour offrir une nourriture moins grasse et moins sucrée. Les fruits frais ont commencé à apparaître sur les tables de la cantine et l’eau à repris une place qu’elle n’aurait jamais dû abandonner.

Mais voilà, nous étions à Rio Grandé City. Et les étudiants ont expérimenté la démocratie directe. Ces citoyens en herbe, obèses ou en passe de le devenir, se sont mis en grève devant de telles décisions salutaires à leur santé. Soutenus par certains parents et professeurs, ils ont affiché leur colère à l’entrée de la cafétéria avec un mot d’ordre clair : « Non au régime ! Nous voulons manger des trucs cool ! »

Rio Grande City est un laboratoire. Un douloureux voyage vers le futur aussi. Ce qui s’y passe n’est ni une exception ni une aberration, mais un amer avant-goût de l’avenir. L’obésité, le diabète, l’attitude de ces étudiants sont ni plus ni moins le résultat des trente dernières années de dérive et de matraquage alimentaire. Trois décennies où l’industrie agroalimentaire a pris le contrôle de nos assiettes, brouillant les repères, changeant la nature même de la nourriture.

Pendant des siècles, manger a été une nécessité et un moment privilégié. Une excuse pour l’échange et la communication. Et, bien souvent, un moment de plaisir. Désormais, un plat, pour s’imposer, doit être pratique, s’engloutir seul et rapidement. Et, surtout, être soutenu par une campagne publicitaire.

Demain, le monde ressemblera à Rio Grande City et à ces élèves prêts à se battre pour continuer à se goinfrer. Déjà, dans certaines écoles primaires, les enfants apprennent à compter en additionnant les M&M’s. Dans d’autres, ils refusent de manger les fruits frais sous prétexte qu’il est beaucoup plus tendance d’avaler un dessert coloré.

L’industrie agroalimentaire n’est pas seulement coupable d’avoir travesti la nature de notre nourriture. D’y avoir introduit le sirop de fructose-glucose, les additifs, les conservateurs, les résidus chimiques et les acides gras trans. Non, dans cette course au profit, certaines sociétés ont tout simplement tenté de s’emparer de l’âme d’une génération.

Ces mots sont à la hauteur de ma colère. Pas uniquement celle de l’auteur, celle d’un père aussi. Qui, chaque jour, tente de contrebalancer un pouvoir qui nous dépasse.

La responsabilité individuelle et celle des parents sont deux mensonges inventés par des spécialistes de la manipulation. Ou du marketing, c’est la même chose.

Les preuves ? Elles sont multiples. Petit voyage dans le temps. Dans les années 1930, Coca-Cola comparait ses atouts nutritionnels aux vertus vitaminées des fruits. Dans les années 1950, 7 Up expliquait comment, mélangé au lait du nourrisson, il favorisait la prise du biberon. À l’époque, à en croire les réclames, certains vins équivalaient même à un repas complet. Et puis, Camel était « la cigarette préférée des médecins ». Aujourd’hui les mêmes tentent de nous convaincre de l’importance de leurs contributions à notre bien-être, de leur sincérité dans la lutte contre le poids, de leur conscience humaniste ou de la non-dangerosité des OGM.

Demain, le monde ressemblera à Rio Grande City et à ses promotions permanentes sur la paire de hamburgers. Déjà, la crise d’obésité est devenue pandémie. Déjà les lagons des porcheries, le HFCS et le trans fat sont partis à la conquête de l’Europe.

L’Europe… Ou comment une idée juste, sensible, enthousiasmante et pacifiste, a perdu elle aussi son âme. L’Europe est devenue la nouvelle cour où manœuvrent les spécialistes du lobbying industriel. Où se pratique un sport dont les règles ont été inventées à Washington.

Et c’est ainsi que, le 9 novembre 2006, Markos Kyprianou, commissaire européen et membre de la Commission européenne chargé de la santé et de la protection des consommateurs, a publiquement félicité Coca-Cola et McDonald’s pour leur engagement dans la lutte contre l’obésité.

Coke, McDo et les autres sont pourtant les fabricants de cigarettes d’aujourd’hui. Leur stratégie de communication est identique. La crainte majeure de ces géants de l’agroalimentaire, c’est que les gouvernements, sous la pression populaire, légifèrent. Car la contrainte leur fait peur. Aussi, pour éviter cela, ils jouent la diversion, la carte du volontarisme.

Dans le même esprit, Marlboro et Philip Morris financent aux États-Unis des campagnes publicitaires incitant les gens à ne plus fumer. Or, le budget de ces « ravalements de façade » n’atteint même pas 1 % des bénéfices engendrés par la vente de leurs produits.

McDo, Coke et les autres savent qu’ils sont les premiers responsables de la pandémie d’obésité. Alors, ils donnent le change, martèlent le message de la responsabilité individuelle et l’idée que toute nourriture a sa place dans un régime équilibré.

Lorsque je vois la campagne internationale de Coca- Cola annonçant sa décision de lutter contre l’obésité, je ne peux m’empêcher d’être cynique et de penser : c’est l’hôpital qui se moque de la charité.

L’engagement à ne pas faire de publicité à destination des moins de douze ans ? Du vent. Rien de neuf. Cela a toujours été le cas. Non pas parce que la Compagnie est « morale » mais parce qu’elle est très intelligente. Elle préfère sponsoriser l’équipe de France de football, lancer un site Internet avec NRJ, imaginer un casting inspiré de « Star Academy » dans tout le pays, pour capter l’attention de ces classes d’âges. Coca-Cola étant, en France, la marque préférée des jeunes, elle n’a pas besoin de s’adresser directement à eux puisqu’elle a réussi à devenir une figure incontournable de leur univers.

Les boissons sans sucre, les salades de McDo ? Tout cela est marginal. Le cœur d’affaire de McDonald’s, ce sont les heavy users, les gros consommateurs de Big Mac et de frites. Le produit vedette de la Compagnie ? Coca-Cola Classic et son sucre.

Demain, le monde ressemblera à Rio Grande City et à son odeur permanente de friture.

Au terme de mon enquête, je ne sais même pas s’il est encore possible d’éviter le pire. Certes, les solutions existent. Mais, pour s’imposer, elles ont besoin de deux révolutions.

D’abord, celle de nos esprits. Avant d’être consommateur, nous sommes citoyens. Nos trois repas quotidiens sont autant d’occasions de voter. Voter pour ou contre un monde toxique. Voter en faveur d’un modèle viable pour l’environnement, notre santé, et moralement acceptable. Notre pouvoir est avant tout celui de l’achat. Plus qu’un bulletin dans une urne, la consommation d’un produit est devenue un geste politique. Le seul moment où le terme de « démocratie directe » a un sens concret.

Mais voilà, si mon pouvoir d’achat m’offre le privilège d’assurer aux miens une assiette sans danger, ce choix est réservé à une minorité. Car manger bien est désormais une source d’inégalité. Les pauvres sont aujourd’hui massivement représentés dans les rangs de plus en plus peuplés des obèses. Comme à Rio Grande City, leur pouvoir d’achat les cantonne quasi exclusivement à la nourriture industrielle. En confiant notre alimentation aux géants de l’agroalimentaire, nous leur avons laissé le droit d’installer des régimes d’apartheid nouveaux.

Et c’est pour cela que, même s’il est capital, un engagement individuel ne sera jamais suffisant.

Pour éviter que demain, notre monde ne ressemble à Rio Grande City, il faut que la classe politique se souvienne que, parmi ses devoirs, se trouve l’obligation de protéger la société des risques pathogènes.

La malbouffe tue. Il faut donc une intervention gouvernementale pour contraindre certaines compagnies à cesser de nous empoisonner. Le Danemark l’a fait. McDonald’s, Coca-Cola et les autres n’ont pas quitté le pays pour autant et les Danois n’ont pas le sentiment – autre cheval de bataille des industriels – qu’ils sont privés de leur liberté individuelle.

Mieux encore, puisque la France s’apprête à voter, il est temps d’exiger des candidats qu’ils s’engagent dans cette lutte dont la victoire est la seule issue possible.

Et le combat sera âpre. Car, distribuer des bons points aux compagnies, inciter les individus à consommer plus de fruits et moins de graisse, est largement insuffisant.

Qui, à droite et à gauche, osera suivre les conseils de Philip James et repenser nos politiques agricoles ? Le président de l’Équipe internationale de lutte contre l’obésité, ancien conseiller de Tony Blair, a, dans son discours de Sydney, défini le seul cadre susceptible afin d’empêcher la propagation des Rio Grande City. « Nous n’avons pas affaire à un problème médical ou scientifique. Nous avons affaire à un énorme problème économique qui, de l’avis général, va submerger tous les systèmes médicaux de par le monde. Nous nous sommes concentrés sur l’utilisation de l’argent des contribuables pour surprotéger tous ces éléments de la chaîne alimentaire qui provoquent aujourd’hui l’épidémie d’obésité. La surproduction d’huile, de graisse et de sucre, largement due aux subventions publiques visant à protéger les revenus agricoles, contribue depuis des décennies à la crise sanitaire que nous connaissons aujourd’hui. »

Demain le monde ressemblera à Rio Grande City et au courage de Peggy Visio.

Demain, parce qu’il y va de notre survie, nous reprendrons le contrôle de nos assiettes.

Demain, parce qu’il est question de l’avenir de nos enfants, nous quitterons les frontières nauséabondes de cet univers toxique.

Tout cela est encore possible.

Vous en avez le pouvoir.

La preuve ?

Après des années de dérive, je venais de le faire.

J’avais trente-cinq ans et, pour la seconde fois, je venais de naître.

Piano, 20 décembre 2006. »

Fin ……………….

Dr BUENOS : Merci à William Reymond, qui va désormais nous manquer chaque jour. Son enquête bien documentée, est passionnante. Elle s’était achevée en décembre 2006, mais à nos yeux,elle n’a pas pris une ride.

Elle conforte le réseau ROSA dans ses pratiques actuelles et nous permet d’améliorer certains points de prise en charge.

 

 

 

 

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Insecticides, fongicides, herbicides… Les pesticides sont largement utilisés pour lutter contre les organismes nuisibles, aussi bien par les particuliers que par les agriculteurs, et dont on retrouve logiquement des traces dans les aliments. Ces produits chimiques seraient responsables de nombreuses affections qui vont des cancers à l’infertilité ou la maladie d’Alzheimer…

Cliquez sur le lien qui suit pour le découvrir en vidéo :

roundup, pesticides et cancers

Dr BUENOS : Dans le monde selon MONSANTO, Marie Monique ROBIN montre bien que Monsanto n’a pas voulu communiquer les fameuses études montrant l’absence de toxicité du round up.

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Extrait du livre TOXIC de William Reymond :

« Le doute n’était plus permis. La similarité parfaite. Les résultats de novembre corroboraient ceux de juin.

Chensheng Lu, lui, se montrait perplexe.

Peut-être, après tout, s’agissait-il d’un échantillon d’exception ? D’une étrangeté scientifique.

Peut-être…

Mais restaient les chiffres. Et Lu, en passionné de mathématiques, ne pouvait les ignorer. Après tout, l’ensemble de son travail tournait autour d’eux. En réalité, Chensheng Lu était obsédé par leur utilisation. Il était même persuadé que placés dans la bonne problématique, ils étaient la solution à nos problèmes.

Alors, peut-être, finalement, tout cela avait-il un sens. ?

Peut-être Lu venait-il de mettre à jour un véritable phénomène ?

Une découverte qui, pour l’heure, le dépassait.

Il fallait pourtant, désormais, le confirmer.

Et si Chensheng Lu avait raison, alors il venait de trouver la réponse.

Chensheng Lu, chercheur à l’université de l’État de Washington (Lu a depuis rejoint la Rollins School of Public Health de l’université d’Emory en Géorgie), est spécialisé dans les effets des polluants chimiques sur le corps humain. En 1998, celui que ses collègues américains avaient rebaptisé « Alex », venait de trouver le moyen de concilier sa rigueur scientifique et sa volonté de réflexion hors des sentiers battus.

Depuis quelques années, Lu se consacrait à la présence récurrente des pesticides, et plus particulièrement des organophosphates, dans nos organismes. Cinq ans plus tôt, il avait lu le rapport du National Research Council (NRC) qui révélait que les enfants étaient les premières victimes de l’utilisation en agriculture de ces produits chimiques. Il avait donc choisi de se pencher sur la question et Seattle lui paraissait le terrain de recherche parfait. Parce que le sud de la ville, du côté du King County, était fortement peuplé et urbanisé, tandis que le nord se montrait plus rural, avec des fermes proches.

Cette géographie particulière avait donné une idée au chercheur : s’il comparait des échantillons d’urine des enfants vivant dans les deux zones, il parviendrait à savoir si ceux demeurant à proximité d’une zone agricole étaient plus exposés ou pas à la pollution.

Au printemps et à l’automne 1998, saisons de forte utilisation des pesticides, Lu et son équipe réussirent, avec l’aide des parents, à recueillir des échantillons provenant de 110 enfants âgés entre deux et cinq ans. Sans surprise, la présence de métabolites de pesticides se vit établie.

L’inattendu, en revanche, ce fut de voir que ceux élevés en milieux urbains présentaient un taux plus élevé que les autres. Lu l’expliqua par deux facteurs. Primo parce que les pesticides se trouvaient aussi en ville, des parcs publics aux moquettes traitées contre les insectes, secundo – et surtout – comme l’avait avancé le NRC en 1993, parce que la nourriture représentait la principale source de contamination.

Certes, Chensheng savait que ces taux étaient considérés comme tolérables. L’ennui, c’est que sur un organisme en devenir comme celui d’enfants, de faibles quantités multipliées par 365 jours ne pouvaient rester sans effet.

Un autre résultat capta l’attention de Lu. Tous les enfants de Seattle avaient des métabolites. Tous… sauf un. En juin comme en novembre, ses échantillons s’étaient révélés négatifs, ses urines ne contenaient aucune trace de ces substances nocives. Et Lu devait maintenant comprendre pourquoi.

La réponse s’avéra aussi surprenante que logique. Les parents de cet enfant non contaminé cuisinaient exclusivement des produits bio. Leurs fruits et légumes ne provenaient pas de l’agriculture industrielle mais de fermes certifiées organic*(terme américain désignant les produits issus de la culture biologique). Un choix parental dicté par la volonté clairement affichée de prévenir de tels risques.

Les questions se bousculèrent toutefois dans l’esprit de Chensheng Lu. Comment prouver que cette nourriture était précisément à l’origine de ces résultats négatifs ? Peut-être, après tout, l’enfant présentait-il une particularité biologique ? En outre, si une alimentation bio garantissait l’absence de pesticides dans les urines, combien de temps fallait-il pour arriver à un tel résultat, l’enfant en question n’ayant jamais consommé d’aliments à la présence de résidus chimiques établie ?

Mathématiquement, le challenge était excitant. Il fallait « seulement » établir le modèle le mieux adapté.

Pour réussir, il restait à sortir du cadre étriqué d’un laboratoire, dans la mesure où, si reproduire la situation sur un cobaye animal s’avérait possible puisque nous partageons l’essentiel de l’ADN du rat, les porte-parole de l’agriculture industrielle en profiteraient pour se répandre dans les médias, pour réduire à néant ses recherches par des procédés de communication habiles et longuement éprouvés.

Aussi Chensheng Lu envisagea une autre approche. D’abord, recruter une vingtaine d’enfants de trois à onze ans issus des écoles publiques de Seattle. Des écoliers qui consommaient uniquement de la nourriture ne provenant pas de l’agriculture biologique. Puis, pendant quinze jours, matin et soir, leurs parents allaient être mis à contribution pour prélever leurs urines. Ces deux semaines seraient divisées en trois phases. Durant les première et dernière, d’une durée de cinq jours, les volontaires mangeraient seulement des produits conventionnels, type pâtes, fruits, légumes, viandes, céréales, chips, pop-corn, pain, jus de fruit… Et dans l’étape intermédiaire, pour qu’il n’y ait pas un changement de régime, de modification du mode alimentaire, ils se nourriraient des mêmes ingrédients, mais cette fois certifiés bio.

Par sécurité, Lu fit vérifier la totalité des aliments bio afin d’être certain que leur certification ne soit pas erronée et qu’ils ne contiennent pas de pesticides.

Enfin, et afin d’éviter toute contestation, les analyses seraient effectuées à Atlanta, au quartier général des CDC.

Lu avait pensé à tout, il lui fallait désormais attendre.

Les résultats furent sans appel. Au soir du premier jour de consommation de nourriture bio, les métabolites « diminuèrent pour atteindre un niveau non détectable ». L’absence de pesticides dans les urines des enfants fut une constante pendant l’ensemble de la période, mais les métabolites réapparurent « dès la réintroduction d’une alimentation conventionnelle ».

La conclusion de Lu s’imposait. Le premier, il venait de prouver qu’un « régime alimentaire bio fournissait un effet protecteur immédiat et spectaculaire contre les pesticides organophosphatés utilisés fréquemment dans la production agricole ».

En démontrant également que le taux de pesticides dans l’organisme dépendait directement de notre alimentation, le chercheur bousculait le cadre du débat. Alors que – et à juste titre – d’Al Gore à Nicolas Hulot, on évoque surtout les pollutions de l’environnement, ce scientifique sérieux attestait que le plus grand péril se nichait dans notre assiette.

Mieux, en plus de nous alerter, cette étude offrait une solution.

Avec un enjeu de taille. Lu écrivait d’ailleurs : « L’existence persistante de métabolites de pesticides organophosphatés dans l’urine lors des périodes où l’alimentation était conventionnelle soulève de graves questions quant aux risques chroniques liés à cette exposition […] Les enfants dont l’alimentation est constituée de produits issus de l’agriculture biologique auront une probabilité plus faible de développer des problèmes neurologiques, un résultat commun des pesticides organophosphatés ».

La base de données Findarticles.com regroupe plus de dix millions d’articles de presse parus dans les médias américains. Soucieux de voir comment les travaux de Chensheng Lu avaient été traités, j’y ai effectué une recherche. Résultat : six réponses. Trois issues de publications scientifiques ignorées du grand public, une d’un magazine spécialisé dans les médecines alternatives, une autre trouvée dans un quotidien de Chicago – trois lignes – et le dernier, un encadré du magazine Parents.

Je me dis qu’il devait y avoir une erreur. Que la démonstration de la manière de préserver la santé de nos enfants ne pouvait pas avoir seulement suscité l’intérêt de six publications. Pour en avoir le cœur net, j’ai plongé dans la plus grande base de données au monde, Nexis. Où, en provenance de plus de 32 000 sources, les professionnels peuvent bénéficier d’un fonds de 6 milliards d’articles ! Où on peut en outre élargir sa requête à la télévision, source d’information privilégiée de la majorité des terriens. Résultat ? Zéro. Selon Nexis, il n’y a pas eu un seul sujet consacré aux découvertes de Lu. Heureusement, les 6 milliards d’histoires de la presse écrite allaient évidemment combler cette carence, me disais-je.

Après quelques secondes d’attente, la page s’afficha. Cette fois, il y avait huit références. Les six premières semblables aux articles de findarticles.com. Les deux autres provenant à la fois du quotidien concurrent de Chicago et du Los Angeles Time.

Le silence n’est pas la pire des insultes. Car il faut savoir que dans la période où les médias ignoraient les découvertes de Chensheng Lu, ils nous abreuvaient d’autres histoires. Bien moins compliquées et beaucoup plus amusantes.

Après tout, peut-être avais-je fait fausse route et l’essentiel se trouvait-il ailleurs ?

Peut-être Britney Spears, l’inoubliable interprète du titre Toxic, constituait-elle le meilleur antidote aux maux de notre société ? En tout cas, se polariser sur ses dessous et ses soirées alcoolisées, comme sur bien d’autres sujets plus que secondaires, était le meilleur moyen d’ignorer la réalité du monde dans lequel on vit. Et de détourner inconsciemment ou pas l’attention du public. Mais l’effet le plus décourageant était ailleurs : submergée par les réponses positives concernant Britney, la base de données Nexis se bloquait, me demandant, sans en saisir l’ironie, d’affiner mes recherches afin de pouvoir afficher ses résultats. »

Suite et fin ….. demain

Dr BUENOS : L’histoire incroyable des constatations non diffusées de Chensheng a joué un rôle important dans ma décision de relater en détail TOXIC, le livre de William Reymond.

Si l’enquête de William REYMOND vous a intéressé, sachez que tout ce qu’il avance comme chiffres, comme faits, comme affirmations est étayé de références précises et vérifiables que vous retrouverez dans son livre que je vous engage à acheter.

Quand à Chensheng, voici les références de ses articles originaux :

reférence :

  • Chensheng Lu, Dianne E. Knutson, Jennifer Fisker-Andersen, Richard A. Fenske, Biobgical Monitoring Survey of Organophosphorus Pesticide Exposure at Preschool Children in the Seattle metropolitan Area, Department of environmental Health, University of Washington, Seattle, Washington. Cité dans Environmental Health Perspectives, volume 109, n° 3, mars 2001.
  • In « Organic Diets significantly lower Chil¬dren’s Dietary Exposure to Organophosphorus Pesticides », Environmental Health Perspectives, volume 114, number 2, février 2006.

 

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Extrait du livre TOXIC, de William REYMOND :

« Le voyage touchait à sa fin. Pour être honnête, mes pas m’avaient conduit à prendre des chemins de traverse, dont j’ignorais jusqu’à l’existence en entamant mes recherches. Par moments, j’avais même craint de m’y perdre. En fait, mon sujet m’avait dépassé. Ou, plus exactement, il avait dépassé les limites de mes croyances. Je m’étais engagé sur cette route dans l’espoir de remonter aux racines de la pandémie d’obésité, et j’avais découvert que cette dernière relevait en fait du symptôme. Celui, de plus en plus visible, de l’industrialisation de la nourriture.

Une révolution s’était jouée, qu’au plus grand bénéfice de certaines compagnies nous avions complètement ignorée. Pis, à force de matraquage et de manipulations médiatiques, l’industrie agroalimentaire avait réussi à nous faire croire que nous étions les seuls responsables de nos dérives alimentaires.

Le plus cocasse dans tout cela, c’était de m’être engagé dans un cercle vicieux. Alors que je croyais m’éloigner de mon sujet, je m’en rapprochais en vérité. Comme si les portions géantes, les sodas, les lagons, les pesticides et les acides gras trans ne faisaient qu’un, je revenais sur la définition même de l’obésité. Et, une fois encore, les réponses demeuraient à Bâton Rouge.

La prochaine étape me paraît évidente. La France et l’Europe, refusant de suivre l’exemple danois, opteront pour le modèle américain. À savoir, celui de l’étiquetage. Les produits porteront un jour, c’est sûr, leur taux d’acides gras trans. Comme aux États-Unis où, depuis le 1er janvier 2006, cette « information » est obligatoire.

Mais cet étiquetage n’a pas grand effet. C’est d’ailleurs pour cela qu’il ne gêne pas tellement l’industrie agroalimentaire. La preuve ? On la décèle dans le communiqué triomphant de la FDA, qui se félicite justement de l’efficacité de l’étiquetage de trans fat : « La FDA estime que trois ans après le début effectif, en janvier 2006, de l’étiquetage des acides gras trans, il devrait prévenir annuellement entre 600 et 1 200 crises cardiaques et sauver entre 250 et 500 vies ».

Entre 250 et 500 vies ? Mieux que rien, certes, mais une goutte d’eau. Car si, dans trois ans, la mention de la présence d’acides gras trans sur les étiquettes devrait sauver entre 0,25 % et 0,5 % des futures victimes de l’huile partiellement hydrogénée, autant jouer au loto.

Face au risque mortel des acides gras trans, il n’existe qu’une position acceptable à mes yeux : l’interdiction.

Les exemples du Danemark et bientôt de New York montrent qu’une fois contraints, les industriels s’adaptent, sans même augmenter le prix de vente de leurs produits.

La réponse n’est ni individuelle ni industrielle, mais politique. Et, de fait, le vainqueur de l’élection présidentielle d’avril 2007 en France devra faire un choix moral. Sous peine de voir la jeunesse française continuer à être la première victime d’un empoisonnement alimentaire fatal, connu et, jusqu’à présent, toléré.

En traitant la pandémie pour ce qu’elle était, autrement dit une épidémie à l’échelle mondiale, George Bray avait élargi le cadre de ma réflexion. Il avait démontré, comme d’autres, que la crise avait été si soudaine que la surconsommation et la sédentarisation ne parvenaient pas à l’expliquer, et qu’une fois débarrassés du dogme du « Big Two », il convenait de comprendre l’obésité comme le résultat d’une interaction entre l’homme et son environnement. Mon enquête avait tenté d’établir combien celle-ci était toxique et, de fait, dangereuse pour le genre humain.

En suivant les traces du sirop de fructose-glucose et en apprenant ses dégâts sur le cerveau humain, je m’étais approché du modèle proposé par Bray. Celui où un agent contaminant propage l’épidémie dans l’organisme.

Lorsqu’en épidémiologiste, Bray avait tenté d’établir la liste des différents agents responsables, il avait évoqué deux autres pistes. Et il fallait les explorer.

« De nombreux médicaments peuvent causer une prise de poids. Qui incluent une variété d’hormones. » Le scientifique de Bâton Rouge n’avait pas été seul à évoquer le rôle de certains médicaments dans le processus d’obésité. À Birmingham, Scott Keith, lui aussi peu convaincu par la théorie du Big Two, les avait cités dans les possibles coupables. Mieux, il avait remarqué que l’utilisation de ceux entraînant des prises de poids avait augmenté ces trente dernières années.

Bray émettait toutefois une réserve. Il ne pensait pas, sauf pour les corticoïstéroïdes, que cette consommation justifiait l’ampleur de la pandémie. Keith, lui, ne s’embarrassait pas de cette prudence.

Les deux chercheurs dressaient en tout cas la liste des produits aux effets les plus évidents. En tête, les stéroïdes, les hormones et les corticoïdes. Autant de substances injectées aux animaux élevés industriellement dont les résidus se retrouvent dans notre alimentation. Les porcs, poulets et vaches étant dorénavant les premiers consommateurs de ce type de produits, avec, par exemple, une consommation d’antibiotiques huit fois supérieure à celle des citoyens américains, on a de quoi s’inquiéter. L’explosion notée par Keith est donc liée à la naissance de l’élevage industriel. Et de fait, la présence de ces substances dans les assiettes confirme, une nouvelle fois, le rôle d’agent de propagation des bêtes qui se retrouvent sur nos tables.

George Bray, sous le terme générique de « toxines », réunit l’ensemble des produits chimiques conservés par l’organisme. Or, et c’est particulièrement terrible, les cellules de graisse sont de formidables réserves d’éléments toxiques. Où, selon ce chercheur, on a trouvé des révélateurs de goût comme le glutamate monosodique (E621) « dont les recherches animales en laboratoire ont démontré qu’il produit de l’obésité », des résidus chimiques souvent issus des pesticides utilisés dans l’agriculture moderne, voire des édulcorants intenses comme l’aspartame et différents conservateurs d’aliments.

Le constat de Bray était on ne peut plus honnête : « Distribuer des conseils de régime est insuffisant et ne devrait pas être encouragé. […] Croire que cela peut être [un problème] réglé par l’individu, c’est passer à côté de l’argument démontrant combien ces facteurs environnementaux […] produisent l’actuelle épidémie d’obésité ».

La pandémie d’obésité, et les effets dramatiques l’accompagnant, n’est cependant en rien une fatalité. Son éradication ne passera assurément pas par un appel aux vertus individuelles. Même si « manger moins et bouger plus » relève du conseil plein de sens, ce dernier est éminemment insuffisant pour répondre à la crise.

La priorité, désormais, est de traiter le cœur du problème : comment vivre et que faire d’un monde devenu toxique ?

Cela tombait bien, mon étape suivante me conduisait à y répondre. »

Lasuite …..demain

 

 

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Extrait du livre Toxic, de William REYMOND :

 » La défaite des autorités sanitaires s’affichait en cinq points. Cinq points comme cinq vaines recommandations. Dont quatre étaient consacrées à la « fameuse » responsabilité individuelle. Quant à la dernière, plus pitoyable encore, elle confiait notre santé… au bon vouloir de l’industrie agroalimentaire.

Il faut débuter par l’un des points qui, presque au terme de mon enquête, me révolte le plus. Parce qu’il est, pour moi, la confirmation que ce que j’ai entrevu de pire aux États-Unis arrive en France.

L’AFSSA écrit : « Par souci de cohérence avec la baisse de consommation des viennoiseries, pâtisseries, produits de panification, barres chocolatées et biscuits, il faut encourager les industriels de la margarinerie et des matières grasses destinées au secteur de l’agroalimentaire à diminuer les teneurs en acides gras trans de leurs produits ».

« Encourager les industriels » ?

C’est ce qu’a essayé la ville de New York pendant un an. Les autorités sanitaires de Big Apple avaient en effet demandé aux restaurateurs et aux industries d’être volontairement raisonnables. Leurs réponses, devant les caméras, furent unanimes. La main sur le cœur, le sourire aux lèvres, tous promirent. Le sujet étant grave, les fast-foods allaient réduire l’usage d’huile partiellement hydrogénée. Et, bien évidemment, les vendeurs de beignets et les 24 000 restaurants les imiteraient. Bien sûr… Mais un an plus tard, constatant que personne n’avait respecté les engagements médiatiques, New York fut la première ville des États-Unis à légiférer et à interdire totalement, dès 2007, l’usage d’huile partiellement hydrogénée.

« Encourager les industriels »?

Comme les membres de la pâtisserie industrielle par exemple, cette branche qui, en juillet 2002, écrivait sur le site destiné à ses membres : « Malgré l’attention que les médias ont portée sur les « dangers » des acides gras trans dans l’alimentation, les consommateurs ne semblent pas être vraiment concernés. Pour l’instant, attendre et voir est l’attitude la plus juste. »

« Encourager les industriels » ?

C’est ce que les associations de consommateurs et les autorités sanitaires ont fait lorsque, en 2002, McDo¬nald’s a annoncé à grand renfort de publicité une décision historique : cesser l’emploi d’huile partiellement hydrogénée. Une promesse solennelle faite aux consommateurs. Une promesse non tenue. Quatre ans plus tard, rien n’a changé. Une portion de frites contient en moyenne 10,2 grammes d’acides gras trans, soit plus du triple que ce que l’on recommande de ne pas dépasser en France !

« Encourager les industriels » ?

Soit. Mais pourquoi cette mollesse alors, qu’une fois obligés, ceux-ci s’adaptent sans problème ? McDonald’s, Burger King, Taco Bell et compagnie ne fermeront aucun de leur établissement lorsque l’interdiction new-yorkaise deviendra une réalité. Au jour J, à l’heure H, ils utiliseront une huile sans trans. Comme ils l’ont fait au Danemark où désormais la même portion de frites en contient moins de 0,3 gramme !

« Encourager les industriels » ?

Y croire revient à se voiler la face. Pourquoi ? Parce que, et c’est vieux comme le monde, l’argent constitue le nerf de la guerre. Et que jamais aucun encouragement ne remplacera les économies réalisées grâce à l’huile partiellement hydrogénée. Car là réside le sale petit secret que l’industrie agroalimentaire ne veut surtout pas partager. L’huile partiellement hydrogénée est un vrai miracle. Non seulement sa conservation est plus longue ; non seulement elle résiste mieux aux hautes températures, celles nécessaires à la cuisson des frites par exemple ; non seulement ses capacités sont telles que l’on change une huile deux fois moins souvent qu’une huile sans acides gras trans ; mais surtout, surtout, son prix à l’achat est moindre. Une huile sans acides gras trans coûte 19 000 dollars de plus par an et par restaurant. En 2006, McDonald’s gérait plus de 31 000 restaurants dans le monde. 19 000 dollars par établissement, 31 000 restaurants… Pour McDo, le prix de l’encouragement s’élève donc à 589 millions de dollars annuels. Alors, les belles paroles…

Waterloo, morne plaine. La défaite était totale. Les quatre autres recommandations de l’AFSSA reposaient sur le même concept : la responsabilité individuelle. D’un côté, nous faisons face à un produit capable de tuer chaque année 100 000 personnes aux États-Unis, mais de l’autre, l’organisme en charge de notre protection nous recommande de « consommer des steaks hachés à 5 % de matières grasses de préférence à des steaks hachés à 15 % de matières grasses, ce qui permet de réduire les apports en acides gras trans totaux de 0,1 g/j ». Ou encore, de « réduire de 30 % au moins la consommation de certains aliments contributeurs d’acides gras trans (viennoiseries, pâtisseries, produits de panification industriels, barres chocolatées, biscuits) de faible intérêt nutritionnel ».

Je n’ai aucun grief personnel contre les auteurs du rapport de l’AFSSA. Ils sont tous, j’en suis convaincu, d’éminents scientifiques soucieux de la santé de leurs concitoyens. Mais, il faut l’avouer, cela me semble difficile d’être plus déconnecté de la réalité que dans ces quelques lignes.

Alors que, plus tôt, le rapport s’inquiète à juste titre de la trop grande consommation de trans provenant d’huile partiellement hydrogénée chez les enfants et les adolescents français, voilà maintenant que les recommandations tournent autour du « manger moins ». Or l’inefficacité d’un tel discours chez l’adolescent est évidente. Et c’est pour cela que l’obésité galope à une vitesse fulgurante. Les produits sont consommés par les jeunes d’après des critères qui n’ont rien à voir avec leur valeur nutritionnelle. N’est-ce pas, en outre, placer énormément de responsabilités sur la tête d’enfants et d’adolescents que de leur asséner qu’afin d’éviter une crise cardiaque fatale dans quelques années, ils doivent renoncer à leur barre chocolatée !

Enfin, comme Willett lui-même l’a énoncé, le concept du marché libre où chacun fait des choix citoyens n’a de sens que si ce marché ne contient pas de produits toxiques. Et l’acide gras trans en est un.

La prochaine étape me paraît évidente. La France et l’Europe, refusant de suivre l’exemple danois, opteront pour le modèle américain. À savoir, celui de l’étiquetage. Les produits porteront un jour, c’est sûr, leur taux d’acides gras trans. Comme aux États-Unis où, depuis le 1er janvier 2006, cette « information » est obligatoire.

Mais cet étiquetage n’a pas grand effet. C’est d’ailleurs pour cela qu’il ne gêne pas tellement l’industrie agro-alimentaire. La preuve ? On la décèle dans le communiqué triomphant de la FDA, qui se félicite justement de l’efficacité de l’étiquetage de trans fat : « La FDA estime que trois ans après le début effectif, en janvier 2006, de l’étiquetage des acides gras trans, il devrait prévenir annuellement entre 600 et 1 200 crises cardiaques et sauver entre 250 et 500 vies ».

Entre 250 et 500 vies ? Mieux que rien, certes, mais une goutte d’eau. Car si, dans trois ans, la mention de la présence d’acides gras trans sur les étiquettes devrait sauver entre 0,25 % et 0,5 % des futures victimes de l’huile partiellement hydrogénée, autant jouer au loto.

Face au risque mortel des acides gras trans, il n’existe qu’une position acceptable à mes yeux : l’interdiction.

Les exemples du Danemark et bientôt de New York montrent qu’une fois contraints, les industriels s’adaptent, sans même augmenter le prix de vente de leurs produits.

La réponse n’est ni individuelle ni industrielle, mais politique. Et, de fait, le vainqueur de l’élection présidentielle d’avril 2007 en France devra faire un choix moral. Sous peine de voir la jeunesse française continuer à être la première victime d’un empoisonnement alimentaire fatal, connu et, jusqu’à présent, toléré.

La suite ………….demain.

 

 

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Extrait du livre TOXIC, de William Reymond :

 » Le 4 avril 2005, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) publiait un impressionnant rapport de 216 pages consacré aux « Risques et bénéfices pour la santé des acides gras trans apportés par les aliments ». Et proposait des recommandations sur ce sujet dont les médias français commençaient enfin à se faire l’écho.

Cette étude fourmillait d’informations capitales. On y apprenait par exemple que le taux d’acides gras trans dans les aliments français contenant de l’huile hydrogénée pouvait grandement varier pour un même produit d’une marque à l’autre. Ainsi, en 1999, certaines céréales contenaient 2 % de trans lorsque d’autres atteignaient un taux de 52,1 % ! Et le même genre d’écarts se constatait dans le pain, les viennoiseries, les pâtes à pizza, les crackers, les gâteaux, les soupes déshydratées…

On découvrait aussi que, dans des proportions inverses à celles des États-Unis, la première source d’acides gras trans s’avérait de source naturelle, provenant à 60 %, des produits laitiers et de la consommation de viande rouge.

Corroborant les craintes de Willett, l’AFSSA précisait en outre que les trans fat avaient dorénavant gagné l’ensemble de l’alimentation européenne. Et que si la France se trouvait au niveau de l’Allemagne, les Pays-Bas étaient le premier pays consommateur et l’Espagne et l’Italie les derniers.

Bien évidemment, l’AFSSA confirmait leur toxicité : « L’état actuel des connaissances nous enseigne que la consommation des acides gras trans à des niveaux qui dépassent 2 % de l’apport énergétique total est associée à une augmentation significative des risques de maladies cardio-vasculaires ».

Pourtant, l’intérêt du rapport résidait ailleurs. Et concernait directement nos enfants.

Si, en France, la consommation des trans représente en moyenne 3 % des apports lipidiques et 1,3 % de l’apport énergétique total (noté AET), certaines catégories de consommateurs en absorbent beaucoup plus. Ainsi « pour les forts consommateurs de matières grasses (définis ici comme les 5 % de la population ayant la plus forte consommation), les apports en poids sont doublés : pour le sexe masculin ils sont proches de 6 g/j, pour le sexe féminin de 5 g/j (soit 2 % des AET) ». Et d’ajouter : « La tranche d’âge la plus consommatrice est celle des garçons de douze-quatorze ans avec une moyenne de 3,5 g/j et des forts consommateurs à un niveau d’apport de presque 8 g/j, soit 2,5 % de l’AET ».

En somme des adolescents qui, sans que nous ne nous en soyons rendu compte, ont réussi l’impensable : devenir malgré eux de petits citoyens américains, puisque l’AFSSA précisait que ces valeurs correspondaient aux « niveaux moyens de consommation évalués aux États- Unis ».

Et quand l’AFSSA élargit son échantillon démographique à l’ensemble des garçons entre trois et quatorze ans,elle dévoila un pourcentage qui dépassait celui « associé à une augmentation significative des risques de maladies cardio-vasculaires » !

Les principaux coupables ? Les huiles partiellement hydrogénées utilisées par l’industrie agroalimentaire dans les produits destinés aux enfants et aux adolescents. L’AFSSA précisait même que « les produits de panification industrielle, viennoiseries industrielles et biscuits, sont placés en seconde position parmi les aliments contributeurs : ils apportent […] près de 30 % » des trans totaux chez l’enfant.

Voilà qui est effrayant. Car ce rapport dessinait, il y a presque deux ans, une tendance réellement inquiétante. Celle d’une jeunesse française qui avait rattrapé les habitudes de consommation du Fat Land, ce pays où l’huile partiellement hydrogénée constitue un facteur d’obésité, de maladies cardio-vasculaires et de cancer. Ce pays où le trans tue entre 30 000 et 100 000 personnes par an.

Il ne restait donc plus qu’à se précipiter sur les recommandations concluant ce rapport alarmant… et à constater comment l’industrie agroalimentaire avait remporté une nouvelle victoire.

La suite ………….(navrante)..demain.

 

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Extrait de Toxic, le livre détonnant de William REYMOND :

« En 1994, l’étude de Walter Willett débutait par une présentation historique des acides trans gras. Où le chercheur remarquait que la « consommation d’huile partiellement hydrogénée avait énormément augmenté aux États-Unis » durant la deuxième moitié du XXe siècle. Il notait même – nous étions en 1994, rappelons-le – l’émergence d’une tendance inquiétante : « Les pays du tiers-monde connaissent actuellement une augmentation importante de l’utilisation d’huile partiellement hydrogénée […] En Inde, par exemple, une matière grasse d’origine végétale contenant 60% de trans est utilisée. […] Ces produits [sont même] devenus des ingrédients basiques de la nourriture ». Or que sait-on douze ans plus tard ? Que New Delhi connaît un taux record de crises cardiaques chez les moins de cinquante ans.

L’acide trans gras n’a pas seulement gagné le tiers- monde. Il s’est également imposé dans l’alimentation européenne.

Dans l’édition 2006 du guide Savoir manger, les docteurs Cohen et Serog notent à plusieurs reprises la présence accrue d’huile partiellement hydrogénée dans les biscuits, les pâtisseries et les pâtes à tartiner vendus en France. Ils dénoncent également le soi-disant recours bénéfique des fast-foods à l’huile de colza, en expliquant que « cette huile est hydrogénée et contient beaucoup de ces acides gras trans qui augmentent le taux de mauvais cholestérol et diminuent le taux de bon cholestérol sanguin ». À leur énumération inquiétante, il convient hélas d’ajouter d’autres produits comme les barres chocolatées, ainsi que la majorité des plats préparés, tous fortement soutenus commercialement par des campagnes publicitaires.

En fait, seuls le Danemark et le Canada paraissent avoir pris la mesure du risque. Ainsi, en 2003, le Danemark a été le premier pays à bannir l’usage de l’huile partiellement hydrogénée. Une restriction qui ne touche pas les acides gras trans issus des produits laitiers, même si le gouvernement local recommande plutôt la consommation de lait écrémé ou demi-écrémé. Hélas, malgré les tentatives de Copenhague d’obtenir l’adhésion des autres pays de l’Union à sa politique anti-trans, l’Europe ne suit pas.

En 2004, dix ans après Willett, l’Autorité européenne de sécurité des aliments émettait en effet un avis où, si elle confirmait le risque, on se contentait de recommander une baisse individuelle de la consommation.

Cette mollesse est particulièrement révoltante.

À quoi tient-elle ? Pour partie, aux pressions exercées sur les organismes de régulation, aussi bien par les politiques que les industriels. L’exemple de l’OMS est, à ce sujet, frappant. Depuis des années, l’Organisation tente de placer l’élimination des huiles partiellement hydrogénées dans le Codex. Le Codex, créé en 1963 par l’OMS et le FAO, « élabore des normes alimentaires, des lignes directrices et d’autres textes » utilisés par plus de cent cinquante pays dont les États-Unis. Mais, à cause de la Maison-Blanche, cette recommandation n’arrive pas à passer. En janvier 2004, le secrétaire à la Santé, Tommy Thompson, avait même fait le voyage à Genève, siège de l’OMS, en compagnie de représentants de l’industrie américaine, pour s’assurer que l’on ne restreigne pas les activités commerciales du secteur. À la place, le gouvernement américain préfère mettre en avant – quelle surprise ! – la nécessité d’une plus grande… responsabilité individuelle. Sensible aux « encouragements amicaux », l’OMS a donc cédé. Comme en 2003 quand l’industrie du sucre l’avait menacée de demander au Congrès américain de limiter son apport financier si elle « n’adoucissait » pas son texte sur la responsabilité du sucre dans la crise d’obésité.

Le pire, c’est que l’Europe s’aligne sur les réserves a minima et sur l’argument fallacieux des indispensables efforts de… chacun.

En effet, douze ans après Willett, la seule mesure appliquée concerne une disposition hypocrite sur l’étiquetage. Désormais le taux de trans fat est indiqué sur les produits, concession lâchée du bout de lèvres par les lobbies de la malbouffe.

Si la présence de trans fat est inférieure à 0,5 gramme, le produit peut porter la mention sans acides trans gras. Le problème – comme au Canada où la limitation s’entend pour 0,2 g – c’est que cette limitation s’entend par portion. Un paquet de biscuits contient plusieurs portions. Sans le savoir, un consommateur peut donc augmenter dangereusement sa consommation d’huile partiellement hydrogénée.

Les méthodes de l’industrie agroalimentaire made in USA ne m’étonnaient guère. Après tout, elles expliquaient l’immobilisme des autorités de ce pays, ce refus d’agir qui, d’après l’hypothèse la plus conservatrice de Willett, a, depuis 1994, entraîné la mort de 360 000 Américains, qui, si l’on calcule en partant du chiffre de 100 000 victimes par an, révèle que l’acide gras trans a tué plus d’un million de personnes entre 1994 et 2006. Bien plus que ce qu’Oussama Ben Laden ne fera jamais. Soit. Mais pour moi, le plus surprenant ne venait pas des États-Unis, mais de l’autre côté de l’Atlantique. De la France. »

La suite ………. demain.

 

 

 

 

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