traduction du site en :

Evénements

Février  2018
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
   
  1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28  

Extrait de Toxic Food, le livre de William Reymond :

« En somme, peut-être sans s’en rendre compte, en présentant sous ses labels et caution des informations « sponsorisées » par un industriel devant une assistance constituée principalement de médecins et journalistes, le CRÉDOC avait favorisé le mélange des genres et, in fine, trompé le consommateur.

Il faut s’interroger aussi sur le sens donné par Coca-Cola France au terme « financement ». À en croire la représentante du groupe, la Compagnie s’est bornée à acheter une partie des résultats d’une enquête scientifique du CRÉDOC.

En réalité, comme me l’a indiqué France Bellisle, caution scientifique de la présentation :

« La société Coca-Cola n’a pas participé à l’acquisition ni au traitement des données. Cependant, elle a ajouté des questions et suggéré d’étudier des aspects spécifiques de la prise de boisson, par exemple la consommation de boissons sucrées à différents âges de la vie. »

Du simple financement de l’exploitation de l’enquête du CRÉDOC, nous venions donc de passer à l’ajout de questions et à la suggestion d’aspects spécifiques.

Mieux, Coca-Cola s’investit aussi beaucoup dans la préparation de la conférence publique. France Bellisle, remarquant en prologue à ses réponses que mes « questions portaient spécifiquement sur les conflits d’intérêt » qu’elle aurait pu avoir, m’expliqua en effet avoir « travaillé ensemble avec Coca pour préparer la conférence. Plusieurs réunions de préparation ont été nécessaires. Il a fallu s’entendre sur la présentation des données et préparer des diapos susceptibles d’être comprises. Ce travail n’est pas différent qu’il y ait ou non contribution d’un partenaire industriel. »

De toute évidence, le rôle joué par le géant de la boisson à bulles dépasse largement celui du simple financement. Et impose de répondre à une autre interrogation : en suggérant des questions, en orientant l’étude vers certains aspects scientifiques, la compagnie Coca-Cola s’assurait- elle que le produit fini – l’enquête du CRÉDOC – servirait ses objectifs commerciaux ?

Pour tout dire, si la présence de Coca-Cola France aux côtés de médecins et d’un organisme financé par des fonds publics peut étonner, elle est conforme à la stratégie mondiale adoptée par le géant américain.

Ainsi, et cela vous a peut-être échappé, depuis bientôt cinq ans Coca-Cola n’est plus un fabricant de boisson saturée en sucre – et donc responsable de la pandémie d’obésité – mais un spécialiste de l’hydratation !

Un positionnement martelé dans chaque discours interne, sur l’emballage de ses produits vendus aux États-Unis, et même sur Internet où, désormais, la marque propose de « découvrir plus de 80 moyens de s’hydrater », dont la majorité consiste à consommer des produits de sa vaste gamme.

Ce nouveau positionnement répond à deux tendances. D’abord l’appétit du consommateur envers des produits considérés « bons pour la santé » et, surtout, la volonté de la marque de ne pas être montrée du doigt quand on évoque la crise mondiale d’obésité.

La défense de l’hydratation relève donc du vertueux cache-sexe.

Une excuse d’autant plus spécieuse que, comme le rappellent les chercheurs de l’université de Clemson, en plus de son absence de valeur nutritionnelle et de sa teneur en sucre, un soda contient souvent de la caféine. Qui n’est autre qu’un diurétique entraînant, via l’urine, une perte de fluides et donc la… déshydratation !

Que Coca-Cola souhaite que les Français boivent plus et pas uniquement de l’eau est dans l’ordre des choses.

Que le CRÉDOC serve de tremplin à ce genre de message semble plus étonnant, même si l’organisme n’a jamais caché travailler « contractuellement pour des entreprises privées ».

Mais le plus gênant réside dans le fait que des scientifiques renommés servent de caution au message publicitaire d’une multinationale.

Prenons le cas de France Bellisle, qui est, comme je l’ai déjà précisé, directrice de recherche à l’INRA et nutritionniste reconnue mondialement. Son rôle dans la présentation de « l’enquête » du CRÉDOC ayant été largement évoqué plus haut, il ne s’agit pas de remettre en cause ici ses qualités professionnelles, mais de constater qu’elle ne semble pas effrayée par la présence grandissante de l’industrie agroalimentaire dans les coulisses de la médecine et de la recherche.

Mieux, révélant un point qui n’a jamais été mis en avant lors de la conférence de presse au MEDEC – et donc jamais reproduit dans la presse -, la scientifique m’a confié n’avoir pas été engagée sur ce projet par le CRÉDOC mais par… Coca-Cola. « Mon travail de recherche porte le plus souvent sur la prise alimentaire humaine, écrivit-elle. C’est à ce titre que Coca-Cola, qui souhaitait avoir de l’information sur les consommations de boissons, a fait appel à moi, en complément de l’équipe d’experts du CRÉDOC. »

Un point confirmé par Coca-Cola France : « Nous avons demandé au docteur France Bellisle, compte tenu de son expertise dans le comportement alimentaire, de participer à la réflexion et à l’interprétation des données CRÉDOC en collaboration avec les experts du CRÉDOC qui avaient mené l’étude. »

Soit. Mais les relations nouées par France Bellisle avec le milieu industriel ne s’arrêtent pas là. Ainsi, en plus de ses activités à l’INRA, ce médecin est la présidente du Comité de communication de l’Institut français (IFN), « interface entre les milieux scientifiques et ceux de la production agroalimentaire », créé en 1974 par deux professeurs « et plusieurs industriels ».

Une activité non rémunérée qui donne tout loisir d’échanger avec les géants de la toxic food.

Ainsi le comité présidé par France Bellisle accueille huit scientifiques mais également des représentants de Nestlé, Danone, Kellogg’s et… Coca-Cola.

L’IFN n’est pas la seule association fréquentée par la directrice de recherche à l’INRA. On la retrouve par exemple au sein du Conseil européen de l’information sur l’alimentation (EUFIC), une « organisation à but non lucratif qui fournit aux médias, aux professionnels de la santé et de la nutrition, aux enseignants et aux leaders d’opinion, des informations sur la sécurité sanitaire et la qualité des aliments ainsi que sur la santé et la nutrition s’appuyant sur des recherches scientifiques en veillant à ce que ces informations puissent être comprises par les consommateurs ».

En clair ? Un groupe qui reformate les informations scientifiques pour les rendre accessibles au plus grand nombre.

Là, France Bellisle siège au Conseil consultatif scientifique avec d’autres grands noms européens de la recherche.

Tout cela pourrait être acceptable si, parmi les articles du site de l’EUFIC, ne se glissaient pas certaines perles comme « le chewing-gum contrôle l’appétit » ou « le grignotage, une tendance forte pouvant jouer un rôle bénéfique pour votre santé ». Des articles donnant une sérieuse indication sur la manière dont l’organisme veille « à ce que ces informations puissent être comprises par les consommateurs ».

En fait, pour comprendre la motivation de l’EUFIC, il faut regarder du côté de ses soutiens financiers.

Une liste que l’on dirait sortie de l’édition annuelle du classement Forbes des plus grandes entreprises qui comptent. Ainsi, le groupe est « cofinancé par la Commission européenne et l’industrie européenne des aliments et des boissons. L’EUFIC est dirigé par un conseil d’administration dont les membres sont élus par des sociétés membres. L’EUFIC compte actuellement les membres suivants : Barilla, Cargill, Coca-Cola HBC, Coca-Cola, DSM Nutritional Products Europe Ltd., Ferrero, Groupe Danone, Kraft Foods, Masterfoods, McCormick Foods, McDonald’s, Nestlé, Novozymes, PepsiCo, Pfizer Animal Health, Procter & Gamble, Südzucker, Unilever et Yakult. »

On comprend mieux pourquoi, dans la déclaration de transparence signée par l’ensemble de ses membres, l’EUFIC tient à préciser : « L’EUFIC n’agit pas en tant que porte-parole de l’industrie et ne souhaite pas être perçu comme tel. »

L’EUFIC, l’IFN… On retrouve souvent France Bellisle là où les géants de l’agroalimentaire se trouvent.

Une proximité épinglée, aux États-Unis, par l’association de consommateurs CSPI dans le cadre du programme « Integrity in Science », intégrité en science.

Il y a un an, le groupe révélait qu’une synthèse bibliographique cosignée par France Bellisle et publiée par The American Journal of Clinical Nutrition (AJCN) avait « négligé de révéler les liens financiers unissant les deux auteurs et l’industrie de la boisson».

Le CSIP expliquait par exemple que France Bellisle siégeait au sein de Yadvisory board de McDonald’s.

Si l’AJCN avait oublié de préciser les relations de la chercheuse avec le roi du fast-food – et pour le coup, l’un des plus gros vendeurs mondiaux de boissons du groupe Coca-Cola -, le journal scientifique recelait une autre information intéressante. Listant les sources de financement des travaux co-réalisés par Bellisle, l’ACJN nota la présence de The American Beverage Association, groupe spécialisé dans le lobby dont les membres principaux sont… Pepsi-Cola et Coca-Cola. Il va sans dire que les recherches en question dédouanaient de toute responsabilité les boissons sucrées dans l’augmentation des cas d’obésité ! Une étude qui, selon le CSIP, allait en sens contraire à la majorité des publications et recherches sur le sujet.

Bouclant la boucle, c’est bien cette chercheuse émérite que l’on retrouve derrière les lignes de France Soir – « contrairement à ce que l’on pour-rait penser, les boissons rafraîchissantes sans alcool, en particulier les sodas, contribuent peu aux apports caloriques, et, toujours selon l’étude, il n’y aurait pas de corrélation entre ces boissons et la prise de poids » – et les « conseils » d’hydra¬tation mis en avant devant un parterre de méde¬cins et sous l’égide du CREDOC lors de la conférence du 20 mars 2008 à Paris.

Une fois encore, il ne s’agit pas ici de pointer spécifiquement le comportement d’un scientifique ou d’une compagnie mais d’illustrer un système de contrôle de l’opinion. Dont les barons de la toxic food sont, aujourd’hui, les premiers bénéficiaires.

L’ironie de l’histoire est que, pendant que la presse française reprenait comme un seul homme les conclusions sponsorisées par Coca- Cola, le New York Times levait, lui, un énorme lièvre illustrant l’infiltration des industriels dans le monde de la recherche. Et, par là, confirmait le succès des méthodes inventées par John Hill.

Le quotidien revenait sur un article publié en octobre 2006 dans le New England Journal of Medecine. Où le docteur Claudia Henschke, une sommité, affirmait que 80 % des décès liés au cancer des poumons étaient évitables par un recours plus large aux scanners. Après des années de mise en accusation, les industriels du tabac pouvaient donc esquisser un sourire. Sauf que, derrière les conclusions de la scientifique, le Times découvrit dans les sponsors de l’article la présence de la Foundation for Lung Cancer: Early Detection, Prevention & Treatment.

Une association dont les 3,6 millions de dollars de budget ont, ces trois dernières années, été entièrement financés par un fabricant de… cigarettes.

Là encore, la boucle était bouclée.

Articles en rapport

  • Pas d'article en relation

Extrait de Toxic Food, le livre de William REYMOND :

 » Créé il y a plus de cinquante ans, le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CRÉDOC), directement placé sous la tutelle du ministre chargé de la Consommation et du Commerce, étudie depuis 1978 les modes de vie de la société française.

Grâce à une constante subvention de l’État, le CRÉDOC a ainsi publié plus de trois mille enquêtes qui, à en croire le vocable de sa propre présentation, constituent une « garantie de professionnalisme, […] d’impartialité et d’indépendance de ses conclusions ».

Dernier exemple en date, le jeudi 19 mars, avec la « Présentation pour la première fois des résultats de l’enquête CRÉDOC sur le comportement et la consommation de boissons en France ».

Tenue dans le cadre du MEDEC, le congrès annuel de la médecine générale, la conférence de presse liée à cette étude, tenue devant un parterre de médecins et de journalistes spécialisés, a suscité un nombre important de reprises dans l’ensemble des médias francophones.

Qui, comme un seul homme, ont colporté les conclusions du rapport et informé l’opinion que « les Français ne s’hydratent pas assez sous quelque forme que ce soit ».

Une carence, put-on lire dans Le Point, aux effets tragiques : « Une mauvaise hydratation entraîne une baisse des performances physiques et intellectuelles, des maux de tête et des problèmes tels que des infections urinaires, des calculs rénaux ou de l’hypertension artérielle. »

L’étude du CRÉDOC allait plus loin en suggérant des conseils de consommation. Ce qu’un article de Destination Santé, repris en page d’accueil de Yahoo Actualités, résuma par « Buvez, buvez de l’eau… mais pas seulement. » Le site Internet n’avait pourtant pas improvisé ce titre-là. Car il reprenait en fait un point développé lors de la conférence de presse par le docteur France Bellisle, directrice de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et spécialiste de la nutrition : « Variez vos boissons, il est plus facile d’atteindre la norme recommandée. »

Si, parmi les produits cités par France Bellisle, figuraient les boissons lactées et chaudes telles que le thé ou le café, le plus étonnant fut de voir apparaître la recommandation de consommer des… sodas.

Je n’ai pas assisté à la conférence de presse du docteur Bellisle, mais j’imagine que ce point a été énoncé avec suffisamment de clarté pour accrocher l’attention des médias. Du reste, un article publié par France Soir le lendemain de la présentation du CRÉDOC affirma que « contrairement à ce que l’on pourrait penser, les boissons rafraîchissantes sans alcool, en particulier les sodas, contribuent peu aux apports caloriques » et ajoute que « toujours selon l’étude, il n’y aurait pas de corrélation entre ces boissons et la prise de poids. Encore un résultat qui en fera déculpabiliser plus d’un. »

Déculpabiliser ou bondir…

Ainsi, pour résumer des conclusions présentées sous l’égide d’un organisme public alors que la crise d’obésité devient chaque jour un problème majeur de santé publique, des nutritionnistes recommandaient la consommation de sodas, conseillaient « aux parents de ne pas diaboliser le sucre » et disaient « réservons les boissons avec édulcorants aux enfants qui ont de vrais problèmes de poids ». Des conseils que de nombreux médias avaient reproduits sans réserve.

Voilà qui, selon moi, méritait une sérieuse explication de texte.

Le premier indice troublant – et de taille – figure dans le coupon-réponse de l’invitation à assister à la présentation de l’enquête du CRÉDOC. On y découvre en effet que la conférence de presse du CRÉDOC est en réalité un événement organisé conjointement par l’organisme public, le MEDEC et… Coca-Cola France.

Oui, Coca-Cola.

Mieux, ce sont les coordonnées de Florence Paris, directrice de la communication corporate de la branche française du géant d’Atlanta, qui apparaissent sous la mention « contact presse ». Ainsi, un journaliste désireux de recevoir par courrier ou e-mail le dossier de presse intitulé « Que boivent les Français ? » doit-il en faire la demande auprès des services de communication de Coca-Cola France.

Dès lors, tout cela devient un peu plus clair.

La présence du fabriquant de sodas aux manettes de cette opération ressemblant de plus en plus à un coup de com’ me permit enfin de comprendre pourquoi, en plus des effrayants – et accrocheurs – détours par les questions du genre « Les Français boivent-ils suffisamment ? », « Pourquoi l’hydratation est-elle importante pour la santé ? », la conférence du CREDOC se proposait aussi d’ouvrir un chapitre sur « Les boissons rafraîchissantes sans alcool : en pratique, hydratation et plaisir » !

Ceci dit, une fois encore tout cela pouvait être le fruit d’une coïncidence. Aussi, afin d’en avoir le cœur net, le 8 avril 2008, je contactai Florence Paris. »

 

Disons-le d’emblée, alors qu’elle connaissait sans aucun doute mon enquête sur les coulisses de sa Compagnie, Florence Paris a courtoisement et rapidement répondu à mes questions. Une qualité à saluer quand on sait que, a contrario, le département consommation du CRÉDOC s’est muré dans le mutisme.

Dans sa réponse survenue deux jours après ma demande, Florence Paris écrivit clairement que « Coca-Cola France, en 2007, [avait] demandé au CRÉDOC les résultats spécifiques sur la consommation de boissons et en [avait] financé l’exploitation comme couramment pratiqué par le CRÉDOC ».

En quelques mots, la directrice de la communication corporate de Coca-Cola France me confirmait donc non seulement l’implication de la Compagnie dans l’événement présenté au MEDEC mais surtout l’existence, en France, d’une pratique que je pensais cantonnée aux États-Unis.

La suite ………….demain.

En somme, peut-être sans s’en rendre compte, en présentant sous ses labels et caution des informations « sponsorisées » par un industriel devant une assistance constituée principalement de médecins et journalistes, le CRÉDOC avait favorisé le mélange des genres et, in fine, trompé le consommateur.

Il faut s’interroger aussi sur le sens donné par Coca-Cola France au terme « financement ». À en croire la représentante du groupe, la Compagnie s’est bornée à acheter une partie des résultats d’une enquête scientifique du CRÉDOC.

En réalité, comme me l’a indiqué France Bellisle, caution scientifique de la présentation :

« La société Coca-Cola n’a pas participé à l’acquisition ni au traitement des données. Cependant, elle a ajouté des questions et suggéré d’étudier des aspects spécifiques de la prise de boisson, par exemple la consommation de boissons sucrées à différents âges de la vie. »

Du simple financement de l’exploitation de l’enquête du CRÉDOC, nous venions donc de passer à l’ajout de questions et à la suggestion d’aspects spécifiques.

Mieux, Coca-Cola s’investit aussi beaucoup dans la préparation de la conférence publique. France Bellisle, remarquant en prologue à ses réponses que mes « questions portaient spécifiquement sur les conflits d’intérêt » qu’elle aurait pu avoir, m’expliqua en effet avoir « travaillé ensemble avec Coca pour préparer la conférence. Plusieurs réunions de préparation ont été nécessaires. Il a fallu s’entendre sur la présentation des données et préparer des diapos susceptibles d’être comprises. Ce travail n’est pas différent qu’il y ait ou non contribution d’un partenaire industriel. »

De toute évidence, le rôle joué par le géant de la boisson à bulles dépasse largement celui du simple financement. Et impose de répondre à une autre interrogation : en suggérant des questions, en orientant l’étude vers certains aspects scientifiques, la compagnie Coca-Cola s’assurait- elle que le produit fini – l’enquête du CRÉDOC – servirait ses objectifs commerciaux ?

Pour tout dire, si la présence de Coca-Cola France aux côtés de médecins et d’un organisme financé par des fonds publics peut étonner, elle est conforme à la stratégie mondiale adoptée par le géant américain.

Ainsi, et cela vous a peut-être échappé, depuis bientôt cinq ans Coca-Cola n’est plus un fabricant de boisson saturée en sucre – et donc responsable de la pandémie d’obésité – mais un spécialiste de l’hydratation !

Un positionnement martelé dans chaque discours interne, sur l’emballage de ses produits vendus aux États-Unis, et même sur Internet où, désormais, la marque propose de « découvrir plus de 80 moyens de s’hydrater », dont la majorité consiste à consommer des produits de sa vaste gamme.

Ce nouveau positionnement répond à deux tendances. D’abord l’appétit du consommateur envers des produits considérés « bons pour la santé » et, surtout, la volonté de la marque de ne pas être montrée du doigt quand on évoque la crise mondiale d’obésité.

La défense de l’hydratation relève donc du vertueux cache-sexe.

Une excuse d’autant plus spécieuse que, comme le rappellent les chercheurs de l’université de Clemson, en plus de son absence de valeur nutritionnelle et de sa teneur en sucre, un soda contient souvent de la caféine. Qui n’est autre qu’un diurétique entraînant, via l’urine, une perte de fluides et donc la… déshydratation !

Que Coca-Cola souhaite que les Français boivent plus et pas uniquement de l’eau est dans l’ordre des choses.

Que le CRÉDOC serve de tremplin à ce genre de message semble plus étonnant, même si l’organisme n’a jamais caché travailler « contractuellement pour des entreprises privées ».

Mais le plus gênant réside dans le fait que des scientifiques renommés servent de caution au message publicitaire d’une multinationale.

Prenons le cas de France Bellisle, qui est, comme je l’ai déjà précisé, directrice de recherche à l’INRA et nutritionniste reconnue mondialement. Son rôle dans la présentation de « l’enquête » du CRÉDOC ayant été largement évoqué plus haut, il ne s’agit pas de remettre en cause ici ses qualités professionnelles, mais de constater qu’elle ne semble pas effrayée par la présence grandissante de l’industrie agroalimentaire dans les coulisses de la médecine et de la recherche.

Mieux, révélant un point qui n’a jamais été mis en avant lors de la conférence de presse au MEDEC – et donc jamais reproduit dans la presse -, la scientifique m’a confié n’avoir pas été engagée sur ce projet par le CRÉDOC mais par… Coca-Cola. « Mon travail de recherche porte le plus souvent sur la prise alimentaire humaine, écrivit-elle. C’est à ce titre que Coca-Cola, qui souhaitait avoir de l’information sur les consommations de boissons, a fait appel à moi, en complément de l’équipe d’experts du CRÉDOC. »

Un point confirmé par Coca-Cola France : « Nous avons demandé au docteur France Bellisle, compte tenu de son expertise dans le comportement alimentaire, de participer à la réflexion et à l’interprétation des données CRÉDOC en collaboration avec les experts du CRÉDOC qui avaient mené l’étude. »

Soit. Mais les relations nouées par France Bellisle avec le milieu industriel ne s’arrêtent pas là. Ainsi, en plus de ses activités à l’INRA, ce médecin est la présidente du Comité de communication de l’Institut français (IFN), « interface entre les milieux scientifiques et ceux de la production agroalimentaire », créé en 1974 par deux professeurs « et plusieurs industriels ».

Une activité non rémunérée qui donne tout loisir d’échanger avec les géants de la toxic food.

Ainsi le comité présidé par France Bellisle accueille huit scientifiques mais également des représentants de Nestlé, Danone, Kellogg’s et… Coca-Cola.

L’IFN n’est pas la seule association fréquentée par la directrice de recherche à l’INRA. On la retrouve par exemple au sein du Conseil européen de l’information sur l’alimentation (EUFIC), une « organisation à but non lucratif qui fournit aux médias, aux professionnels de la santé et de la nutrition, aux enseignants et aux leaders d’opinion, des informations sur la sécurité sanitaire et la qualité des aliments ainsi que sur la santé et la nutrition s’appuyant sur des recherches scientifiques en veillant à ce que ces informations puissent être comprises par les consommateurs ».

En clair ? Un groupe qui reformate les informations scientifiques pour les rendre accessibles au plus grand nombre.

Là, France Bellisle siège au Conseil consultatif scientifique avec d’autres grands noms européens de la recherche.

Tout cela pourrait être acceptable si, parmi les articles du site de l’EUFIC, ne se glissaient pas certaines perles comme « le chewing-gum contrôle l’appétit » ou « le grignotage, une tendance forte pouvant jouer un rôle bénéfique pour votre santé ». Des articles donnant une sérieuse indication sur la manière dont l’organisme veille « à ce que ces informations puissent être comprises par les consommateurs ».

En fait, pour comprendre la motivation de l’EUFIC, il faut regarder du côté de ses soutiens financiers.

Une liste que l’on dirait sortie de l’édition annuelle du classement Forbes des plus grandes entreprises qui comptent. Ainsi, le groupe est « cofinancé par la Commission européenne et l’industrie européenne des aliments et des boissons. L’EUFIC est dirigé par un conseil d’administration dont les membres sont élus par des sociétés membres. L’EUFIC compte actuellement les membres suivants : Barilla, Cargill, Coca-Cola HBC, Coca-Cola, DSM Nutritional Products Europe Ltd., Ferrero, Groupe Danone, Kraft Foods, Masterfoods, McCormick Foods, McDonald’s, Nestlé, Novozymes, PepsiCo, Pfizer Animal Health, Procter & Gamble, Südzucker, Unilever et Yakult. »

On comprend mieux pourquoi, dans la déclaration de transparence signée par l’ensemble de ses membres, l’EUFIC tient à préciser : « L’EUFIC n’agit pas en tant que porte-parole de l’industrie et ne souhaite pas être perçu comme tel. »

L’EUFIC, l’IFN… On retrouve souvent France Bellisle là où les géants de l’agroalimentaire se trouvent.

Une proximité épinglée, aux États-Unis, par l’association de consommateurs CSPI dans le cadre du programme « Integrity in Science », intégrité en science.

Il y a un an, le groupe révélait qu’une synthèse bibliographique cosignée par France Bellisle et publiée par The American Journal of Clinical Nutrition (AJCN) avait « négligé de révéler les liens financiers unissant les deux auteurs et l’industrie de la boisson».

Le CSIP expliquait par exemple que France Bellisle siégeait au sein de Yadvisory board de McDonald’s.

Si l’AJCN avait oublié de préciser les relations de la chercheuse avec le roi du fast-food – et pour le coup, l’un des plus gros vendeurs mondiaux de boissons du groupe Coca-Cola -, le journal scientifique recelait une autre information intéressante. Listant les sources de financement des travaux co-réalisés par Bellisle, l’ACJN nota la présence de The American Beverage Association, groupe spécialisé dans le lobby dont les membres principaux sont… Pepsi-Cola et Coca-Cola. Il va sans dire que les recherches en question dédouanaient de toute responsabilité les boissons sucrées dans l’augmentation des cas d’obésité ! Une étude qui, selon le CSIP, allait en sens contraire à la majorité des publications et recherches sur le sujet.

Bouclant la boucle, c’est bien cette chercheuse émérite que l’on retrouve derrière les lignes de France Soir – « contrairement à ce que l’on pour-rait penser, les boissons rafraîchissantes sans alcool, en particulier les sodas, contribuent peu aux apports caloriques, et, toujours selon l’étude, il n’y aurait pas de corrélation entre ces boissons et la prise de poids » – et les « conseils » d’hydra¬tation mis en avant devant un parterre de méde¬cins et sous l’égide du CREDOC lors de la conférence du 20 mars 2008 à Paris.

Une fois encore, il ne s’agit pas ici de pointer spécifiquement le comportement d’un scientifique ou d’une compagnie mais d’illustrer un système de contrôle de l’opinion. Dont les barons de la toxic food sont, aujourd’hui, les premiers bénéficiaires.

L’ironie de l’histoire est que, pendant que la presse française reprenait comme un seul homme les conclusions sponsorisées par Coca- Cola, le New York Times levait, lui, un énorme lièvre illustrant l’infiltration des industriels dans le monde de la recherche. Et, par là, confirmait le succès des méthodes inventées par John Hill.

Le quotidien revenait sur un article publié en octobre 2006 dans le New England Journal of Medecine. Où le docteur Claudia Henschke, une sommité, affirmait que 80 % des décès liés au cancer des poumons étaient évitables par un recours plus large aux scanners. Après des années de mise en accusation, les industriels du tabac pouvaient donc esquisser un sourire. Sauf que, derrière les conclusions de la scientifique, le Times découvrit dans les sponsors de l’article la présence de la Foundation for Lung Cancer: Early Detection, Prevention & Treatment.

Une association dont les 3,6 millions de dollars de budget ont, ces trois dernières années, été entièrement financés par un fabricant de… cigarettes.

Là encore, la boucle était bouclée.

Articles en rapport

  • Pas d'article en relation

Extrait de Toxic Food, le live enquête passionnant de Willam Reymond :

 » Avant d’aborder le second axe de la stratégie du doute mise en avant par les titans de la nouvelle malbouffe, il convient de s’arrêter sur un aspect encore plus sournois de la première étape de confusion.

Nous l’avons vu, avant l’opinion publique, ce sont les médecins et les scientifiques que ciblent les cerveaux de la communication d’entreprise. Puis, arrivent les médias.

Or, lorsqu’on touche à un sujet aussi inflammable que l’alimentation, ils se déchaînent.

Dans le cas précis de l’acrylamide, Margareta Tômqvist remarqua que lorsqu’elle avait prouvé combien la substance avait été toxique pour les ouvriers du tunnel ferroviaire, personne n’avait bronché ni trouvé quoi que ce soit à en redire. Mais quand elle alla plus loin et accusa le processus de cuisson des frites et des chips, une véritable tempête médiatique s’éleva. Avec torrent d’articles et émissions remettant en question ses travaux et même son intégrité, voir sa probité.

Dans l’article publié en juin 2003 par le Journal of National Cancer Institute, la scientifique expliqua, par exemple, que, bien souvent, les recherches favorables à l’acrylamide étaient entreprises sur des quantités consommées inférieures à celles ingérées par un être humain au long de son existence. Une précision essentielle rarement reprise par les médias.

Cette remarque est capitale. Pourquoi, en effet, les journalistes ne notaient-ils pas cette faille dans les travaux des adversaires ?

Je sais que certains confrères ne me le pardonneront sans doute pas, mais il faut bien avouer que, par manque de temps, de connaissances, de moyens ou peut-être simplement de curiosité, la presse se contente souvent des informations prémâchées contenues dans un communiqué sans en vérifier la totale validité. C’est ce qui, vraisemblablement, se produisit sur ce point. Mieux valait reproduire les conclusions positives savamment résumées, que plonger dans les études et dénicher cette faiblesse.

En vérité, ce côté « moutonnier » n’est pas récent. Dans son mémorandum de 1968 adressé à l’industrie du tabac, Cari Thompson, expliquant les recettes d’un communiqué de presse réussi – c’est-à-dire reproduit dans les journaux et favorables à un client -, conseillait de toujours débuter ce texte par son aspect le plus important. Le plus favorable même à la thèse défendue. Et conseillait cyniquement, en cas de reproduction de recherches scientifiques, d’ouvrir le communiqué sur l’info « la plus importante pour l’industrie du tabac même si ce n’est pas la plus essentielle aux yeux de l’auteur des travaux ». En clair, cela signifiait que même si le but d’une étude n’était pas de prouver l’absence de relation entre la cigarette et le cancer du poumon, un bon communiqué se devait de réussir à le faire croire.

Et les bons communiqués de ses adversaires, dans le cas de Margareta Tômqvist, furent très bons.

Il est à noter aussi que, de plus en plus fréquemment, les industriels financent leurs propres recherches, y compris universitaires. Un phénomène, on le sait, qui entraîne souvent la publication de conclusions favorables aux intérêts de ces clients.

Mais, entre les études indépendantes et celles entièrement réglées par des entreprises, il existe une autre forme d’enquête bien plus dangereuse car mêlant noms prestigieux, organismes publics et intérêts privés. Un cocktail détonant dont la victime principale est la presse et celle, collatérale, le consommateur.

La suite ………….demain

 

 

 

Articles en rapport

  • Pas d'article en relation

Extrait de Toxic Food, le livre de William Reymond :

 » Le doute se nourrit de la confusion.

Et représente le premier étage de l’entreprise de désinformation érigée par les géants de la nouvelle malbouffe pour déstabiliser leurs adversaires.

Comme, hier, avec les cigarettiers.

Dans un autre mémorandum, toujours rédigé par les experts en communication du cabinet Hill & Knowlton à destination de William Kloepfer, président du Tobacco Institute, Carl Thompson avait élaboré des cibles à viser pour retourner l’opinion.

Le premier groupe, bien avant les médias et le consommateur, était selon lui celui des… médecins. Car à qui d’autre que son docteur le consommateur inquiet demande-t-il conseil ? La bataille de l’opinion se gagne d’abord dans le secret des cabinets médicaux.

L’infiltration du milieu médical par les cigarettiers poussa même Camel à créer une campagne de publicité où de vrais docteurs recommandaient cette marque plutôt qu’une autre.

Outre un rôle prescripteur, les maîtres de la communication de crise ont compris, comme les laboratoires pharmaceutiques, qu’un médecin submergé d’informations n’a, finalement, peu ou pas le temps de s’informer correctement. De fait, dans un paragraphe insistant sur l’obligation de recourir à des mots clefs frappants dans les titres des communiqués de presse fournis aux médias – et aujourd’hui encore souvent reproduits in extenso sans vérification -, Thompson notait : « Ils doivent être conçus avec le plus grand soin en pensant que les médecins et les scientifiques, comme les autres lecteurs, intègrent le plus souvent une information en lisant le titre et rien de plus. »

Après la publication de Toxic, j’ai moi-même été contacté par de nombreux médecins. Qui, tous, regrettaient le peu de place consacré à la nutrition dans leur formation et se plaignaient de la difficulté d’y voir clair dans l’avalanche d’informations parfois contradictoires reçues, désappointements formulés quelquefois avec… virulence.

Ce point est intéressant et ne doit rien au hasard : la contradiction nourrit la confusion. Ainsi, dans son rapport, Thompson listait une série d’angles d’attaque susceptibles de faire douter les médecins et le public de la véracité du lien entre la cigarette et le cancer du poumon. En conclusion, il professait : « Le type d’articles le plus important est celui qui va faire naître le doute. »

Autres temps, autres mœurs ? Hélas, non. La réplique a usé des mêmes méthodes. Et les découvertes relatives à la présence d’acrylamide dans l’alimentation ont été soumises à des pratiques semblables. L’exemple qui suit, un parmi tant d’autres, l’illustre parfaitement.

L’exercice est redoutablement simple. Il suffit, dans n’importe quel moteur de recherche, de taper les deux expressions « acrylamide » et « breast cancer »(cancer du poumon).

Et là, d’emblée, la confusion apparaît.

La première occurrence avance qu’une étude a prouvé que l’acrylamide n’était pas liée à une augmentation des risques du cancer du sein tandis qu’une deuxième explique au contraire que de « nouvelles découvertes pourraient prouver que l’acrylamide augmente le cancer du sein » ! Perdu, désemparé, le pauvre internaute vient, sans le savoir, de mettre le pied dans l’univers du doute concocté autrefois par les cerveaux d’Hill & Knowlton. Car, limitant sa lecture au titre, il conclura souvent que la science ne sait pas, donc qu’en attendant rien ne sert de modifier ses habitudes.

Bien sûr, il ignore que ces deux titres ont été publiés à une année d’écart et concernent deux études différentes. La première, qui remonte à la fin 2007, a été financée par l’Union européenne. C’est celle qui, avec la prudence d’usage, conclut que l’acrylamide pourrait augmenter les risques du cancer du sein. La seconde, plus rassurante, est aussi la plus récente puisqu’elle date du mois de février 2009.

Cette prime à la nouveauté signifie-t-elle, comme le suggère son titre, que l’acrylamide n’accroît pas les risques de cancer de sein, conclusion logique qu’un lecteur pressé est en mesure de tirer ?

En fait, la vérité s’avère plus complexe. Car, malgré des titres semblant résonner en écho l’un à l’autre, les deux études ne couvrent pas le même champ.

La première a étudié l’effet de l’acrylamide sur des femmes ménopausées, à un moment de la vie où les cancers sont plus fréquents. La seconde, elle, a étudié le rôle de l’acrylamide chez des femmes plus jeunes, en pré-ménopause, donc lorsque les cancers sont plus rares.

Loin de moi l’idée de jeter le discrédit sur l’une ou l’autre étude, mon but est seulement de démontrer les rouages d’un mode de communication.

Cela veut-il dire que nous sommes ici devant un texte mis en avant par les défenseurs de la toxic food ? Que l’écho donné à la seconde étude, via le titre de l’article, cherche à contester la première ?

Pour tout dire, je n’en sais rien. Mais, lecteur avisé, je ne peux m’empêcher de noter une série de coïncidences… troublantes.

D’abord, le texte rassurant pour l’industrie de la chips a été publié sur www.foodnavigator.com, un site qui appartient à la société Decision News Media basée à Montpellier, en France. Cette compagnie excelle dans ce que les spécialistes du net nomment le B-to-B, le Business to Business, soit « l’ensemble des activités d’une entreprise visant une clientèle d’entreprises ». Une activité qui, dans le cas de l’entreprise française, se déploie uniquement en ligne.

Première coïncidence donc : le lecteur pense être sur un site d’actualité alors que celui-ci est d’un genre particulier puisque visant « les décisionnaires occupés » dans différents secteurs.

Des activités qui, deuxième hasard, sont celles qui, ces dernières années, se sont fréquemment retrouvées au coeur de la tourmente. Ainsi, parmi « les décisionnaires occupés » visés par Decision News Media, apparaissent les secteurs des cosmétiques, de la pharmacie, de la nutrition et de l’agroalimentaire. À ce titre, en plus de foodnavigator.com, la compagnie montpelliéraine opère sur Bakeryandsnacks.com (boulangerie et pâtisserie industrielle), dairyreporter.com (produits laitiers), beveragedaily.com (les boissons) ou encore meatprocess.com (les produits de la viande). Une multiplication de sites couplée à une vraie maîtrise de l’outil Internet qui permet, bien souvent, aux articles du groupe de se retrouver parmi les premiers liens fournis par les moteurs de recherche.

Bien entendu, le fait que Decision News Media ne soit pas un véritable média, mais une entreprise vendant un service à des clients précis ne signifie en rien que ses sites soient le porte-parole de l’industrie.

Dernière coïncidence, quelques heures passées à lire les archives du site permettent de découvrir que les conclusions de nombreux articles diffusent souvent la parole des représentants de l’industrie, et que la plupart des éditoriaux proposés prennent fréquemment la défense des industriels de la nourriture quand ils n’en chantent pas carrément les louanges.

Quoi qu’il en soit, force est de constater que la stratégie de confusion mise en place autour de la toxicité de l’acrylamide fonctionne à merveille. Ainsi, alors que les travaux de Margareta Tômqvist remontent à 2002, les risques liés à la cuisson par friture, et plus particulièrement celle de la pomme de terre, sont généralement ignorés du grand public.

Aux États-Unis, premier pays consommateur de chips au monde, les études sur l’acrylamide sont même quasiment inconnues. Un sondage, effectué en août 2009, confirmait ainsi que les « consommateurs américains n’avaient quasiment aucune connaissance des problèmes de l’acrylamide ».

En revanche, une fois avertis des dangers cancérigènes de cette substance, la moitié des interrogés annonçait une volonté de « s’informer sur la question ».

Le lecteur avisé que je suis leur souhaite bien du courage. »

La suite ……………..demain.

Dr BUENOS : tout à fait d’accord avec William Reymond. Google utilise un systéme de référencement des articles qui n’a rien à voir avec la pertinence, et qui est basé sur des techniques de référencement.

De tout temps il a été difficile de trouver des informations pertinentes, peut être que la multiplication des médias sur internet, que la nécessaire réactivité (nuisant au contrôle de l’information), l’opacité des sources, et la reprise pour diffusion des informations, rendent elles la tâche encore plus difficile.

 

 

 

 

Articles en rapport

  • Pas d'article en relation

Extrait du livre Toxic Food, de William Reymond :

 » Or, pendant que les organismes gouvernementaux s’interrogeaient et surveillaient le taux de ce cancérigène dans l’alimentation, en coulisses se déroulait une âpre bataille.

Car on s’en doute, si une part de la prévention du risque se joue dans nos cuisines et nos préparations à base de friture, l’enjeu essentiel tient à la nourriture industrielle. Et plus particulièrement à la confection des frites et chips, produits où la concentration d’acrylamide est la plus élevée.

Évidemment, les découvertes de Tômqvist ont été accueillies comme une… patate chaude par les géants de l’agroalimentaire. Qui ont dû s’étrangler encore plus en voyant, parmi les conseils publiés par divers organismes, la recommandation d’utiliser les variétés de pomme de terre les moins riches en sucre alors que, comme je l’ai raconté plus haut, l’industrie de la chips préfère le contraire, les patates plus douces « accrochant » mieux le consommateur.

Alors ?

Alors, était venu le temps de revenir aux batailles de propagande classiques.

En 1953, l’industrie de la cigarette se trouva sous les feux croisés d’assauts de certains élus et d’études prouvant le rôle cancérigène de la consommation de tabac.

John Hill, avocat et fondateur du cabinet de relations publiques Hill & Knowlton, fut chargé par les fabricants de cigarettes d’organiser la contre-attaque. Dans un mémorandum intitulé « Le doute est notre produit » adressé au Tobacco Institute, groupement réunissant l’ensemble des fabricants, l’avocat élabora trois axes de réplique destinés à préserver le statu quo le plus longtemps possible. Trois axes résumés en trois verbes : confondre, détruire et calmer.

John Hill travaillait pour le compte des cigarettiers. Mais, cinquante ans plus tard, qu’il soit question de la responsabilité des fast-foods et des vendeurs de sodas dans la pandémie d’obésité, qu’on mette au jour le rôle du sirop de fructose- glucose dans sa progression comme des acides gras-trans dans l’augmentation des risques d’accidents cardio-vasculaires ou qu’on évoque les dangers des acrylamides, ses préceptes sont scrupuleusement appliqués par les fabricants de la nouvelle malbouffe pour contester leurs détracteurs.

Et le doute est l’arme de défense principale des gardiens de la toxic food« .

La suite …………..demain.

 

 

Articles en rapport

  • Pas d'article en relation

Extrait du livre TOXIC FOOD, de William Reymond :

 » Les fermiers de la péninsule de Bjare, au sud- ouest de la Suède, n’avaient jamais rien vu de semblable. En septembre 1997, d’étranges phénomènes touchaient les animaux d’élevage. Le taux de mortalité des poissons élevés en bassins de culture s’affolait tandis que de nombreuses vaches mouraient brutalement après avoir subi une paralysie.

Rapidement, l’attention des habitants de la région se porta sur l’immense chantier de construction du tunnel ferroviaire de Hallandsâs. Une intuition correcte. Confrontée à de nombreuses fuites d’eau, la multinationale Skanska, en charge de l’ouvrage, avait utilisé plus de mille quatre cents tonnes de Rhoca-Gil, produit scellant destiné à rendre les voûtes étanches. Or le produit avait fui à son tour, polluant vingt-cinq réserves aquifères, contaminant l’eau de la région et, en bout de chaîne, empoisonnant le bétail.

Fabriqué par Rhône-Poulenc, le Rhoca-Gil avait déjà été évoqué comme responsable dans un incident similaire survenu quelques mois plus tôt en Norvège, lors de la construction de la ligne Gardermoen. Et le gouvernement norvégien avait décidé de bannir le scellant français.

Du côté de Bjare, avant même que l’enquête aboutisse, le groupe chimique français prit les devants et, le 22 octobre 1997, annonça qu’il cessait « la production et la commercialisation du Rhoca-Gil ».

Ce geste de bonne volonté avait-il été motivé par la colère des Suédois et notamment d’Anna Lindh, ministre de l’Environnement, décidés à poursuivre devant les tribunaux les responsables de cette catastrophe écologique ? D’aucuns l’avancent. D’autant qu’au début de l’affaire Rhône-Poulenc avait rejeté la responsabilité de cette pollution sur la multinationale Skanska et ses ouvriers suspectés de n’avoir pas respecté les instructions lors du mélange.

Quoi qu’il en soit, après cinq années d’instruction et d’expertises multiples, les tribunaux condamnèrent les deux compagnies. Le gouvernement suédois avait en effet réussi à prouver que le géant français de la chimie n’avait pas respecté le Lagen om kemiska produkter(« Loi sur les produits chimiques ». Loi votée en 1985), SFS 1985 : 4262, n’accompagnant pas son produit d’instructions mentionnant les dangers liés à son utilisation, dont certaines répercussions sur le système nerveux périphérique.

Quel est le rapport entre un tunnel en Suède, le Rhoca-Gil et la nouvelle malbouffe ?

Un produit chimique, utilisé dans l’industrie des plastiques et présent dans la formulation de la plupart des scellants. À savoir le 2-propénamide, dont la formule brute est C3H5NO et le nom usuel acrylamide. Or l’acrylamide apparaît dans de nombreux aliments.

C’est sous cette appellation qu’il figure dans les conclusions du comité mixte FAO/OMS, groupe d’experts étudiant les additifs alimentaires (JECFA) qui, en 2005, déclarait que cette molécule présentait un risque pour la santé humaine et jugeait l’acrylamide cancérigène.

Mais pour comprendre la portée de ces conclusions au quotidien, il faut retourner en Suède.

En mars 1999, avant même d’être condamné, Skanka a versé plus de 30 millions de couronnes à des ouvriers contaminés par le Rhoca-Gil.

Margareta Tômqvist est l’une des chercheuses les plus réputées du département de chimie environnementale de l’université de Stockholm. À ce titre, en 1998, le gouvernement suédois lui a demandé de mesurer le taux d’acrylamide contenu dans le sang des ouvriers œuvrant sur le tunnel de Hallandsâs.

Utilisant la spectrométrie de masse, elle n’eut guère de difficulté à établir sa présence. Ce qui l’intrigua, ce fut une autre découverte. Voulant étudier en parallèle les taux de cette même substance sur un panel neutre car composé de sujets n’ayant pas été exposés aux émanations de Rhoca-Gil, elle entama des comparaisons. Et eut la surprise de voir ce second groupe présenter également de l’acrylamide dans son sang.

À des quantités suffisamment importantes pour que Tômqvist débouche sur l’hypothèse lui paraissant la plus probable : la source d’intoxication devait résider dans l’alimentation.

Poursuivant cette piste, elle publia, en juin 2000, une étude complémentaire aux conclusions dérangeantes.

Partant du principe que l’acrylamide peut se former spontanément lorsque la température de cuisson dépasse les 120 °C\ son équipe avait nourri des rats uniquement de nourriture frite. Ensuite, en comparant le taux d’acrylamide de cet échantillon avec un autre nourri d’aliments non cuits, les chercheurs avaient pu émettre des conclusions sans appel. La présence d’acrylamide dans le sang des rongeurs nourris à la friture était telle que la scientifique estima que « la quantité ingérée [était] associée à un risque considérable de cancer ».

Décidée à en savoir plus quant aux bombes à retardement dissimulées dans notre alimentation, l’équipe de Tômqvist poussa son enquête et mesura le taux d’acrylamide dans différents aliments. Des découvertes qui, publiées en 2003 et 2004, ont permis de dresser une liste précise et facilement mémorisable des dangers qui nous menacent.

Les recherches ont révélé que l’acrylamide se forme lors-que des aliments riches en glucides sont chauffés au-delà de 120 °C, par exemple si l’on fait griller du pain, torréfier du café ou frire des pommes de terre.

Les études menées par la Suédoise établissent que l’acrylamide se forme lorsqu’on cuit à haute température des aliments riches en hydrate de carbone, donc en amidon et en sucres comme la pomme de terre. En clair, les chips et les frites sont les plus exposées à une contamination à l’acrylamide. Mais ils ne sont pas les seuls puisque de nombreux produits apéritifs style crackers, ainsi que les biscuits et certaines pâtisseries figurent en haut de cette liste.

Les céréales du petit déjeuner et les chips à base de maïs présentent quant à elles un risque médian, tandis que les aliments bouillis et à base de viande, même frits, font courir un danger plus négligeable.

Les chips et les frites…

Le rapport entre un tunnel en Suède, le Rhoca- Gil et la toxic food était donc établi.

Résumons-nous.

Entre 2000 et 2003, une équipe de scientifiques suédois menée par Margareta Tômqvist a publié une série d’études démontrant que la préparation de divers aliments comme les frites entraînait la formation d’un cancérigène, l’acrylamide. Cancérigène que l’on trouvait ensuite en grande quantité dans l’organisme d’un animal nourri avec ces produits.

Que s’est-il passé depuis ?

D’abord, suivant de près les travaux de Tômqvist, le Livsmedeîsverket, organisme gouvernemental en charge de la sécurité alimentaire en Suède, a effectué ses propres recherches. Et publié des résultats qui confirment ceux de la chercheuse. Non seulement dans le processus de formation de l’acrilamyde lié aux hautes températures de cuisson mais aussi dans l’ordre de concentration par produits. Aussi, le Livsmedeîsverket a-t-il édicté que, puisque la consommation d’aliments frits représentait déjà en soi un risque cardiovasculaire, mieux valait éviter d’en manger.

Et en Europe ? Suite aux conclusions de Tômqvist, la Commission a « entamé (en 2002) le recueil des données d’occurrence de taux d’acrylamide dans les aliments, tâche ensuite confiée à l’EFSA (en 2006), en collaboration avec les États membres ».

Toujours en 2002, le comité mixte FAO/OMS d’experts des additifs alimentaires (JECFA) via son président, le docteur Dieter Arnold, déclarait : « Après avoir examiné les données disponibles, nous avons conclu que ces nouveaux résultats révélaient un problème sérieux. Mais nos connaissances actuelles ne nous permettent pas de répondre aux questions posées par les consommateurs, les responsables de la réglementation et les autres parties intéressées. »

En mars 2005, après une série d’études complémentaires, le Comité publia un document de cinq pages au titre on ne peut plus clair : « L’acrylamide dans les produits alimentaires est un danger potentiel pour la santé. »

De son côté, l’EFSA diffusa une liste de conseils pratiques destinés à éviter, dans nos cuisines comme au niveau industriel, l’augmentation de cette substance cancérigène dans les aliments. Parmi lesquels, après l’habituelle mise en garde contre les dangers d’un excès de nourriture frite pour le cœur, l’EFSA recommandait de ne pas garder les pommes de terre au réfrigérateur ni utiliser celles ayant germé ou verdâtres – conditions d’accélération du processus de formation de l’acrylamide -, de réduire le temps de friture et d’éviter les aliments carbonisés au cours de la cuisson.

En plus de cette fiche, l’EFSA valida, entre 2007 et 2009, la nécessité de surveiller chaque année, dans vingt et un pays, le taux d’acrylamide.

De son côté, Santé Canada, après avoir ajouté l’acrylamide à la liste des substances toxiques en août 2009, lança un mois plus tard une campagne de surveillance de son taux dans la nourriture semblable à celle suivie par l’EFSA.

Enfin, le 2 septembre 2009, l’Agence européenne des produits chimiques mit en ligne une nouvelle liste de quinze substances potentiellement très préoccupantes proposées par les États membres et la Commission européenne. Où figure l’acrylamide.

Et ensuite ? Eh bien… c’est à peu près tout ! »

La suite (après cet épisode navrant) …………… demain

 

 

Articles en rapport

Extrait de Toxic Food, le livre de William Reymond :

« Revenons au professeur Campbell et à sa métaphore du gazon. Et plus particulièrement à la première phase durant laquelle les substances chimiques s’implantent dans notre organisme.

Nous venons de le voir, les nitrites – via la charcuterie industrielle et certains plats destinés aux bébés – sont l’un de ces carcinogènes. Et les pesticides utilisés pour les fruits et légumes par l’agriculture intensive un autre. Mais il ne faut pas oublier la viande industrielle, du poulet au bœuf, autre vecteur de transmission non négligeable.

Comme je l’ai raconté en détail dans Toxic, les conditions d’élevage lamentables de ces animaux ont de nombreux effets sur notre environnement et notre santé. Or l’un d’eux correspond parfaitement à la description des carcinogènes faite par le chercheur américain.

Des analyses menées par l’USDA ont en effet démontré que le gras animal des viandes conservait lui aussi une partie des substances cancérigènes auxquelles l’animal a été exposé en élevage. Parmi lesquelles des scientifiques du département de l’Agriculture ont mis au jour des pesticides, des fongicides – ils sont présents dans la nourriture et le bétail en est copieusement arrosé -, des hormones, des antibiotiques et même de l’arsenic. Un cocktail hautement toxique à potentiel cancérigène que nous ignorons avaler à chaque bouchée. En somme, sans nous en rendre compte, en mangeant nous payons un lourd tribut humain uniquement pour obtenir un steak à bas prix.

Il est évidemment impossible d’établir ici une liste complète des carcinogènes et de leurs vecteurs. Comme il est impossible de les éviter au quotidien tant ils font partie de notre environnement.

Il faut en revanche garder à l’esprit que nombre d’entre eux sont des composants essentiels de la toxic food. Et donc, en théorie, parfaitement évitables si on modifie nos choix alimentaires. L’ennui, c’est que le consommateur ignore la présence de ces éléments cancérigènes dans sa nourriture. Comme il a longtemps ignoré la présence et le rôle néfaste des acides gras-trans. Car, évidemment, l’huile partiellement hydrogénée n’est pas le seul élément de la cuisine industrielle qui pose problème.

Plus qu’à un consommateur forcément impuissant, la responsabilité du recours à ces substances et ingrédients incombe donc bien aux industriels qui les choisissent, aux publicitaires qui les rendent attrayants et aux politiques qui préfèrent détourner le regard.

Alors qu’entre certitude de la toxicité d’un produit et doute sur son rôle sanitaire on devrait recourir au concept si répandu du principe de précaution, on ne fait rien.

Pourquoi ? »

La suite (cette excellente question restera t’elle sans réponse?) ………….demain.

Dr BUENOS : Au niveau du réseau ROSA de Béziers, nous conseillons à nos patients (et nous essayons de nous l’appliquer à nous même) de consommer de la viande issue d’un élevage bio traditionnel, c’est pourquoi nous conseillons l’élevage de la source de l’Orb pour sa viande de veau et de boeuf ….(qui est autrement plus goûteuse, en plus de ne pas concentrer dans son gras autant de carcinogènes que la viande industrielle)

 

Articles en rapport

  • Pas d'article en relation

Extrait de Toxic Food, le livre de William Reymond :

 » L’intention se veut rassurante. Lorsque les représentants de l’industrie chimique et de l’agriculture intensive sont montrés du doigt, leur réponse sur les doses de pesticides est toujours la même : vu les quantités utilisées, « il est prouvé » que leurs produits ne sont pas dangereux.

Que dire ?

D’abord, que lorsqu’un test a effectivement été effectué – ce qui n’est pas toujours le cas -, la méthode utilisée est au mieux incomplète, au pire faussée. Je ne vais pas ainsi m’étendre sur le fait que les autorités gouvernementales, dépassées par le coût financier de telles études, se contentent fréquemment d’approuver un produit à partir des dossiers fournis… par le fabricant. En revanche, il est important de s’arrêter sur quelques vices de forme de ces expérimentations.

Ainsi, dans la majorité des cas, les doses validées sont celles que l’on estime inoffensives pour un homme adulte dans la fleur de l’âge. Un vieillard, une femme, un enfant ou un bébé peuvent donc souffrir de cette subtile différenciation.

Les tests en laboratoires se concentrent globalement sur les répercussions éventuelles d’un seul ingrédient, personne ne semblant s’intéresser aux dégâts nés de la « synergie » entre différents ingrédients cancérigènes, même à faibles dosages (effet cocktail). Comme si notre exposition au risque se limitait à l’un d’eux et pas à la combinaison de tous. Un « isolement » d’autant plus absurde que la plupart des pesticides, herbicides et fongicides croisent les ingrédients dangereux. Et que notre mode de vie et d’alimentation lui- même crée ce cocktail dont nous n’avons aucune idée des conséquences à long et moyen termes.

Personne ne semble s’intéresser non plus au fait que, contrairement aux tests in vitro, nos organismes accumulent ces produits cancérigènes depuis l’âge embryonnaire. Si l’un peut ne pas être dangereux dans un dosage établi en laboratoire, qu’arrive-t-il lorsque, mélangé à d’autres, il agit pendant des décennies dans le corps et connaît, en outre, des renforts fréquents d’autres agresseurs ? Et bien les rares études entreprises sur le sujet n’apportent pas de bonnes nouvelles puisqu’elles démontrent un rôle prépondérant de la durée d’exposition dans la prolifération de certains cancers et de maladies neurologiques.

Quoi qu’il en soit, il apparaît comme un devoir de citoyen de faire de cet axe de recherche une priorité des années à venir.

Concernant l’environnement et les risques toxiques, les années 1970 représentent un tournant majeur.

Après des décennies d’excès et de complète « liberté chimique », poussés par les pionniers du mouvement écologiste et une prise de conscience des citoyens choqués par une série de catastrophes industrielles, les hommes politiques se décident à intervenir et à réglementer ce secteur. Et, en 1976, le Congrès vota le Toxic Substances Control Act (TSCA)1.

Vous l’ignorez sûrement mais cette loi américaine, que l’on vive à Marseille ou à Québec, à Séoul ou à Rome, nous concerne tous. Pour le meilleur et pour le pire.

Le meilleur d’abord. Avant ce scrutin historique obtenu après six années de combat politique acharné, les pays occidentaux ne disposaient pas du moindre texte régulant la création, la production et l’usage des produits chimiques. Née avant la Seconde Guerre mondiale, bénéficiant d’un essor sans précédent depuis la fin du conflit, l’industrie chimique pouvait agir en toute liberté, lançant près de 62 000 substances différentes sans la moindre obligation de les tester au préalable ! Or, inspirés par le texte américain et le vote du TSCA, les pays d’Europe de l’Ouest – dont la France – suivirent le mouvement et adoptèrent, à leur tour, des lois similaires dont le principal mérite était d’exiger le recours à des tests de dangerosité pour chaque nouveau produit.

Mais voilà, le TSCA de 1976 souffre d’une énorme faille. Une faille monumentale creusée au burin du lobbying par l’industrie chimique elle-même. Profitant du fait que le Congrès et la Maison-Blanche avaient annoncé que la future loi serait écrite en accord avec l’industrie pour ne pas entraver la croissance économique, les géants du secteur ont inséré dans le texte une véritable bombe à retardement.

S’ils acceptaient que chaque nouveau produit soit testé, en échange ils exigeaient que le texte ne puisse être rétroactif, donc ne concerne pas les substances et ingrédients déjà sur le marché. De quoi permettre qu’on y recoure comme avant.

En clair, cela signifie globalement que, sur les 82 000 produits chimiques commercialisés en 2009, 62 000 n’ont jamais été testés !

Comme l’Europe s’inspira du TSCA, la même disposition se retrouva dans les réglementations, évitant aux fabricants d’avoir à fournir les moindres données de sûreté relatives aux substances vendues avant 1981.

L’entrée en vigueur, en juin 2007, d’une nouvelle réglementation chimique baptisée REACH était censée combler la faille. Et n’y parvint en rien. D’abord parce que l’enjeu humain et le coût financier qu’exigeaient des tests pratiqués sur les produits antérieurs à 1981 ont empêché de revenir en arrière. Ensuite parce qu’on limita son champ d’action aux seules substances « extrêmement préoccupantes », à l’exclusion des… pesticides relevant d’autres législations. Bref, dans ces conditions, parler de produits testés reste un mensonge qui a encore de beaux jours devant lui.

Dès lors, on ne peut qu’être d’accord avec ce que déclarait le 21 octobre 1976 Russel E. Train.

Ignorant la disposition libérant de toute obligation d’information l’industrie chimique, pensant que le TSCA permettrait ces nouvelles batteries de tests, l’administrateur de l’Environmental Protection Agency (EPA), équivalent américain de notre ministère de l’Environnement, exprimait sa fierté en ces termes : « Cette loi est l’un des gestes les plus importants de « médecine préventive » jamais votés. » Revenant sur les 62 000 produits commercialisés sans aucun contrôle, ignorant l’ironie future – et terrible – de ses propos, il avait conclu – et c’est là que je le rejoins : « Nous en savons peu – abyssalement peu – sur ces produits chimiques. Nous ne savons presque rien de leurs effets sur notre santé, et plus particulièrement en cas d’exposition minime mais à long terme. Nous en savons fort peu sur le nombre d’êtres humains exposés à ces produits. Ni comment ils le sont et jusqu’à quel degré. Nous ne savons même pas précisément combien de produits chimiques – et encore moins précisément lesquels – sont créés chaque année et mis sur le marché. »

Or, trente ans après, en savons-nous beaucoup plus ? »

La suite (après cet effrayant coup de projecteur sur les dispositions législatives qui encadrent la toxicité potentielle des produits chimiques) ………….. demain.

 

 

Articles en rapport

  • Pas d'article en relation

Extrait de Toxic Food, le livre de William Reymond :

 » Le professeur T. Colin Campbell use d’une analogie efficace lorsqu’il s’agit de décrire les trois phases du cancer.

Pour ce scientifique américain, un cancer « pousse » comme du gazon : « L’initiation correspond à l’ensemencement, la promotion à la germination et à la pousse, et la progression à la prolifération de l’herbe qui envahit l’allée, la rocaille et le trottoir. »

Or, dans deux de ces étapes, la toxic food tient un rôle essentiel.

L’« initiation » correspond en somme au moment où, telle une graine, le cancer s’implante dans l’organisme. L’Américain explique : « Les substances chimiques responsables de ce processus sont appelées des carcinogènes. Ces substances sont le plus souvent des dérivés de procédés industriels […] Ces carcinogènes transforment génétiquement (font muter) les cellules normales en cellules prédisposées au cancer. Une telle mutation cause une altération permanente des gènes de la cellule, ce qui endommage l’ADN. »

ADN endommagé et cellules génétiquement transformées…

Voilà deux résultantes de l’intrusion de carcinogènes dans l’organisme qui ont un écho familier. Et pour cause, ce sont exactement les termes utilisés par le professeur Mirvish de l’Université du Nebraska pour évoquer les effets des nitrites contenus dans les saucisses de hot-dogs en particulier et la charcuterie industrielle en général ; conclusions que la « machine à détruire » de l’agroalimentaire avait voulu broyer.

Mirvish, preuves à l’appui, démontrait que le processus industriel de fabrication des spécialités à base de viande entraînait la formation de nitrosamine suite à l’union des nitrites et amines. Or les nitrosamines, que l’on trouve par exemple dans la fumée du tabac, sont des substances chimiques classées cancérigènes par l’Organisation mondiale de la santé. Dès lors, il ne fait aucun doute que les nitrites permettant de conserver le saucisson industriel ou de procurer un bel éclat rosé à des tranches de jambon sont l’un des carcinogènes décrits par Campbell.

Un, mais malheureusement pas le seul. Car lorsque le professeur américain précise qu’il s’agit « le plus souvent de dérivés de processus industriels », il précise aussi que la source principale de la pollution de l’organisme n’est pas l’air respiré mais la nourriture ingérée. À ce titre, en plus des nitrites, on peut citer les pesticides présents sur les fruits et légumes issus de l’agriculture conventionnelle, fruits que, suivant les préceptes gouvernementaux, nous essayons de consommer de plus en plus souvent.

Ainsi nombre de ces produits sont considérés comme cancérigènes. Parfois, les plus dangereux, après des décennies d’usage intensif, sont interdits sur nos territoires. L’ennui, c’est que, même après cette éviction, leur présence dans l’environnement persiste(c’est le cas du DDT dont l’utilisation est interdite depuis 1972 mais que, test après test, génération après génération, nous continuons à « porter » dans nos organismes). Pire, il n’est pas rare que les fabricants de produits interdits continuent à en produire à destination des pays à législation plus souple. Parmi eux, la presque totalité des Etats d’Amérique du Sud et d’Amérique latine ainsi qu’une partie de l’Asie et l’Afrique. Résultat ? Les produits interdits ici reviennent par leur intermédiaire dans nos assiettes afin, in fine, d’empoisonner nos organismes. Les fruits et légumes importés sont souvent dangereux. Consommer le plus possible des aliments issus de l’agriculture biologique et locale n’a donc jamais eu autant de sens.

Et puisque j’évoque les effets cancérigènes des pesticides, autant en profiter pour tordre définitivement le cou à un mensonge colporté depuis des années par les gardiens de l’agriculture industrielle. »

Lequel …………….. Vous le saurez demain.

Dr BUENOS : Dans le réseau ROSA Béziers, nous vous poussons à devenir des locavores de fruits et légumes bio de saison et de proximité en vous donnant les coordonnées de Thierry Colignon (Jardin de la plantation) à Villeneuve les Béziers.

Articles en rapport

Extrait de Toxic Food, le livre de William Reymond :

 » Ma plongée dans les eaux sombres de la toxic food n’était pas pour autant terminée. J’étais même loin de la pointe visible de l’iceberg, à savoir la pandémie d’obésité. Mais j’étais au moins parvenu à l’endroit où, dans son appétit destructeur, la nouvelle malbouffe nous visait tous.

Les cancers du sein, de la prostate, du côlon… en train de se multiplier constituaient autant de preuves semées accidentellement par l’assassin.

Avant de quitter cette scène de crime, il me faut donc définitivement clore le dossier.

On trouve dans les premières pages d’Anticancer, le livre de David Servan-Schreiber, un paragraphe résumant les données du problème : « En Asie, les cancers qui affligent l’Occident – comme le cancer du sein, le cancer du côlon ou de la prostate – sont de sept à soixante fois moins fréquents. Chez les hommes asiatiques qui décèdent de causes autres que le cancer, on trouve pourtant autant de microtumeurs précancéreuses dans la prostate que chez les Occidentaux. Quelque chose dans leur façon de vivre empêche ces tumeurs de se développer. En revanche, chez les Japonais installés en Occident, le taux de cancer rattrape le nôtre en une ou deux générations. Quelque chose dans notre façon de vivre empêche notre corps de se défendre efficacement contre cette maladie. »

Vous l’avez maintenant compris : personnellement, quand j’envisage les responsables possibles de ces cancers, je préfère évoquer la manière dont nous nous nourrissons plus que notre façon de vivre. Mais puisque l’art de manger est un art de vivre, ne s’agit-il pas, après tout, de la même chose ?

Mais revenons aux propos de Servan-Schreiber. Se fondant sur d’innombrables travaux réalisés depuis des décennies sur la répartition géographique des cancers, il démontre, par exemple, que si, génétiquement, un Asiatique court les mêmes risques de développement d’un cancer de la prostate qu’un Occidental, son mode de vie l’en préservera. Et qu’en revanche, immergé dans nos sociétés et adoptant notre façon de manger, il deviendra malade. Ce qui atteste combien le problème se niche au fond de nos assiettes.

De multiples expériences et constatations confirment cette thèse, sans que les géants de l’agroalimentaire ne s’en préoccupent. Ainsi, les Aborigènes d’Australie sont malades lorsqu’ils s’installent dans les grandes villes, mais guérissent en retournant à une existence en accord avec la nature. Une réalité constatée aussi chez les Indiens Mi’kmaq de l’île Unama’ki dans la région de Nova Scotia au Canada. Résultat, adopter un mode de vie « occidentalisé » conduit à une évolution sanitaire identique : la maladie.

Mieux, une récente étude consacrée aux Inuits du Groenland a comparé les taux et genres de cancers entre les individus restés dans leur milieu d’origine et ceux ayant émigré au Danemark.

Mais avant de détailler ces découvertes, deux mots s’imposent sur d’autres Inuits, ceux du Canada et de l’Alaska. En 1935, après cinquante ans de tenue des registres médicaux, on constatait que la peuplade indienne avait connu un seul cas de cancer. Aujourd’hui, après un premier pic survenu dans les années 1970 puis une nouvelle augmentation apparue au milieu des années 1980, on a mis au jour un taux de cancer équivalant à celui des États-Unis et du Canada. Pas de doute : voilà ce que l’on appelle payer le prix du progrès !

Mais revenons à l’étude de Trine Boysen et Jeppe Fribord. Analysant l’état sanitaire de 77 888 Inuits sur une période vingt ans, soit entre 1973 et 2003, l’équipe de scientifiques danois a conclu que si les risques de cancers dits génétiques étaient identiques entre l’Inuit ayant rejoint la société moderne et celui demeuré au Groenland, il n’en allait pas de même pour d’autres formes de cette maladie. « Les Inuits ayant immigré au Danemark sont exposés de manière significative à un risque plus élevé de développement d’un cancer de la vessie, du sein, de la peau, de la prostate, du côlon et de l’estomac», indique le rapport.

Malgré eux, en venant s’installer dans nos sociétés modernes et en adoptant notre mode de consommation, les Inuits ont donc prouvé que la probabilité de contracter un cancer de « type occidental » n’était pas une question de naissance mais une affaire d’alimentation.

La suite me semblait logique : je devais comprendre pourquoi le recours à la toxic food se transformait en cancers.

La suite (de cette enquête passionnante) ……………demain.

Articles en rapport

  • Pas d'article en relation