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Extrait de Toxic Food, le livre de William Reymond :

 » Nous ne cesserons jamais de nous nourrir.

La crainte de l’industrie agroalimentaire ne réside donc pas dans la défaillance en masse de sa clientèle.

Mieux : je suis persuadé, comme nombre d’experts de la question, que l’industrie a les moyens de fournir au consommateur des produits plus sains que ceux vendus aujourd’hui. Et que, si cela lui permettait de préserver les mêmes marges de profit, elle n’hésiterait pas à le faire.

Mais dans le secteur de la nouvelle malbouffe, l’argent reste bien sûr le nerf de la guerre. Et nulle part ailleurs, la transformation d’un produit de base, acheté à bas prix, ne rapporte autant. Sans même parler des sodas, dont l’ingrédient principal est l’eau, qui offrent des marges dépassant les 90 %. D’où la crainte majeure des géants de la toxic food : voir un gouvernement légiférer. La loi et ses contraintes, du paiement d’une lourde amende à l’interdiction pure et simple d’un ingrédient, représentent même les pires cauchemars des titans du mal manger.

À nouveau, l’exemple des acides gras-trans aux États-Unis représente un cas d’école.

La bataille pour imposer l’interdiction de l’huile partiellement hydrogénée à New York a été âpre, nous l’avons vu. Or, tandis que ce désir de prendre des mesures restrictives s’étend au reste du pays, chaque État se transforme en champ de bataille. Ainsi, au Texas où je réside, un projet de loi a été rejeté par la majorité républicaine. Coïncidence : juste après que l’industrie agroalimentaire ait apporté des soutiens financiers à ces élus.

Les gardiens du statu quo alimentaire ont joué aussi avec la peur. Cette fois, il ne s’agissait pas de faire pleurer sur le sort de retraités privés de gâteau mais de brandir, en période de crise, la menace de perte d’emplois. À les en croire, la suppression unilatérale des acides gras-trans aurait entraîné un tel surcoût que les restaurants industriels auraient été contraints de pratiquer des licenciements. Même si l’exemple new- yorkais a prouvé l’hérésie de cet argument, il a fonctionné au Texas. Et continuera à agir ailleurs, tant que la classe politique n’aura pas le courage de dénoncer ces mensonges.

La peur de toute loi conduit au troisième commandement de John Hill : calmer.

Une fois le public perdu à cause de la profusion d’informations contradictoires et les adversaires à terre, vient la période où il importe de donner le change.

Je l’ai écrit, tout est question de perception.

Ainsi, les erreurs commises par l’industrie du tabac ont-elles permis aux lobbyistes d’apprendre et d’en tirer des leçons. Si, dans un premier temps, les cigarettiers ont ignoré la pression exercée sur les élus par des citoyens inquiets, ils ont vite compris que, à la longue, cela risquait de porter ses fruits. Donc qu’il valait mieux anticiper et agir.

Dès lors, afin d’éviter une interdiction ou une contrainte, il convenait de donner l’illusion que l’industrie n’était pas à l’origine du problème mais, au contraire, un rouage essentiel pour apporter une solution. Résultat, durant des décennies, tout en vendant des produits responsables de multiples cancers, les cigarettiers se sont cachés derrière un épais écran… de fumée.

D’abord, suivant les conseils de John Hill, fut créé le Tobacco and Heath Research, superbe bijou de sémantique qui marie le terme « santé » au mot « tabac », destiné à mettre en avant toute information suscitant le doute quant à la responsabilité de la cigarette sur les cancers du poumon.

Puis, après la généralisation du filtre, censé diminuer les risques, les années 1970 ont vu apparaître la chimère d’une cigarette sans danger. Des recherches vaines puisque toutes les études prouvaient qu’il n’était pas possible de créer une cigarette exempte d’effets nocifs. Mais l’essentiel consistait à occuper le terrain et à communiquer.

Aujourd’hui, dans la même optique, les grandes marques investissent dans la… prévention. Ainsi, tous les sites Internet des groupes de l’industrie du tabac se proposent d’aider le consommateur… à arrêter de fumer. Belle hypocrisie, non ?

Au début des années 1990, alors que de Seattle à Millau, le rejet de la malbouffe prenait de l’envergure, les fabricants de toxic food ont donc mis en pratique les méthodes inventées par l’industrie du tabac. Un pare-feu d’autant plus nécessaire que la contestation altermondialiste était renforcée par la publication des chiffres effarants de la pandémie d’obésité.

Montrées du doigt, des compagnies comme Coca-Cola ou McDonald’s ont donc commencé à parler… d’autre chose.

N’est-ce pas ce que reconnaît ici Éric Gravier, vice-président de la filiale française du géant du fast-food, lorsqu’il dit : « José Bové et la crise de la vache folle nous ont bousculés. On s’est mis à communiquer sur notre entreprise, sur la nutrition, sur l’environnement. »

Selon cette logique, McDonald’s a, dans de nombreuses campagnes publicitaires, mis en valeur son offre de salades et de fruits alors que, dans le même temps, l’entreprise, via Jean-Pierre Petit, son PDG, reconnaissait qu’en France « ils ne représentent que 15 à 20 % de nos ventes car l’essentiel se fait toujours sur des produits classiques ».

Pourquoi placer ses produits au cœur de la com’ de McDonald’s. Parce que, comme Jean- Pierre Petit l’admet avec franchise – ou une naïveté étonnante, « ils sont très importants en terme d’image ».

En termes d’image… Voilà qui a le mérite d’une certaine sincérité.

Car il s’agit exactement de cela. Quand elle publie son bilan carbone ou s’allie à l’équipe de France de football, la marque poursuit le même objectif: tenter de faire oublier sa part de responsabilité dans la pandémie d’obésité.

Le débat sur l’acrylamide l’illustre. Ayant perçu le danger de l’inaction, craignant que le mot « cancérigène » soit définitivement associé aux frites et chips, redoutant l’adoption de législations contraignantes, les industries de la toxic food ont investi le terrain.

Ainsi, dès 2002, la Confédération des industries agro-alimentaires de l’UE (CIAA) – la voix de l’industrie européenne de la boisson et de l’alimentation, d’après sa propre présentation – s’est impliquée dans les discussions sur le sujet menées par les organismes européens concernés.

La CIAA existe depuis 1982. Sa mission, écrit- elle sur son site, est « de représenter les intérêts des industries de l’alimentation et des boissons près des institutions européennes et internationales », lesquelles sont, comme le rappelle la Confédération, le « premier secteur industriel d’Europe, un employeur majeur et un exportateur ». En clair, un groupe de pression dont la priorité affichée est d’« augmenter la confiance du consommateur dans les produits des industries de l’alimentation et des boissons ».

Dès 2002 donc, la CIAA encourage une série de tests complémentaires à ceux de Margareta Tômqvist et affirme la volonté de l’industrie de prendre le problème en main. L’année suivante, la CIAA crée le Technical Acrylamide Expert Group, dont la mission est de « partager les initiatives de recherches et diffuser les connaissances d’une manière rapide et efficace ». Enfin, suite à la décision de l’OMS de considérer l’acrylamide comme une molécule réprotoxique et cancérigène, donc présentant un risque pour la santé humaine, la CIAA lance, en octobre 2006, The Acrymalide Toolbox1, une base de données à destination des PME contenant des outils pour réduire – ou tenter de le faire – les taux d’acrylamide d’une partie de la nourriture industrielle. Laquelle toolbox est le résultat d’une collaboration « ouverte et transparente entre les autorités publiques au niveau national et européen, des scientifiques et l’industrie ».

En clair, la Commission européenne a décidé de faire confiance à l’industrie agroalimentaire pour qu’elle « prenne des mesures volontaires » aidant à diminuer « le taux d’acrylamide dans ses produits ».

Et cela marche. À en croire le docteur Richard Stadler, scientifique responsable du projet au sein de la CIAA :

« Cette façon unique de travailler ensemble a produit des résultats tangibles comme [la publication] des Acrylamide Pamphlets and l’Acrylamide Toolbox, qui assure que la nourriture que nous consommons est sûre. »

La publication de notices techniques en vingt langues et des outils pratiques basés sur les dernières découvertes en la matière afin d’assurer la sécurité alimentaire peut apparaître un peu courte face à un produit considéré comme cancérigène.

Mais les résultats seraient au rendez-vous. Ainsi, depuis le 3 mai 2007, l’EFSA surveille chaque année le taux d’acrylamide dans les aliments. Et le dernier résumé du rapport de surveillance affirme qu’« il semblerait y avoir une tendance vers la baisse ».

Mission accomplie donc ?

Peut-être.

Ou peut-être pas.

Car voilà, le même document l’EFSA remarque que « cette tendance n’est pas uniforme dans l’ensemble des groupes alimentaires et, de fait, il n’est pas encore clair [que] l’Acrylamide Toolbox [ait] les effets désirés ».

Décidément, rien n’est simple. D’un côté, le représentant de l’industrie agroalimentaire affirme que, grâce à l’outil mis en place, notre nourriture est sûre ; de l’autre, l’EFSA ne semble pas aussi convaincu. Qui croire ? Pour en avoir le cœur net, la seule solution est d’avaler l’intégralité de ce rapport de surveillance des aliments.

Avant même de me lancer dans la passionnante lecture de Results on the Monitoring of Acrylamide Levels in Food, EFSA Scientific Report, je bénéficiais d’un premier indice venant de Grande-Bretagne.

Qui n’avait pas été facile à trouver.

Le 15 juillet 2009, la Food Standards Agency (FSA), agence britannique sur la sécurité alimentaire, publiait ses conclusions annuelles sur le taux d’acrylamide détecté dans divers aliments commercialisés sur son territoire.

Notez que j’ai employé le mot « conclusion » et non « résultats ». Pourquoi ? Parce que, dans un langage que l’on dirait sorti d’un communiqué de presse d’un géant de la toxic food, la FSA écrit : « La présence et les niveaux de celle-ci […] étaient sur la même ligne que ceux obtenus durant l’enquête de l’année dernière. […] La présence et les niveaux trouvés n’augmentent pas l’inquiétude quant au risque pour la santé humaine. » Alambiqué, non ? Néanmoins, une fois de plus, tout semblait aller bien.

Sauf qu’un point du texte officiel me chiffonnait. Non seulement il ne communiquait aucun chiffre mais il se référait sans les nommer aux niveaux de l’année précédente. Des statistiques que, si l’on suivait la « logique » du communiqué, tout citoyen inquiet de la présence d’un carcinogène dans son alimentation devait connaître sur le bout des doigts pour lire le rapport.

La chose étant peu probable, il fallait donc repartir un an auparavant. Et découvrir que la FSA n’avait pas constaté de baisse du taux d’acrylamide dans les aliments concernés vendus en Grande-Bretagne. Et ce alors que la toolbox de la CIAA existait depuis un an.

Une période trop courte pour en constater les résultats, selon les représentants de l’industrie. L’argument pouvait porter. Mais alors, comment interpréter les conclusions de l’enquête de la FSA de 2009 affirmant qu’elles étaient dans la même lignée que celles de 2008 ? Cela signifiait-il que deux années de prise en main du problème par l’industrie n’avaient pas entraîné de baisse du taux d’acrylamide dans la nourriture, constat rejoignant la remarque de l’EFSA sur l’absence d’effets désirés suite aux mesures de la CIAA ?

Le 15 avril 2009, l’EFSA acheva son enquête annuelle de surveillance de la présence d’acrylamide. Quelques semaines plus tard, l’intégralité de son rapport fut mise en ligne. Vingt-six pages condensées qui, en plus de la méthodologie et d’une belle accumulation de chiffres, regorgent d’informations étonnantes.

La première envoie directement au fameux concept du « naturel ». Plus haut, j’écrivais comment, à chaque intervention, les défenseurs de la frite rappellent que le processus de formation de l’acrylamide est un effet naturel dès qu’un aliment se voit cuit à plus de 120 °C. Une « apparition » qui se produit dans les cuisines lors de chaque friture maison.

Ce qui est vrai.

Sauf que, grâce une étude comparative glissée dans le rapport de l’EFSA, on sait désormais qu’il y a « naturel » et… naturel.

Sauf qu’il existe une différence considérable de taux d’acrylamide pg/kg entre des chips industrielles et d’autres confectionnées à domicile. Dans la première, on détecte 628 pg/kg alors que la seconde dépasse tout juste les 300 pg/kg.

Comment expliquer cet écart ?

Plus loin, l’EFSA évoque les conseils permettant de limiter la formation d’acrylamide. Qui sont, principalement, trois : éviter les bains d’huile trop chaude, les variétés de pomme de terre trop sucrées et de stocker les pommes de terre au froid.

Eh bien, il ne faut pas chercher plus loin. Sans grande friture, pas de chips croustillantes ; sans sucre, pas de goût pour accrocher les papilles du consommateur; sans chaîne du froid, du gaspillage et donc des frais supplémentaires.

Cette précision apportée, revenons à la question principale pour déterminer si, depuis la mise en place de mesures volontaires par l’industrie agroalimentaire, il existe une « tendance à la baisse ».

Pour étayer cette conclusion, l’EFSA prend l’exemple de chips dont le taux, d’une année à l’autre, a effectivement décru… mais de peu. Il est ainsi passé de 678 pg/kg à 628 pg/kg. Et encore s’agit-il d’une moyenne puisque les chips anglaises dépassent les 1 200 pg/kg quand les italiennes atteignent seulement 200 pg/kg. Rien de vraiment significatif donc.

Y a-t-il d’autres produits à la baisse ? Le café est passé d’une moyenne de 410 pg/kg à 253 pg/ kg. Hélas, il ne faut pas trop vite s’enthousiasmer. Le rapport précise en effet qu’il n’existe pas encore de méthode pour diminuer le taux d’acrylamide de cet ingrédient et que la variation statistique provient probablement d’une erreur effectuée lors des tests précédents.

Mais alors, constate-t-on quelque part une vraie baisse ? Oui, celle du pain. Qui tombe, en moyenne, à 136 pg/kg alors qu’il était à 274 pg/kg.

Et puis… et puis c’est à peu près tout.

Pire, les autres produits sont en… augmentation, malgré les mesures prises par l’industrie.

Ainsi, les biscuits qui se trouvaient en moyenne à 243 pg/kg sont aujourd’hui à 317 pg/kg. Idem pour les céréales du petit déjeuner, passées de 116 pg/kg à 156 pg/kg.

Un constat identique pour les frites, dont le taux moyen a fait un bon de 284 pg/kg à 350 pg/ kg. Un résultat fort décevant, remarque le rapport de l’EFSA, car « plusieurs fois au-dessus de ce qui semble atteignable en utilisant des pommes de terre à basse teneur en sucre et des températures plus basses pour le bain final ». En clair, sans vraiment oser l’écrire, l’auteur du rapport regrette, pour des raisons expliquées plus haut, que l’industrie de la frite, du fabricant au restaurant, ne se serve pas des outils à sa disposition. Des recettes que, pourtant, elle avait déclaré vouloir appliquer volontairement.

Résumons.

Si l’EFSA, avec certaines réserves, conclut à une orientation vers la baisse, l’information mérite des précisions.

Le rapport se sert de trois produits pour justifier cette conclusion : les chips, le café et le pain.

Si, pour ce dernier, la tendance est réelle, elle est minime pour les chips et statistiquement faussée pour le café.

Ne l’oublions pas aussi, malgré la toolbox, les autres aliments connaissent un taux à la hausse. Un résultat d’autant plus troublant qu’en fin de rapport l’EFSA indique que notre exposition à l’acrylamide provient, à 80-100 %, d’un groupe d’aliments composé des chips (légère baisse), des frites (hausse), du pain (baisse), du café (impossibilité technique de faire baisser le taux d’acrylamide du fait de la torréfaction) et des biscuits (hausse).

Le rapport contient en outre une ultime pépite. Dans ses premières pages, il liste les contributions pays par pays à son enquête de surveillance de taux d’acrylamide. Première chose effarante : la disparité dans la collecte des échantillons. Alors que l’Allemagne – où depuis longtemps les questions environnementales et alimentaires sont une priorité – a fourni 2 048 échantillons, l’Espagne s’est satisfaite de 25. Une disparité qui rend la réalisation d’une statistique globale bien compliquée et difficilement fiable. Comment comparer le taux d’acrylamide des chips belges à celui de la Norvège alors que ce pays a fourni 28 échantillons du produit quand Bruxelles s’en contentait de 4 ?

Enfin, un autre détail a attiré mon attention dans cette liste de 22 pays.

Ou devrais-je plutôt dire une absence ?

Impossible d’y trouver la France.

1. L’Afssa, en 2005, avait effectué « une évaluation de l’exposition de la population française à partir de produits consommés en France » et conclu qu’elle « est dans les mêmes ordres de grandeur » que l’estimation de l’OMS. L’agence précise aussi que « les aliments les plus contributeurs restent les frites et les viennoiseries, notamment chez les enfants » mais déplore qu’« en l’état actuel des connaissances, il n’est pas possible de faire des recommandations particulières de préparation ou de consommation alimentaire ».

La suite (limite choquante de la complaisance des structures de sécurité alimentaire, pour ne pas employer le terme d’incompétence) …..demain.

Dr BUENOS : on retient surtout 2 choses des éléments de l’enquête de William Reymond sur l’acrylamide :

– un conseil pratique :

  • ne pas acheter chips ni de frites surgelées du commerce chaque fois que possible.
  • Quand on fait des frites, éviter les bains d’huile trop chaude, et les variétés de pomme de terre trop sucrées.

– une constatation récurrente : les autorités sanitaires de sécurité alimentaire n’ont pas les moyens, l’autonomie, ni l’indépendance suffisants pour émettre des recommandations et surtout être à l’origine de lois interdisant les produits industriels « toxiques ».

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Extrait de Toxic Food, le livre de William REYMOND :

 » Le choix des termes utilisés pour élaborer le titre d’un article, la hiérarchie de l’information mise en avant dans le corps d’un papier, la volonté de transformer voire travestir ce que peut comprendre le public, les relations de plus en plus ambiguës entre l’industrie et certains représentants de la science contribuent évidemment à accentuer la confusion qui règne dans l’opinion. Une confusion qui sert grandement les géants de la toxic food.

Dès lors, puisque les préceptes édictés pour les cigarettiers au début des années 1950 continuent de fonctionner, pourquoi les pourvoyeurs de la nouvelle malbouffe ne les appliqueraient-ils pas à tous les niveaux ?

La confusion est le terreau fertile sur lequel germent les graines de la destruction.

Mais cette étape de la « désinformation » doit survenir seulement lorsque l’opinion est désorientée. De fait, vous n’entendrez jamais les tenants de la nourriture industrielle railler ceux qui évoquent la possibilité du risque d’une substance comme l’acrylamide si le travail de sape n’a pas été entamé. Cela ne prendrait pas parce que, dans l’inconscient populaire, cette offensive placerait automatiquement l’industriel dans le camp de l’agresseur, du « méchant ».

C’est pour cette raison que, dans son mémorandum, Cari Thompson insiste – en lettres capitales ! – sur la nécessité de « toujours reproduire scrupuleusement » les conclusions non favorables. Non par souci de la vérité mais parce que cela donne à l’article revu par les experts ès communication une aura de vérité. Laquelle rassurera le lecteur et permettra plus facilement de venir planter les germes de la confusion.

En revanche, une fois le consommateur perdu entre diverses informations contradictoires, viendra le temps de porter l’estocade finale.

Détruire les arguments scientifiques dénonçant certains aliments ou substances issus de l’industrie passe par différentes techniques. Il y a, par exemple, la moquerie, très efficace. Une astuce largement utilisée pour contrer les découvertes du professeur Sydney Mirvish sur l’effet cancérigène des nitrites retrouvés dans les saucisses de hot-dog.

Dans ses travaux, le chercheur avait ainsi apparemment eu le tort de détailler l’action d’une substance cancérigène sur l’ADN. Lorsqu’elle entre dans l’organisme, elle déclenche une mutation qui « cause une altération permanente des gènes de la cellule, ce qui endommage l’ADN ».

Cette description, hachée menue, remoulinée par la machine à tuer de l’industrie de la charcuterie devient, sur le ton de la gaudriole, une sorte de plagiat de science-fiction. Et on ne parle plus des nitrosamines – donc de la poursuite de leur utilisation malgré les risques – mais de cet étrange professeur qui fait n’importe quoi en inventant des saucisses mutantes. Amusé par un titre efficace, le consommateur ne prend pas l’info au sérieux, passe son chemin et, sans le savoir, continue à ingérer un carcinogène.

La peur est une autre méthode fiable.

L’un des chevaux de bataille enfourchés par les défenseurs de la nouvelle malbouffe, c’est la mise en cause de la liberté de choix individuelle. Un refrain très efficace aux États-Unis et, nous l’avons vu, largement utilisé pour contrecarrer les timides tentatives de lutte de l’administration Obama contre la pandémie d’obésité.

La même tactique – mensongère – menace chaque consommateur d’une augmentation de ses taxes et impôts si on avance l’idée d’une réforme et, plus généralement, présente toute mesure-un peu coercitive – pour les industriels – comme un contrôle quasi orwellien des assiettes par un État devenant omniprésent. La décision prise, il y a quelques années, par le maire de New York d’interdire les acides gras-trans dans les restaurants de la ville a ainsi été accueillie par de multiples levées de bouclier de ce genre.

Je me souviens plus particulièrement, tandis que je préparais un reportage sur le sujet pour l’émission Envoyé spécial, d’une conversation avec un porte-parole de la restauration. La corporation, virulente dans son opposition à cette loi d’exclusion, prédisait l’apocalypse commerciale, la disparition même de tous les établissements new-yorkais. Une prédiction, soit dit en passant, dont j’attends toujours qu’elle se réalise !

Mais n’est pas Nostradamus qui veut. Et l’essentiel est évidemment ailleurs. Car le lobbyiste, dressant le catalogue des répercussions affreuses que l’interdiction d’huile partiellement hydrogénée allait entraîner, osa prétendre – des trémolos dans la voix – qu’il s’inquiétait surtout pour les pensionnaires d’une maison de retraite locale. Et de prétendre que ces personnes âgées, abandonnées de tous, n’avaient plus qu’un plaisir dans la vie : le gâteau du goûter. Une pâtisserie qui, concoctée avec de la margarine hydrogénée, allait être supprimée de leur menu. Et, selon lui, absolument pas remplacée par un équivalent sain !

Bien entendu, quand je lui ai demandé l’adresse de l’établissement, il ne put se souvenir précisément du nom de cet hospice quasi pénitentiaire.

Mais, dit-il, cela ne changeait rien à l’horreur de la situation : à cause d’une décision unilatérale de « la police de la nourriture », des vieillards allaient souffrir. Et demain, concluait-il, ce serait au tour des cantines et écoles.

L’expression « police de la nourriture » ne doit bien sûr rien au hasard. Depuis longtemps, les experts en communication appointés par l’industrie ont compris que la sémantique constituait une arme redoutable. Que le combat pour gagner les esprits se remportait d’abord sur le terrain des mots. Quitte à prendre des accents totalitaires lorsque, pour dénoncer les défenseurs d’une alimentation libérée de ses toxines, les gardiens de la nouvelle malbouffe parlent de Gestapo de l’assiette.

Pour ma part, suite à la sortie de Toxic au Québec, j’ai été traité de « mollah de l’anti-obésité » et de « mollah de l’anti-malbouffe » par José Breton, candidat indépendant aux élections provinciales du 26 mars 2007. Son programme – qui n’a pas séduit les électeurs – se résumait dans deux slogans : « L’État n’a pas d’affaire dans l’assiette des gens » et « La malbouffe, c’est bon pour la santé ».

Ce contrôle du langage s’illustre aussi dans le détournement de sens de certains mots. Ainsi, dans les années 1950, John Hill avait insisté sur l’impérieuse nécessité de s’approprier le concept de « science ». Et, plus précisément, de transformer ce terme en outil de démarcation aidant à trier le bon grain – le sien ! – de l’ivraie. Aussi poussa- t-il les fabricants de cigarettes à parler de la « vraie science », un concept soi-disant fondé sur le bon sens et la logique alors que ce néologisme rassemblait surtout les conclusions scientifiques favorables à ses clients. Mieux, Hill était persuadé que ce distinguo affaiblirait les retombées des recherches mettant en cause le tabac. Car qui dit « vraie science » sous-entend que l’adversaire use de la « fausse ». Eh bien, l’industrie de la nouvelle malbouffe s’est approprié ce concept.

Ainsi, lorsqu’une étude – qu’elle a parfois financée – vient instiller le doute quant à la responsabilité, dans un type de maladie, d’un des composants qu’elle utilise, elle s’empresse de présenter la chose comme le fruit d’une science rigoureuse en laquelle le consommateur peut croire. Par opposition, et sans même avoir besoin de le clamer, les études contradictoires se retrouvent propulsées dans les zones obscures où on rejette le farfelu et l’anxiogène.

Depuis quelques années, les champions ès communication pro-industrie alimentaire tentent de s’approprier un autre mot : « naturel ».

Le terme est parfait. En période de doute alimentaire, il rassure le consommateur. Or, aux États-Unis, grâce à un lobbying de plusieurs années, il n’est soumis à aucun cadre législatif.

Alors que le mot « organic », équivalent anglais du « bio », est autorisé après certification et contrôles réguliers, n’importe quel produit peut se voir paré du terme « naturel ».

Les géants de la toxic food se sont intéressés à ce vocable au milieu des années 1980, époque où le sirop de fructose-glucose remplaçait le sucre dans les sodas avant ensuite d’envahir le reste de la chaîne alimentaire. L’idée, toujours défendue aujourd’hui, était de faire croire au consommateur qu’il s’agissait d’un produit naturel, puisqu’obtenu en pressant du maïs. En réalité, comme je l’ai déjà expliqué dans Toxic, le sirop de fructose-glucose est une création chimique.

Le débat autour du taux d’acrylamide dans les frites a été une nouvelle occasion, pour l’industrie, de jouer avec la « flexibilité » du mot « naturel ». Ainsi, il est sans cesse rappelé que la formation d’acrylamide est un phénomène naturel qui se produit à haute température. En soi, la précision est exacte. Mais l’idée ici est d’installer un distinguo dans l’esprit du consommateur. En martelant que le processus est naturel, non seulement on offre aux acrylamides un masque de normalité mais en plus on les éloigne du rejet que ne manquerait pas de susciter dans l’opinion le fait que c’est un nouveau produit chimique. Dès lors, le message sous-jacent tend à faire croire que, formées naturellement, les acrylamides sont moins dangereuses que ce que certains prétendent.

Cette logique a été poussée à l’extrême aux États-Unis.

L’une des rares fois où le sujet a été évoqué à la télévision, un représentant de l’industrie prit soin de marteler le mot « naturel » et même de lui ajouter une nouvelle dimension. Alors que le débat tournait trop autour de la teneur en acrylamide des frites vendues en fast-food – bain d’huile très chaud et pommes de terre riches en sucre -, il a habilement détourné l’attention en parlant de son taux dans les… épinards. Évoquer ce légume, c’était insister sur le caractère « naturel » de la formation des substances cancérigènes, déstabiliser et railler son adversaire qui demandait un contrôle des bains d’huile de la restauration, et libérer l’industrie de toute responsabilité.

Et, au final, oser faire croire à chacun – chapeau ! – que l’être humain mange autant d’épinards frits que de chips !

Ne manquez pas de le vérifier lors d’un prochain apéritif. »

La suite ………..demain.

Dr BUENOS : Nous découvrons progressivement que nous sommes soumis à de véritables campagnes de propagande ….

Où pouvons nous trouver une information de qualité et de vérité ?

 

 

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Extrait de Toxic Food, le livre de William Reymond :

« En somme, peut-être sans s’en rendre compte, en présentant sous ses labels et caution des informations « sponsorisées » par un industriel devant une assistance constituée principalement de médecins et journalistes, le CRÉDOC avait favorisé le mélange des genres et, in fine, trompé le consommateur.

Il faut s’interroger aussi sur le sens donné par Coca-Cola France au terme « financement ». À en croire la représentante du groupe, la Compagnie s’est bornée à acheter une partie des résultats d’une enquête scientifique du CRÉDOC.

En réalité, comme me l’a indiqué France Bellisle, caution scientifique de la présentation :

« La société Coca-Cola n’a pas participé à l’acquisition ni au traitement des données. Cependant, elle a ajouté des questions et suggéré d’étudier des aspects spécifiques de la prise de boisson, par exemple la consommation de boissons sucrées à différents âges de la vie. »

Du simple financement de l’exploitation de l’enquête du CRÉDOC, nous venions donc de passer à l’ajout de questions et à la suggestion d’aspects spécifiques.

Mieux, Coca-Cola s’investit aussi beaucoup dans la préparation de la conférence publique. France Bellisle, remarquant en prologue à ses réponses que mes « questions portaient spécifiquement sur les conflits d’intérêt » qu’elle aurait pu avoir, m’expliqua en effet avoir « travaillé ensemble avec Coca pour préparer la conférence. Plusieurs réunions de préparation ont été nécessaires. Il a fallu s’entendre sur la présentation des données et préparer des diapos susceptibles d’être comprises. Ce travail n’est pas différent qu’il y ait ou non contribution d’un partenaire industriel. »

De toute évidence, le rôle joué par le géant de la boisson à bulles dépasse largement celui du simple financement. Et impose de répondre à une autre interrogation : en suggérant des questions, en orientant l’étude vers certains aspects scientifiques, la compagnie Coca-Cola s’assurait- elle que le produit fini – l’enquête du CRÉDOC – servirait ses objectifs commerciaux ?

Pour tout dire, si la présence de Coca-Cola France aux côtés de médecins et d’un organisme financé par des fonds publics peut étonner, elle est conforme à la stratégie mondiale adoptée par le géant américain.

Ainsi, et cela vous a peut-être échappé, depuis bientôt cinq ans Coca-Cola n’est plus un fabricant de boisson saturée en sucre – et donc responsable de la pandémie d’obésité – mais un spécialiste de l’hydratation !

Un positionnement martelé dans chaque discours interne, sur l’emballage de ses produits vendus aux États-Unis, et même sur Internet où, désormais, la marque propose de « découvrir plus de 80 moyens de s’hydrater », dont la majorité consiste à consommer des produits de sa vaste gamme.

Ce nouveau positionnement répond à deux tendances. D’abord l’appétit du consommateur envers des produits considérés « bons pour la santé » et, surtout, la volonté de la marque de ne pas être montrée du doigt quand on évoque la crise mondiale d’obésité.

La défense de l’hydratation relève donc du vertueux cache-sexe.

Une excuse d’autant plus spécieuse que, comme le rappellent les chercheurs de l’université de Clemson, en plus de son absence de valeur nutritionnelle et de sa teneur en sucre, un soda contient souvent de la caféine. Qui n’est autre qu’un diurétique entraînant, via l’urine, une perte de fluides et donc la… déshydratation !

Que Coca-Cola souhaite que les Français boivent plus et pas uniquement de l’eau est dans l’ordre des choses.

Que le CRÉDOC serve de tremplin à ce genre de message semble plus étonnant, même si l’organisme n’a jamais caché travailler « contractuellement pour des entreprises privées ».

Mais le plus gênant réside dans le fait que des scientifiques renommés servent de caution au message publicitaire d’une multinationale.

Prenons le cas de France Bellisle, qui est, comme je l’ai déjà précisé, directrice de recherche à l’INRA et nutritionniste reconnue mondialement. Son rôle dans la présentation de « l’enquête » du CRÉDOC ayant été largement évoqué plus haut, il ne s’agit pas de remettre en cause ici ses qualités professionnelles, mais de constater qu’elle ne semble pas effrayée par la présence grandissante de l’industrie agroalimentaire dans les coulisses de la médecine et de la recherche.

Mieux, révélant un point qui n’a jamais été mis en avant lors de la conférence de presse au MEDEC – et donc jamais reproduit dans la presse -, la scientifique m’a confié n’avoir pas été engagée sur ce projet par le CRÉDOC mais par… Coca-Cola. « Mon travail de recherche porte le plus souvent sur la prise alimentaire humaine, écrivit-elle. C’est à ce titre que Coca-Cola, qui souhaitait avoir de l’information sur les consommations de boissons, a fait appel à moi, en complément de l’équipe d’experts du CRÉDOC. »

Un point confirmé par Coca-Cola France : « Nous avons demandé au docteur France Bellisle, compte tenu de son expertise dans le comportement alimentaire, de participer à la réflexion et à l’interprétation des données CRÉDOC en collaboration avec les experts du CRÉDOC qui avaient mené l’étude. »

Soit. Mais les relations nouées par France Bellisle avec le milieu industriel ne s’arrêtent pas là. Ainsi, en plus de ses activités à l’INRA, ce médecin est la présidente du Comité de communication de l’Institut français (IFN), « interface entre les milieux scientifiques et ceux de la production agroalimentaire », créé en 1974 par deux professeurs « et plusieurs industriels ».

Une activité non rémunérée qui donne tout loisir d’échanger avec les géants de la toxic food.

Ainsi le comité présidé par France Bellisle accueille huit scientifiques mais également des représentants de Nestlé, Danone, Kellogg’s et… Coca-Cola.

L’IFN n’est pas la seule association fréquentée par la directrice de recherche à l’INRA. On la retrouve par exemple au sein du Conseil européen de l’information sur l’alimentation (EUFIC), une « organisation à but non lucratif qui fournit aux médias, aux professionnels de la santé et de la nutrition, aux enseignants et aux leaders d’opinion, des informations sur la sécurité sanitaire et la qualité des aliments ainsi que sur la santé et la nutrition s’appuyant sur des recherches scientifiques en veillant à ce que ces informations puissent être comprises par les consommateurs ».

En clair ? Un groupe qui reformate les informations scientifiques pour les rendre accessibles au plus grand nombre.

Là, France Bellisle siège au Conseil consultatif scientifique avec d’autres grands noms européens de la recherche.

Tout cela pourrait être acceptable si, parmi les articles du site de l’EUFIC, ne se glissaient pas certaines perles comme « le chewing-gum contrôle l’appétit » ou « le grignotage, une tendance forte pouvant jouer un rôle bénéfique pour votre santé ». Des articles donnant une sérieuse indication sur la manière dont l’organisme veille « à ce que ces informations puissent être comprises par les consommateurs ».

En fait, pour comprendre la motivation de l’EUFIC, il faut regarder du côté de ses soutiens financiers.

Une liste que l’on dirait sortie de l’édition annuelle du classement Forbes des plus grandes entreprises qui comptent. Ainsi, le groupe est « cofinancé par la Commission européenne et l’industrie européenne des aliments et des boissons. L’EUFIC est dirigé par un conseil d’administration dont les membres sont élus par des sociétés membres. L’EUFIC compte actuellement les membres suivants : Barilla, Cargill, Coca-Cola HBC, Coca-Cola, DSM Nutritional Products Europe Ltd., Ferrero, Groupe Danone, Kraft Foods, Masterfoods, McCormick Foods, McDonald’s, Nestlé, Novozymes, PepsiCo, Pfizer Animal Health, Procter & Gamble, Südzucker, Unilever et Yakult. »

On comprend mieux pourquoi, dans la déclaration de transparence signée par l’ensemble de ses membres, l’EUFIC tient à préciser : « L’EUFIC n’agit pas en tant que porte-parole de l’industrie et ne souhaite pas être perçu comme tel. »

L’EUFIC, l’IFN… On retrouve souvent France Bellisle là où les géants de l’agroalimentaire se trouvent.

Une proximité épinglée, aux États-Unis, par l’association de consommateurs CSPI dans le cadre du programme « Integrity in Science », intégrité en science.

Il y a un an, le groupe révélait qu’une synthèse bibliographique cosignée par France Bellisle et publiée par The American Journal of Clinical Nutrition (AJCN) avait « négligé de révéler les liens financiers unissant les deux auteurs et l’industrie de la boisson».

Le CSIP expliquait par exemple que France Bellisle siégeait au sein de Yadvisory board de McDonald’s.

Si l’AJCN avait oublié de préciser les relations de la chercheuse avec le roi du fast-food – et pour le coup, l’un des plus gros vendeurs mondiaux de boissons du groupe Coca-Cola -, le journal scientifique recelait une autre information intéressante. Listant les sources de financement des travaux co-réalisés par Bellisle, l’ACJN nota la présence de The American Beverage Association, groupe spécialisé dans le lobby dont les membres principaux sont… Pepsi-Cola et Coca-Cola. Il va sans dire que les recherches en question dédouanaient de toute responsabilité les boissons sucrées dans l’augmentation des cas d’obésité ! Une étude qui, selon le CSIP, allait en sens contraire à la majorité des publications et recherches sur le sujet.

Bouclant la boucle, c’est bien cette chercheuse émérite que l’on retrouve derrière les lignes de France Soir – « contrairement à ce que l’on pour-rait penser, les boissons rafraîchissantes sans alcool, en particulier les sodas, contribuent peu aux apports caloriques, et, toujours selon l’étude, il n’y aurait pas de corrélation entre ces boissons et la prise de poids » – et les « conseils » d’hydra¬tation mis en avant devant un parterre de méde¬cins et sous l’égide du CREDOC lors de la conférence du 20 mars 2008 à Paris.

Une fois encore, il ne s’agit pas ici de pointer spécifiquement le comportement d’un scientifique ou d’une compagnie mais d’illustrer un système de contrôle de l’opinion. Dont les barons de la toxic food sont, aujourd’hui, les premiers bénéficiaires.

L’ironie de l’histoire est que, pendant que la presse française reprenait comme un seul homme les conclusions sponsorisées par Coca- Cola, le New York Times levait, lui, un énorme lièvre illustrant l’infiltration des industriels dans le monde de la recherche. Et, par là, confirmait le succès des méthodes inventées par John Hill.

Le quotidien revenait sur un article publié en octobre 2006 dans le New England Journal of Medecine. Où le docteur Claudia Henschke, une sommité, affirmait que 80 % des décès liés au cancer des poumons étaient évitables par un recours plus large aux scanners. Après des années de mise en accusation, les industriels du tabac pouvaient donc esquisser un sourire. Sauf que, derrière les conclusions de la scientifique, le Times découvrit dans les sponsors de l’article la présence de la Foundation for Lung Cancer: Early Detection, Prevention & Treatment.

Une association dont les 3,6 millions de dollars de budget ont, ces trois dernières années, été entièrement financés par un fabricant de… cigarettes.

Là encore, la boucle était bouclée.

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Extrait de Toxic Food, le livre de William REYMOND :

 » Créé il y a plus de cinquante ans, le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CRÉDOC), directement placé sous la tutelle du ministre chargé de la Consommation et du Commerce, étudie depuis 1978 les modes de vie de la société française.

Grâce à une constante subvention de l’État, le CRÉDOC a ainsi publié plus de trois mille enquêtes qui, à en croire le vocable de sa propre présentation, constituent une « garantie de professionnalisme, […] d’impartialité et d’indépendance de ses conclusions ».

Dernier exemple en date, le jeudi 19 mars, avec la « Présentation pour la première fois des résultats de l’enquête CRÉDOC sur le comportement et la consommation de boissons en France ».

Tenue dans le cadre du MEDEC, le congrès annuel de la médecine générale, la conférence de presse liée à cette étude, tenue devant un parterre de médecins et de journalistes spécialisés, a suscité un nombre important de reprises dans l’ensemble des médias francophones.

Qui, comme un seul homme, ont colporté les conclusions du rapport et informé l’opinion que « les Français ne s’hydratent pas assez sous quelque forme que ce soit ».

Une carence, put-on lire dans Le Point, aux effets tragiques : « Une mauvaise hydratation entraîne une baisse des performances physiques et intellectuelles, des maux de tête et des problèmes tels que des infections urinaires, des calculs rénaux ou de l’hypertension artérielle. »

L’étude du CRÉDOC allait plus loin en suggérant des conseils de consommation. Ce qu’un article de Destination Santé, repris en page d’accueil de Yahoo Actualités, résuma par « Buvez, buvez de l’eau… mais pas seulement. » Le site Internet n’avait pourtant pas improvisé ce titre-là. Car il reprenait en fait un point développé lors de la conférence de presse par le docteur France Bellisle, directrice de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et spécialiste de la nutrition : « Variez vos boissons, il est plus facile d’atteindre la norme recommandée. »

Si, parmi les produits cités par France Bellisle, figuraient les boissons lactées et chaudes telles que le thé ou le café, le plus étonnant fut de voir apparaître la recommandation de consommer des… sodas.

Je n’ai pas assisté à la conférence de presse du docteur Bellisle, mais j’imagine que ce point a été énoncé avec suffisamment de clarté pour accrocher l’attention des médias. Du reste, un article publié par France Soir le lendemain de la présentation du CRÉDOC affirma que « contrairement à ce que l’on pourrait penser, les boissons rafraîchissantes sans alcool, en particulier les sodas, contribuent peu aux apports caloriques » et ajoute que « toujours selon l’étude, il n’y aurait pas de corrélation entre ces boissons et la prise de poids. Encore un résultat qui en fera déculpabiliser plus d’un. »

Déculpabiliser ou bondir…

Ainsi, pour résumer des conclusions présentées sous l’égide d’un organisme public alors que la crise d’obésité devient chaque jour un problème majeur de santé publique, des nutritionnistes recommandaient la consommation de sodas, conseillaient « aux parents de ne pas diaboliser le sucre » et disaient « réservons les boissons avec édulcorants aux enfants qui ont de vrais problèmes de poids ». Des conseils que de nombreux médias avaient reproduits sans réserve.

Voilà qui, selon moi, méritait une sérieuse explication de texte.

Le premier indice troublant – et de taille – figure dans le coupon-réponse de l’invitation à assister à la présentation de l’enquête du CRÉDOC. On y découvre en effet que la conférence de presse du CRÉDOC est en réalité un événement organisé conjointement par l’organisme public, le MEDEC et… Coca-Cola France.

Oui, Coca-Cola.

Mieux, ce sont les coordonnées de Florence Paris, directrice de la communication corporate de la branche française du géant d’Atlanta, qui apparaissent sous la mention « contact presse ». Ainsi, un journaliste désireux de recevoir par courrier ou e-mail le dossier de presse intitulé « Que boivent les Français ? » doit-il en faire la demande auprès des services de communication de Coca-Cola France.

Dès lors, tout cela devient un peu plus clair.

La présence du fabriquant de sodas aux manettes de cette opération ressemblant de plus en plus à un coup de com’ me permit enfin de comprendre pourquoi, en plus des effrayants – et accrocheurs – détours par les questions du genre « Les Français boivent-ils suffisamment ? », « Pourquoi l’hydratation est-elle importante pour la santé ? », la conférence du CREDOC se proposait aussi d’ouvrir un chapitre sur « Les boissons rafraîchissantes sans alcool : en pratique, hydratation et plaisir » !

Ceci dit, une fois encore tout cela pouvait être le fruit d’une coïncidence. Aussi, afin d’en avoir le cœur net, le 8 avril 2008, je contactai Florence Paris. »

 

Disons-le d’emblée, alors qu’elle connaissait sans aucun doute mon enquête sur les coulisses de sa Compagnie, Florence Paris a courtoisement et rapidement répondu à mes questions. Une qualité à saluer quand on sait que, a contrario, le département consommation du CRÉDOC s’est muré dans le mutisme.

Dans sa réponse survenue deux jours après ma demande, Florence Paris écrivit clairement que « Coca-Cola France, en 2007, [avait] demandé au CRÉDOC les résultats spécifiques sur la consommation de boissons et en [avait] financé l’exploitation comme couramment pratiqué par le CRÉDOC ».

En quelques mots, la directrice de la communication corporate de Coca-Cola France me confirmait donc non seulement l’implication de la Compagnie dans l’événement présenté au MEDEC mais surtout l’existence, en France, d’une pratique que je pensais cantonnée aux États-Unis.

La suite ………….demain.

En somme, peut-être sans s’en rendre compte, en présentant sous ses labels et caution des informations « sponsorisées » par un industriel devant une assistance constituée principalement de médecins et journalistes, le CRÉDOC avait favorisé le mélange des genres et, in fine, trompé le consommateur.

Il faut s’interroger aussi sur le sens donné par Coca-Cola France au terme « financement ». À en croire la représentante du groupe, la Compagnie s’est bornée à acheter une partie des résultats d’une enquête scientifique du CRÉDOC.

En réalité, comme me l’a indiqué France Bellisle, caution scientifique de la présentation :

« La société Coca-Cola n’a pas participé à l’acquisition ni au traitement des données. Cependant, elle a ajouté des questions et suggéré d’étudier des aspects spécifiques de la prise de boisson, par exemple la consommation de boissons sucrées à différents âges de la vie. »

Du simple financement de l’exploitation de l’enquête du CRÉDOC, nous venions donc de passer à l’ajout de questions et à la suggestion d’aspects spécifiques.

Mieux, Coca-Cola s’investit aussi beaucoup dans la préparation de la conférence publique. France Bellisle, remarquant en prologue à ses réponses que mes « questions portaient spécifiquement sur les conflits d’intérêt » qu’elle aurait pu avoir, m’expliqua en effet avoir « travaillé ensemble avec Coca pour préparer la conférence. Plusieurs réunions de préparation ont été nécessaires. Il a fallu s’entendre sur la présentation des données et préparer des diapos susceptibles d’être comprises. Ce travail n’est pas différent qu’il y ait ou non contribution d’un partenaire industriel. »

De toute évidence, le rôle joué par le géant de la boisson à bulles dépasse largement celui du simple financement. Et impose de répondre à une autre interrogation : en suggérant des questions, en orientant l’étude vers certains aspects scientifiques, la compagnie Coca-Cola s’assurait- elle que le produit fini – l’enquête du CRÉDOC – servirait ses objectifs commerciaux ?

Pour tout dire, si la présence de Coca-Cola France aux côtés de médecins et d’un organisme financé par des fonds publics peut étonner, elle est conforme à la stratégie mondiale adoptée par le géant américain.

Ainsi, et cela vous a peut-être échappé, depuis bientôt cinq ans Coca-Cola n’est plus un fabricant de boisson saturée en sucre – et donc responsable de la pandémie d’obésité – mais un spécialiste de l’hydratation !

Un positionnement martelé dans chaque discours interne, sur l’emballage de ses produits vendus aux États-Unis, et même sur Internet où, désormais, la marque propose de « découvrir plus de 80 moyens de s’hydrater », dont la majorité consiste à consommer des produits de sa vaste gamme.

Ce nouveau positionnement répond à deux tendances. D’abord l’appétit du consommateur envers des produits considérés « bons pour la santé » et, surtout, la volonté de la marque de ne pas être montrée du doigt quand on évoque la crise mondiale d’obésité.

La défense de l’hydratation relève donc du vertueux cache-sexe.

Une excuse d’autant plus spécieuse que, comme le rappellent les chercheurs de l’université de Clemson, en plus de son absence de valeur nutritionnelle et de sa teneur en sucre, un soda contient souvent de la caféine. Qui n’est autre qu’un diurétique entraînant, via l’urine, une perte de fluides et donc la… déshydratation !

Que Coca-Cola souhaite que les Français boivent plus et pas uniquement de l’eau est dans l’ordre des choses.

Que le CRÉDOC serve de tremplin à ce genre de message semble plus étonnant, même si l’organisme n’a jamais caché travailler « contractuellement pour des entreprises privées ».

Mais le plus gênant réside dans le fait que des scientifiques renommés servent de caution au message publicitaire d’une multinationale.

Prenons le cas de France Bellisle, qui est, comme je l’ai déjà précisé, directrice de recherche à l’INRA et nutritionniste reconnue mondialement. Son rôle dans la présentation de « l’enquête » du CRÉDOC ayant été largement évoqué plus haut, il ne s’agit pas de remettre en cause ici ses qualités professionnelles, mais de constater qu’elle ne semble pas effrayée par la présence grandissante de l’industrie agroalimentaire dans les coulisses de la médecine et de la recherche.

Mieux, révélant un point qui n’a jamais été mis en avant lors de la conférence de presse au MEDEC – et donc jamais reproduit dans la presse -, la scientifique m’a confié n’avoir pas été engagée sur ce projet par le CRÉDOC mais par… Coca-Cola. « Mon travail de recherche porte le plus souvent sur la prise alimentaire humaine, écrivit-elle. C’est à ce titre que Coca-Cola, qui souhaitait avoir de l’information sur les consommations de boissons, a fait appel à moi, en complément de l’équipe d’experts du CRÉDOC. »

Un point confirmé par Coca-Cola France : « Nous avons demandé au docteur France Bellisle, compte tenu de son expertise dans le comportement alimentaire, de participer à la réflexion et à l’interprétation des données CRÉDOC en collaboration avec les experts du CRÉDOC qui avaient mené l’étude. »

Soit. Mais les relations nouées par France Bellisle avec le milieu industriel ne s’arrêtent pas là. Ainsi, en plus de ses activités à l’INRA, ce médecin est la présidente du Comité de communication de l’Institut français (IFN), « interface entre les milieux scientifiques et ceux de la production agroalimentaire », créé en 1974 par deux professeurs « et plusieurs industriels ».

Une activité non rémunérée qui donne tout loisir d’échanger avec les géants de la toxic food.

Ainsi le comité présidé par France Bellisle accueille huit scientifiques mais également des représentants de Nestlé, Danone, Kellogg’s et… Coca-Cola.

L’IFN n’est pas la seule association fréquentée par la directrice de recherche à l’INRA. On la retrouve par exemple au sein du Conseil européen de l’information sur l’alimentation (EUFIC), une « organisation à but non lucratif qui fournit aux médias, aux professionnels de la santé et de la nutrition, aux enseignants et aux leaders d’opinion, des informations sur la sécurité sanitaire et la qualité des aliments ainsi que sur la santé et la nutrition s’appuyant sur des recherches scientifiques en veillant à ce que ces informations puissent être comprises par les consommateurs ».

En clair ? Un groupe qui reformate les informations scientifiques pour les rendre accessibles au plus grand nombre.

Là, France Bellisle siège au Conseil consultatif scientifique avec d’autres grands noms européens de la recherche.

Tout cela pourrait être acceptable si, parmi les articles du site de l’EUFIC, ne se glissaient pas certaines perles comme « le chewing-gum contrôle l’appétit » ou « le grignotage, une tendance forte pouvant jouer un rôle bénéfique pour votre santé ». Des articles donnant une sérieuse indication sur la manière dont l’organisme veille « à ce que ces informations puissent être comprises par les consommateurs ».

En fait, pour comprendre la motivation de l’EUFIC, il faut regarder du côté de ses soutiens financiers.

Une liste que l’on dirait sortie de l’édition annuelle du classement Forbes des plus grandes entreprises qui comptent. Ainsi, le groupe est « cofinancé par la Commission européenne et l’industrie européenne des aliments et des boissons. L’EUFIC est dirigé par un conseil d’administration dont les membres sont élus par des sociétés membres. L’EUFIC compte actuellement les membres suivants : Barilla, Cargill, Coca-Cola HBC, Coca-Cola, DSM Nutritional Products Europe Ltd., Ferrero, Groupe Danone, Kraft Foods, Masterfoods, McCormick Foods, McDonald’s, Nestlé, Novozymes, PepsiCo, Pfizer Animal Health, Procter & Gamble, Südzucker, Unilever et Yakult. »

On comprend mieux pourquoi, dans la déclaration de transparence signée par l’ensemble de ses membres, l’EUFIC tient à préciser : « L’EUFIC n’agit pas en tant que porte-parole de l’industrie et ne souhaite pas être perçu comme tel. »

L’EUFIC, l’IFN… On retrouve souvent France Bellisle là où les géants de l’agroalimentaire se trouvent.

Une proximité épinglée, aux États-Unis, par l’association de consommateurs CSPI dans le cadre du programme « Integrity in Science », intégrité en science.

Il y a un an, le groupe révélait qu’une synthèse bibliographique cosignée par France Bellisle et publiée par The American Journal of Clinical Nutrition (AJCN) avait « négligé de révéler les liens financiers unissant les deux auteurs et l’industrie de la boisson».

Le CSIP expliquait par exemple que France Bellisle siégeait au sein de Yadvisory board de McDonald’s.

Si l’AJCN avait oublié de préciser les relations de la chercheuse avec le roi du fast-food – et pour le coup, l’un des plus gros vendeurs mondiaux de boissons du groupe Coca-Cola -, le journal scientifique recelait une autre information intéressante. Listant les sources de financement des travaux co-réalisés par Bellisle, l’ACJN nota la présence de The American Beverage Association, groupe spécialisé dans le lobby dont les membres principaux sont… Pepsi-Cola et Coca-Cola. Il va sans dire que les recherches en question dédouanaient de toute responsabilité les boissons sucrées dans l’augmentation des cas d’obésité ! Une étude qui, selon le CSIP, allait en sens contraire à la majorité des publications et recherches sur le sujet.

Bouclant la boucle, c’est bien cette chercheuse émérite que l’on retrouve derrière les lignes de France Soir – « contrairement à ce que l’on pour-rait penser, les boissons rafraîchissantes sans alcool, en particulier les sodas, contribuent peu aux apports caloriques, et, toujours selon l’étude, il n’y aurait pas de corrélation entre ces boissons et la prise de poids » – et les « conseils » d’hydra¬tation mis en avant devant un parterre de méde¬cins et sous l’égide du CREDOC lors de la conférence du 20 mars 2008 à Paris.

Une fois encore, il ne s’agit pas ici de pointer spécifiquement le comportement d’un scientifique ou d’une compagnie mais d’illustrer un système de contrôle de l’opinion. Dont les barons de la toxic food sont, aujourd’hui, les premiers bénéficiaires.

L’ironie de l’histoire est que, pendant que la presse française reprenait comme un seul homme les conclusions sponsorisées par Coca- Cola, le New York Times levait, lui, un énorme lièvre illustrant l’infiltration des industriels dans le monde de la recherche. Et, par là, confirmait le succès des méthodes inventées par John Hill.

Le quotidien revenait sur un article publié en octobre 2006 dans le New England Journal of Medecine. Où le docteur Claudia Henschke, une sommité, affirmait que 80 % des décès liés au cancer des poumons étaient évitables par un recours plus large aux scanners. Après des années de mise en accusation, les industriels du tabac pouvaient donc esquisser un sourire. Sauf que, derrière les conclusions de la scientifique, le Times découvrit dans les sponsors de l’article la présence de la Foundation for Lung Cancer: Early Detection, Prevention & Treatment.

Une association dont les 3,6 millions de dollars de budget ont, ces trois dernières années, été entièrement financés par un fabricant de… cigarettes.

Là encore, la boucle était bouclée.

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Extrait de Toxic Food, le live enquête passionnant de Willam Reymond :

 » Avant d’aborder le second axe de la stratégie du doute mise en avant par les titans de la nouvelle malbouffe, il convient de s’arrêter sur un aspect encore plus sournois de la première étape de confusion.

Nous l’avons vu, avant l’opinion publique, ce sont les médecins et les scientifiques que ciblent les cerveaux de la communication d’entreprise. Puis, arrivent les médias.

Or, lorsqu’on touche à un sujet aussi inflammable que l’alimentation, ils se déchaînent.

Dans le cas précis de l’acrylamide, Margareta Tômqvist remarqua que lorsqu’elle avait prouvé combien la substance avait été toxique pour les ouvriers du tunnel ferroviaire, personne n’avait bronché ni trouvé quoi que ce soit à en redire. Mais quand elle alla plus loin et accusa le processus de cuisson des frites et des chips, une véritable tempête médiatique s’éleva. Avec torrent d’articles et émissions remettant en question ses travaux et même son intégrité, voir sa probité.

Dans l’article publié en juin 2003 par le Journal of National Cancer Institute, la scientifique expliqua, par exemple, que, bien souvent, les recherches favorables à l’acrylamide étaient entreprises sur des quantités consommées inférieures à celles ingérées par un être humain au long de son existence. Une précision essentielle rarement reprise par les médias.

Cette remarque est capitale. Pourquoi, en effet, les journalistes ne notaient-ils pas cette faille dans les travaux des adversaires ?

Je sais que certains confrères ne me le pardonneront sans doute pas, mais il faut bien avouer que, par manque de temps, de connaissances, de moyens ou peut-être simplement de curiosité, la presse se contente souvent des informations prémâchées contenues dans un communiqué sans en vérifier la totale validité. C’est ce qui, vraisemblablement, se produisit sur ce point. Mieux valait reproduire les conclusions positives savamment résumées, que plonger dans les études et dénicher cette faiblesse.

En vérité, ce côté « moutonnier » n’est pas récent. Dans son mémorandum de 1968 adressé à l’industrie du tabac, Cari Thompson, expliquant les recettes d’un communiqué de presse réussi – c’est-à-dire reproduit dans les journaux et favorables à un client -, conseillait de toujours débuter ce texte par son aspect le plus important. Le plus favorable même à la thèse défendue. Et conseillait cyniquement, en cas de reproduction de recherches scientifiques, d’ouvrir le communiqué sur l’info « la plus importante pour l’industrie du tabac même si ce n’est pas la plus essentielle aux yeux de l’auteur des travaux ». En clair, cela signifiait que même si le but d’une étude n’était pas de prouver l’absence de relation entre la cigarette et le cancer du poumon, un bon communiqué se devait de réussir à le faire croire.

Et les bons communiqués de ses adversaires, dans le cas de Margareta Tômqvist, furent très bons.

Il est à noter aussi que, de plus en plus fréquemment, les industriels financent leurs propres recherches, y compris universitaires. Un phénomène, on le sait, qui entraîne souvent la publication de conclusions favorables aux intérêts de ces clients.

Mais, entre les études indépendantes et celles entièrement réglées par des entreprises, il existe une autre forme d’enquête bien plus dangereuse car mêlant noms prestigieux, organismes publics et intérêts privés. Un cocktail détonant dont la victime principale est la presse et celle, collatérale, le consommateur.

La suite ………….demain

 

 

 

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Extrait de Toxic Food, le livre de William Reymond :

 » Le doute se nourrit de la confusion.

Et représente le premier étage de l’entreprise de désinformation érigée par les géants de la nouvelle malbouffe pour déstabiliser leurs adversaires.

Comme, hier, avec les cigarettiers.

Dans un autre mémorandum, toujours rédigé par les experts en communication du cabinet Hill & Knowlton à destination de William Kloepfer, président du Tobacco Institute, Carl Thompson avait élaboré des cibles à viser pour retourner l’opinion.

Le premier groupe, bien avant les médias et le consommateur, était selon lui celui des… médecins. Car à qui d’autre que son docteur le consommateur inquiet demande-t-il conseil ? La bataille de l’opinion se gagne d’abord dans le secret des cabinets médicaux.

L’infiltration du milieu médical par les cigarettiers poussa même Camel à créer une campagne de publicité où de vrais docteurs recommandaient cette marque plutôt qu’une autre.

Outre un rôle prescripteur, les maîtres de la communication de crise ont compris, comme les laboratoires pharmaceutiques, qu’un médecin submergé d’informations n’a, finalement, peu ou pas le temps de s’informer correctement. De fait, dans un paragraphe insistant sur l’obligation de recourir à des mots clefs frappants dans les titres des communiqués de presse fournis aux médias – et aujourd’hui encore souvent reproduits in extenso sans vérification -, Thompson notait : « Ils doivent être conçus avec le plus grand soin en pensant que les médecins et les scientifiques, comme les autres lecteurs, intègrent le plus souvent une information en lisant le titre et rien de plus. »

Après la publication de Toxic, j’ai moi-même été contacté par de nombreux médecins. Qui, tous, regrettaient le peu de place consacré à la nutrition dans leur formation et se plaignaient de la difficulté d’y voir clair dans l’avalanche d’informations parfois contradictoires reçues, désappointements formulés quelquefois avec… virulence.

Ce point est intéressant et ne doit rien au hasard : la contradiction nourrit la confusion. Ainsi, dans son rapport, Thompson listait une série d’angles d’attaque susceptibles de faire douter les médecins et le public de la véracité du lien entre la cigarette et le cancer du poumon. En conclusion, il professait : « Le type d’articles le plus important est celui qui va faire naître le doute. »

Autres temps, autres mœurs ? Hélas, non. La réplique a usé des mêmes méthodes. Et les découvertes relatives à la présence d’acrylamide dans l’alimentation ont été soumises à des pratiques semblables. L’exemple qui suit, un parmi tant d’autres, l’illustre parfaitement.

L’exercice est redoutablement simple. Il suffit, dans n’importe quel moteur de recherche, de taper les deux expressions « acrylamide » et « breast cancer »(cancer du poumon).

Et là, d’emblée, la confusion apparaît.

La première occurrence avance qu’une étude a prouvé que l’acrylamide n’était pas liée à une augmentation des risques du cancer du sein tandis qu’une deuxième explique au contraire que de « nouvelles découvertes pourraient prouver que l’acrylamide augmente le cancer du sein » ! Perdu, désemparé, le pauvre internaute vient, sans le savoir, de mettre le pied dans l’univers du doute concocté autrefois par les cerveaux d’Hill & Knowlton. Car, limitant sa lecture au titre, il conclura souvent que la science ne sait pas, donc qu’en attendant rien ne sert de modifier ses habitudes.

Bien sûr, il ignore que ces deux titres ont été publiés à une année d’écart et concernent deux études différentes. La première, qui remonte à la fin 2007, a été financée par l’Union européenne. C’est celle qui, avec la prudence d’usage, conclut que l’acrylamide pourrait augmenter les risques du cancer du sein. La seconde, plus rassurante, est aussi la plus récente puisqu’elle date du mois de février 2009.

Cette prime à la nouveauté signifie-t-elle, comme le suggère son titre, que l’acrylamide n’accroît pas les risques de cancer de sein, conclusion logique qu’un lecteur pressé est en mesure de tirer ?

En fait, la vérité s’avère plus complexe. Car, malgré des titres semblant résonner en écho l’un à l’autre, les deux études ne couvrent pas le même champ.

La première a étudié l’effet de l’acrylamide sur des femmes ménopausées, à un moment de la vie où les cancers sont plus fréquents. La seconde, elle, a étudié le rôle de l’acrylamide chez des femmes plus jeunes, en pré-ménopause, donc lorsque les cancers sont plus rares.

Loin de moi l’idée de jeter le discrédit sur l’une ou l’autre étude, mon but est seulement de démontrer les rouages d’un mode de communication.

Cela veut-il dire que nous sommes ici devant un texte mis en avant par les défenseurs de la toxic food ? Que l’écho donné à la seconde étude, via le titre de l’article, cherche à contester la première ?

Pour tout dire, je n’en sais rien. Mais, lecteur avisé, je ne peux m’empêcher de noter une série de coïncidences… troublantes.

D’abord, le texte rassurant pour l’industrie de la chips a été publié sur www.foodnavigator.com, un site qui appartient à la société Decision News Media basée à Montpellier, en France. Cette compagnie excelle dans ce que les spécialistes du net nomment le B-to-B, le Business to Business, soit « l’ensemble des activités d’une entreprise visant une clientèle d’entreprises ». Une activité qui, dans le cas de l’entreprise française, se déploie uniquement en ligne.

Première coïncidence donc : le lecteur pense être sur un site d’actualité alors que celui-ci est d’un genre particulier puisque visant « les décisionnaires occupés » dans différents secteurs.

Des activités qui, deuxième hasard, sont celles qui, ces dernières années, se sont fréquemment retrouvées au coeur de la tourmente. Ainsi, parmi « les décisionnaires occupés » visés par Decision News Media, apparaissent les secteurs des cosmétiques, de la pharmacie, de la nutrition et de l’agroalimentaire. À ce titre, en plus de foodnavigator.com, la compagnie montpelliéraine opère sur Bakeryandsnacks.com (boulangerie et pâtisserie industrielle), dairyreporter.com (produits laitiers), beveragedaily.com (les boissons) ou encore meatprocess.com (les produits de la viande). Une multiplication de sites couplée à une vraie maîtrise de l’outil Internet qui permet, bien souvent, aux articles du groupe de se retrouver parmi les premiers liens fournis par les moteurs de recherche.

Bien entendu, le fait que Decision News Media ne soit pas un véritable média, mais une entreprise vendant un service à des clients précis ne signifie en rien que ses sites soient le porte-parole de l’industrie.

Dernière coïncidence, quelques heures passées à lire les archives du site permettent de découvrir que les conclusions de nombreux articles diffusent souvent la parole des représentants de l’industrie, et que la plupart des éditoriaux proposés prennent fréquemment la défense des industriels de la nourriture quand ils n’en chantent pas carrément les louanges.

Quoi qu’il en soit, force est de constater que la stratégie de confusion mise en place autour de la toxicité de l’acrylamide fonctionne à merveille. Ainsi, alors que les travaux de Margareta Tômqvist remontent à 2002, les risques liés à la cuisson par friture, et plus particulièrement celle de la pomme de terre, sont généralement ignorés du grand public.

Aux États-Unis, premier pays consommateur de chips au monde, les études sur l’acrylamide sont même quasiment inconnues. Un sondage, effectué en août 2009, confirmait ainsi que les « consommateurs américains n’avaient quasiment aucune connaissance des problèmes de l’acrylamide ».

En revanche, une fois avertis des dangers cancérigènes de cette substance, la moitié des interrogés annonçait une volonté de « s’informer sur la question ».

Le lecteur avisé que je suis leur souhaite bien du courage. »

La suite ……………..demain.

Dr BUENOS : tout à fait d’accord avec William Reymond. Google utilise un systéme de référencement des articles qui n’a rien à voir avec la pertinence, et qui est basé sur des techniques de référencement.

De tout temps il a été difficile de trouver des informations pertinentes, peut être que la multiplication des médias sur internet, que la nécessaire réactivité (nuisant au contrôle de l’information), l’opacité des sources, et la reprise pour diffusion des informations, rendent elles la tâche encore plus difficile.

 

 

 

 

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Extrait du livre Toxic Food, de William Reymond :

 » Or, pendant que les organismes gouvernementaux s’interrogeaient et surveillaient le taux de ce cancérigène dans l’alimentation, en coulisses se déroulait une âpre bataille.

Car on s’en doute, si une part de la prévention du risque se joue dans nos cuisines et nos préparations à base de friture, l’enjeu essentiel tient à la nourriture industrielle. Et plus particulièrement à la confection des frites et chips, produits où la concentration d’acrylamide est la plus élevée.

Évidemment, les découvertes de Tômqvist ont été accueillies comme une… patate chaude par les géants de l’agroalimentaire. Qui ont dû s’étrangler encore plus en voyant, parmi les conseils publiés par divers organismes, la recommandation d’utiliser les variétés de pomme de terre les moins riches en sucre alors que, comme je l’ai raconté plus haut, l’industrie de la chips préfère le contraire, les patates plus douces « accrochant » mieux le consommateur.

Alors ?

Alors, était venu le temps de revenir aux batailles de propagande classiques.

En 1953, l’industrie de la cigarette se trouva sous les feux croisés d’assauts de certains élus et d’études prouvant le rôle cancérigène de la consommation de tabac.

John Hill, avocat et fondateur du cabinet de relations publiques Hill & Knowlton, fut chargé par les fabricants de cigarettes d’organiser la contre-attaque. Dans un mémorandum intitulé « Le doute est notre produit » adressé au Tobacco Institute, groupement réunissant l’ensemble des fabricants, l’avocat élabora trois axes de réplique destinés à préserver le statu quo le plus longtemps possible. Trois axes résumés en trois verbes : confondre, détruire et calmer.

John Hill travaillait pour le compte des cigarettiers. Mais, cinquante ans plus tard, qu’il soit question de la responsabilité des fast-foods et des vendeurs de sodas dans la pandémie d’obésité, qu’on mette au jour le rôle du sirop de fructose- glucose dans sa progression comme des acides gras-trans dans l’augmentation des risques d’accidents cardio-vasculaires ou qu’on évoque les dangers des acrylamides, ses préceptes sont scrupuleusement appliqués par les fabricants de la nouvelle malbouffe pour contester leurs détracteurs.

Et le doute est l’arme de défense principale des gardiens de la toxic food« .

La suite …………..demain.

 

 

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Extrait du livre TOXIC FOOD, de William Reymond :

 » Les fermiers de la péninsule de Bjare, au sud- ouest de la Suède, n’avaient jamais rien vu de semblable. En septembre 1997, d’étranges phénomènes touchaient les animaux d’élevage. Le taux de mortalité des poissons élevés en bassins de culture s’affolait tandis que de nombreuses vaches mouraient brutalement après avoir subi une paralysie.

Rapidement, l’attention des habitants de la région se porta sur l’immense chantier de construction du tunnel ferroviaire de Hallandsâs. Une intuition correcte. Confrontée à de nombreuses fuites d’eau, la multinationale Skanska, en charge de l’ouvrage, avait utilisé plus de mille quatre cents tonnes de Rhoca-Gil, produit scellant destiné à rendre les voûtes étanches. Or le produit avait fui à son tour, polluant vingt-cinq réserves aquifères, contaminant l’eau de la région et, en bout de chaîne, empoisonnant le bétail.

Fabriqué par Rhône-Poulenc, le Rhoca-Gil avait déjà été évoqué comme responsable dans un incident similaire survenu quelques mois plus tôt en Norvège, lors de la construction de la ligne Gardermoen. Et le gouvernement norvégien avait décidé de bannir le scellant français.

Du côté de Bjare, avant même que l’enquête aboutisse, le groupe chimique français prit les devants et, le 22 octobre 1997, annonça qu’il cessait « la production et la commercialisation du Rhoca-Gil ».

Ce geste de bonne volonté avait-il été motivé par la colère des Suédois et notamment d’Anna Lindh, ministre de l’Environnement, décidés à poursuivre devant les tribunaux les responsables de cette catastrophe écologique ? D’aucuns l’avancent. D’autant qu’au début de l’affaire Rhône-Poulenc avait rejeté la responsabilité de cette pollution sur la multinationale Skanska et ses ouvriers suspectés de n’avoir pas respecté les instructions lors du mélange.

Quoi qu’il en soit, après cinq années d’instruction et d’expertises multiples, les tribunaux condamnèrent les deux compagnies. Le gouvernement suédois avait en effet réussi à prouver que le géant français de la chimie n’avait pas respecté le Lagen om kemiska produkter(« Loi sur les produits chimiques ». Loi votée en 1985), SFS 1985 : 4262, n’accompagnant pas son produit d’instructions mentionnant les dangers liés à son utilisation, dont certaines répercussions sur le système nerveux périphérique.

Quel est le rapport entre un tunnel en Suède, le Rhoca-Gil et la nouvelle malbouffe ?

Un produit chimique, utilisé dans l’industrie des plastiques et présent dans la formulation de la plupart des scellants. À savoir le 2-propénamide, dont la formule brute est C3H5NO et le nom usuel acrylamide. Or l’acrylamide apparaît dans de nombreux aliments.

C’est sous cette appellation qu’il figure dans les conclusions du comité mixte FAO/OMS, groupe d’experts étudiant les additifs alimentaires (JECFA) qui, en 2005, déclarait que cette molécule présentait un risque pour la santé humaine et jugeait l’acrylamide cancérigène.

Mais pour comprendre la portée de ces conclusions au quotidien, il faut retourner en Suède.

En mars 1999, avant même d’être condamné, Skanka a versé plus de 30 millions de couronnes à des ouvriers contaminés par le Rhoca-Gil.

Margareta Tômqvist est l’une des chercheuses les plus réputées du département de chimie environnementale de l’université de Stockholm. À ce titre, en 1998, le gouvernement suédois lui a demandé de mesurer le taux d’acrylamide contenu dans le sang des ouvriers œuvrant sur le tunnel de Hallandsâs.

Utilisant la spectrométrie de masse, elle n’eut guère de difficulté à établir sa présence. Ce qui l’intrigua, ce fut une autre découverte. Voulant étudier en parallèle les taux de cette même substance sur un panel neutre car composé de sujets n’ayant pas été exposés aux émanations de Rhoca-Gil, elle entama des comparaisons. Et eut la surprise de voir ce second groupe présenter également de l’acrylamide dans son sang.

À des quantités suffisamment importantes pour que Tômqvist débouche sur l’hypothèse lui paraissant la plus probable : la source d’intoxication devait résider dans l’alimentation.

Poursuivant cette piste, elle publia, en juin 2000, une étude complémentaire aux conclusions dérangeantes.

Partant du principe que l’acrylamide peut se former spontanément lorsque la température de cuisson dépasse les 120 °C\ son équipe avait nourri des rats uniquement de nourriture frite. Ensuite, en comparant le taux d’acrylamide de cet échantillon avec un autre nourri d’aliments non cuits, les chercheurs avaient pu émettre des conclusions sans appel. La présence d’acrylamide dans le sang des rongeurs nourris à la friture était telle que la scientifique estima que « la quantité ingérée [était] associée à un risque considérable de cancer ».

Décidée à en savoir plus quant aux bombes à retardement dissimulées dans notre alimentation, l’équipe de Tômqvist poussa son enquête et mesura le taux d’acrylamide dans différents aliments. Des découvertes qui, publiées en 2003 et 2004, ont permis de dresser une liste précise et facilement mémorisable des dangers qui nous menacent.

Les recherches ont révélé que l’acrylamide se forme lors-que des aliments riches en glucides sont chauffés au-delà de 120 °C, par exemple si l’on fait griller du pain, torréfier du café ou frire des pommes de terre.

Les études menées par la Suédoise établissent que l’acrylamide se forme lorsqu’on cuit à haute température des aliments riches en hydrate de carbone, donc en amidon et en sucres comme la pomme de terre. En clair, les chips et les frites sont les plus exposées à une contamination à l’acrylamide. Mais ils ne sont pas les seuls puisque de nombreux produits apéritifs style crackers, ainsi que les biscuits et certaines pâtisseries figurent en haut de cette liste.

Les céréales du petit déjeuner et les chips à base de maïs présentent quant à elles un risque médian, tandis que les aliments bouillis et à base de viande, même frits, font courir un danger plus négligeable.

Les chips et les frites…

Le rapport entre un tunnel en Suède, le Rhoca- Gil et la toxic food était donc établi.

Résumons-nous.

Entre 2000 et 2003, une équipe de scientifiques suédois menée par Margareta Tômqvist a publié une série d’études démontrant que la préparation de divers aliments comme les frites entraînait la formation d’un cancérigène, l’acrylamide. Cancérigène que l’on trouvait ensuite en grande quantité dans l’organisme d’un animal nourri avec ces produits.

Que s’est-il passé depuis ?

D’abord, suivant de près les travaux de Tômqvist, le Livsmedeîsverket, organisme gouvernemental en charge de la sécurité alimentaire en Suède, a effectué ses propres recherches. Et publié des résultats qui confirment ceux de la chercheuse. Non seulement dans le processus de formation de l’acrilamyde lié aux hautes températures de cuisson mais aussi dans l’ordre de concentration par produits. Aussi, le Livsmedeîsverket a-t-il édicté que, puisque la consommation d’aliments frits représentait déjà en soi un risque cardiovasculaire, mieux valait éviter d’en manger.

Et en Europe ? Suite aux conclusions de Tômqvist, la Commission a « entamé (en 2002) le recueil des données d’occurrence de taux d’acrylamide dans les aliments, tâche ensuite confiée à l’EFSA (en 2006), en collaboration avec les États membres ».

Toujours en 2002, le comité mixte FAO/OMS d’experts des additifs alimentaires (JECFA) via son président, le docteur Dieter Arnold, déclarait : « Après avoir examiné les données disponibles, nous avons conclu que ces nouveaux résultats révélaient un problème sérieux. Mais nos connaissances actuelles ne nous permettent pas de répondre aux questions posées par les consommateurs, les responsables de la réglementation et les autres parties intéressées. »

En mars 2005, après une série d’études complémentaires, le Comité publia un document de cinq pages au titre on ne peut plus clair : « L’acrylamide dans les produits alimentaires est un danger potentiel pour la santé. »

De son côté, l’EFSA diffusa une liste de conseils pratiques destinés à éviter, dans nos cuisines comme au niveau industriel, l’augmentation de cette substance cancérigène dans les aliments. Parmi lesquels, après l’habituelle mise en garde contre les dangers d’un excès de nourriture frite pour le cœur, l’EFSA recommandait de ne pas garder les pommes de terre au réfrigérateur ni utiliser celles ayant germé ou verdâtres – conditions d’accélération du processus de formation de l’acrylamide -, de réduire le temps de friture et d’éviter les aliments carbonisés au cours de la cuisson.

En plus de cette fiche, l’EFSA valida, entre 2007 et 2009, la nécessité de surveiller chaque année, dans vingt et un pays, le taux d’acrylamide.

De son côté, Santé Canada, après avoir ajouté l’acrylamide à la liste des substances toxiques en août 2009, lança un mois plus tard une campagne de surveillance de son taux dans la nourriture semblable à celle suivie par l’EFSA.

Enfin, le 2 septembre 2009, l’Agence européenne des produits chimiques mit en ligne une nouvelle liste de quinze substances potentiellement très préoccupantes proposées par les États membres et la Commission européenne. Où figure l’acrylamide.

Et ensuite ? Eh bien… c’est à peu près tout ! »

La suite (après cet épisode navrant) …………… demain

 

 

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Extrait de Toxic Food, le livre de William Reymond :

« Revenons au professeur Campbell et à sa métaphore du gazon. Et plus particulièrement à la première phase durant laquelle les substances chimiques s’implantent dans notre organisme.

Nous venons de le voir, les nitrites – via la charcuterie industrielle et certains plats destinés aux bébés – sont l’un de ces carcinogènes. Et les pesticides utilisés pour les fruits et légumes par l’agriculture intensive un autre. Mais il ne faut pas oublier la viande industrielle, du poulet au bœuf, autre vecteur de transmission non négligeable.

Comme je l’ai raconté en détail dans Toxic, les conditions d’élevage lamentables de ces animaux ont de nombreux effets sur notre environnement et notre santé. Or l’un d’eux correspond parfaitement à la description des carcinogènes faite par le chercheur américain.

Des analyses menées par l’USDA ont en effet démontré que le gras animal des viandes conservait lui aussi une partie des substances cancérigènes auxquelles l’animal a été exposé en élevage. Parmi lesquelles des scientifiques du département de l’Agriculture ont mis au jour des pesticides, des fongicides – ils sont présents dans la nourriture et le bétail en est copieusement arrosé -, des hormones, des antibiotiques et même de l’arsenic. Un cocktail hautement toxique à potentiel cancérigène que nous ignorons avaler à chaque bouchée. En somme, sans nous en rendre compte, en mangeant nous payons un lourd tribut humain uniquement pour obtenir un steak à bas prix.

Il est évidemment impossible d’établir ici une liste complète des carcinogènes et de leurs vecteurs. Comme il est impossible de les éviter au quotidien tant ils font partie de notre environnement.

Il faut en revanche garder à l’esprit que nombre d’entre eux sont des composants essentiels de la toxic food. Et donc, en théorie, parfaitement évitables si on modifie nos choix alimentaires. L’ennui, c’est que le consommateur ignore la présence de ces éléments cancérigènes dans sa nourriture. Comme il a longtemps ignoré la présence et le rôle néfaste des acides gras-trans. Car, évidemment, l’huile partiellement hydrogénée n’est pas le seul élément de la cuisine industrielle qui pose problème.

Plus qu’à un consommateur forcément impuissant, la responsabilité du recours à ces substances et ingrédients incombe donc bien aux industriels qui les choisissent, aux publicitaires qui les rendent attrayants et aux politiques qui préfèrent détourner le regard.

Alors qu’entre certitude de la toxicité d’un produit et doute sur son rôle sanitaire on devrait recourir au concept si répandu du principe de précaution, on ne fait rien.

Pourquoi ? »

La suite (cette excellente question restera t’elle sans réponse?) ………….demain.

Dr BUENOS : Au niveau du réseau ROSA de Béziers, nous conseillons à nos patients (et nous essayons de nous l’appliquer à nous même) de consommer de la viande issue d’un élevage bio traditionnel, c’est pourquoi nous conseillons l’élevage de la source de l’Orb pour sa viande de veau et de boeuf ….(qui est autrement plus goûteuse, en plus de ne pas concentrer dans son gras autant de carcinogènes que la viande industrielle)

 

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Extrait de Toxic Food, le livre de William Reymond :

 » L’intention se veut rassurante. Lorsque les représentants de l’industrie chimique et de l’agriculture intensive sont montrés du doigt, leur réponse sur les doses de pesticides est toujours la même : vu les quantités utilisées, « il est prouvé » que leurs produits ne sont pas dangereux.

Que dire ?

D’abord, que lorsqu’un test a effectivement été effectué – ce qui n’est pas toujours le cas -, la méthode utilisée est au mieux incomplète, au pire faussée. Je ne vais pas ainsi m’étendre sur le fait que les autorités gouvernementales, dépassées par le coût financier de telles études, se contentent fréquemment d’approuver un produit à partir des dossiers fournis… par le fabricant. En revanche, il est important de s’arrêter sur quelques vices de forme de ces expérimentations.

Ainsi, dans la majorité des cas, les doses validées sont celles que l’on estime inoffensives pour un homme adulte dans la fleur de l’âge. Un vieillard, une femme, un enfant ou un bébé peuvent donc souffrir de cette subtile différenciation.

Les tests en laboratoires se concentrent globalement sur les répercussions éventuelles d’un seul ingrédient, personne ne semblant s’intéresser aux dégâts nés de la « synergie » entre différents ingrédients cancérigènes, même à faibles dosages (effet cocktail). Comme si notre exposition au risque se limitait à l’un d’eux et pas à la combinaison de tous. Un « isolement » d’autant plus absurde que la plupart des pesticides, herbicides et fongicides croisent les ingrédients dangereux. Et que notre mode de vie et d’alimentation lui- même crée ce cocktail dont nous n’avons aucune idée des conséquences à long et moyen termes.

Personne ne semble s’intéresser non plus au fait que, contrairement aux tests in vitro, nos organismes accumulent ces produits cancérigènes depuis l’âge embryonnaire. Si l’un peut ne pas être dangereux dans un dosage établi en laboratoire, qu’arrive-t-il lorsque, mélangé à d’autres, il agit pendant des décennies dans le corps et connaît, en outre, des renforts fréquents d’autres agresseurs ? Et bien les rares études entreprises sur le sujet n’apportent pas de bonnes nouvelles puisqu’elles démontrent un rôle prépondérant de la durée d’exposition dans la prolifération de certains cancers et de maladies neurologiques.

Quoi qu’il en soit, il apparaît comme un devoir de citoyen de faire de cet axe de recherche une priorité des années à venir.

Concernant l’environnement et les risques toxiques, les années 1970 représentent un tournant majeur.

Après des décennies d’excès et de complète « liberté chimique », poussés par les pionniers du mouvement écologiste et une prise de conscience des citoyens choqués par une série de catastrophes industrielles, les hommes politiques se décident à intervenir et à réglementer ce secteur. Et, en 1976, le Congrès vota le Toxic Substances Control Act (TSCA)1.

Vous l’ignorez sûrement mais cette loi américaine, que l’on vive à Marseille ou à Québec, à Séoul ou à Rome, nous concerne tous. Pour le meilleur et pour le pire.

Le meilleur d’abord. Avant ce scrutin historique obtenu après six années de combat politique acharné, les pays occidentaux ne disposaient pas du moindre texte régulant la création, la production et l’usage des produits chimiques. Née avant la Seconde Guerre mondiale, bénéficiant d’un essor sans précédent depuis la fin du conflit, l’industrie chimique pouvait agir en toute liberté, lançant près de 62 000 substances différentes sans la moindre obligation de les tester au préalable ! Or, inspirés par le texte américain et le vote du TSCA, les pays d’Europe de l’Ouest – dont la France – suivirent le mouvement et adoptèrent, à leur tour, des lois similaires dont le principal mérite était d’exiger le recours à des tests de dangerosité pour chaque nouveau produit.

Mais voilà, le TSCA de 1976 souffre d’une énorme faille. Une faille monumentale creusée au burin du lobbying par l’industrie chimique elle-même. Profitant du fait que le Congrès et la Maison-Blanche avaient annoncé que la future loi serait écrite en accord avec l’industrie pour ne pas entraver la croissance économique, les géants du secteur ont inséré dans le texte une véritable bombe à retardement.

S’ils acceptaient que chaque nouveau produit soit testé, en échange ils exigeaient que le texte ne puisse être rétroactif, donc ne concerne pas les substances et ingrédients déjà sur le marché. De quoi permettre qu’on y recoure comme avant.

En clair, cela signifie globalement que, sur les 82 000 produits chimiques commercialisés en 2009, 62 000 n’ont jamais été testés !

Comme l’Europe s’inspira du TSCA, la même disposition se retrouva dans les réglementations, évitant aux fabricants d’avoir à fournir les moindres données de sûreté relatives aux substances vendues avant 1981.

L’entrée en vigueur, en juin 2007, d’une nouvelle réglementation chimique baptisée REACH était censée combler la faille. Et n’y parvint en rien. D’abord parce que l’enjeu humain et le coût financier qu’exigeaient des tests pratiqués sur les produits antérieurs à 1981 ont empêché de revenir en arrière. Ensuite parce qu’on limita son champ d’action aux seules substances « extrêmement préoccupantes », à l’exclusion des… pesticides relevant d’autres législations. Bref, dans ces conditions, parler de produits testés reste un mensonge qui a encore de beaux jours devant lui.

Dès lors, on ne peut qu’être d’accord avec ce que déclarait le 21 octobre 1976 Russel E. Train.

Ignorant la disposition libérant de toute obligation d’information l’industrie chimique, pensant que le TSCA permettrait ces nouvelles batteries de tests, l’administrateur de l’Environmental Protection Agency (EPA), équivalent américain de notre ministère de l’Environnement, exprimait sa fierté en ces termes : « Cette loi est l’un des gestes les plus importants de « médecine préventive » jamais votés. » Revenant sur les 62 000 produits commercialisés sans aucun contrôle, ignorant l’ironie future – et terrible – de ses propos, il avait conclu – et c’est là que je le rejoins : « Nous en savons peu – abyssalement peu – sur ces produits chimiques. Nous ne savons presque rien de leurs effets sur notre santé, et plus particulièrement en cas d’exposition minime mais à long terme. Nous en savons fort peu sur le nombre d’êtres humains exposés à ces produits. Ni comment ils le sont et jusqu’à quel degré. Nous ne savons même pas précisément combien de produits chimiques – et encore moins précisément lesquels – sont créés chaque année et mis sur le marché. »

Or, trente ans après, en savons-nous beaucoup plus ? »

La suite (après cet effrayant coup de projecteur sur les dispositions législatives qui encadrent la toxicité potentielle des produits chimiques) ………….. demain.

 

 

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