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Extrait de Toxic Food, le livre de William Reymond :

 » La réponse prend l’allure d’une litanie de statistiques. Mais l’avantage avec les chiffres, c’est qu’eux ne mentent pas.

Depuis le début du XXe siècle, les ingénieurs agronomes de nombreux pays collectent une série d’informations sur les fruits et légumes consommés. Ces données permettent d’établir une comparaison entre, par exemple, le taux de vitamine C d’une orange au début des années 1960 et une autre disons contemporaine. Et, donc, de déterminer l’évolution nutritionnelle de la nourriture afin de comprendre pourquoi le professeur Willet continue d’insister sur la nécessité de « supplémenter » l’alimentation.

En juillet 2002, le quotidien canadien The Globe and Mail publia, en partenariat avec la chaîne d’information CTV, une enquête comparative signée André Picard. Inspiré par des recherches menées cinq ans plus tôt par Anne- Marie Mayer pour le prestigieux British Food Journal, l’article se proposait de comparer la teneur en nutriment de vingt-cinq fruits et légumes vendus durant l’été 2002 dans les supermarchés canadiens. Comme référence, le laboratoire de recherche sélectionné par le journal utilisa les données gouvernementales disponibles pour les années 1951, 1972 et 1999.

L’étude britannique menée par Anne-Marie Mayer avait étudié la composition de quarante fruits et légumes entre 1936 et 1991 à partir du document gouvernemental qu’est The Chemical Composition of Foods. Ses conclusions avaient été claires : « Il existe des réductions significatives des niveaux de calcium, magnésium, fer, cuivre et sodium dans les légumes. Et des réductions significatives de magnésium, fer, cuivre et potassium dans les fruits. Le plus grand changement concerne le niveau de cuivre dans les légumes, qui représente désormais moins d’un cinquième d’autrefois. » Par ailleurs, comme nous le verrons, Mayer donnait des pistes pour comprendre comment, en moins de soixante ans, une partie essentielle de notre alimentation avait tant perdu de valeur nutritive.

Mais revenons à l’enquête canadienne désirant voir si l’étude britannique relevait de l’exception.

Et bien, comme on pouvait le craindre, ce n’est malheureusement pas le cas.

Le titre même de l’article annonce la couleur puisqu’il déplore que dans les « fruits et légumes d’aujourd’hui manquent des qualités nutritives d’hier ». Dans le texte même, André Picard écrit : « La présence de vitamines vitales et de minéraux a dramatiquement baissé parmi quelques-uns des aliments les plus populaires comme les pommes de terre, les bananes et les pommes. »

Afin de prouver ses dires, le journaliste insiste sur l’exemple de la pomme de terre, légume le plus consommé au Canada. « La patate moyenne a perdu 100 % de sa vitamine A, qui est importante pour une bonne vision ; 57 % de sa vitamine C et de son fer, un élément clef de notre système sanguin ; et 28 % de son calcium, essentiel à nos os et nos dents. »

Si, aux yeux de certains, ces pourcentages peuvent paraître abscons, une autre comparaison s’avère sans appel. Se fondant sur les tables statistiques émanant du gouvernement canadien, Picard assène qu’afin de consommer une orange avec autant de vitamine A qu’à l’époque de nos grands- parents, il faudrait aujourd’hui en avaler… huit !

Aussi incroyable que cela puisse paraître, le plus étonnant ne se trouve pas dans les conclusions de ces études britanniques et canadiennes. Non, une fois encore, c’est la réaction – ou plutôt l’absence de réaction – des autorités gouvernementales qui agace, scandalise, interpelle. Sollicité par le quotidien de Toronto, l’équivalent du ministère de la Santé du Canada s’est refusé à commenter les analyses comparatives, considérant le débat comme une « discussion d’ordre académique ». Et ce malgré une information révélée par Alison Stephen, directrice de recherche sur les problèmes cardiaques à la Heart and Stroke Foundation of Canada, selon laquelle « la plupart des Canadiens ne s’approchent pas du niveau recommandé de consommation de fruits et légumes ».

Le mutisme canadien officiel fait écho au lourd silence entendu à Londres, suite à l’étude d’Anne- Marie Mayer. Elle demandait au gouvernement britannique d’enquêter sur les conséquences de cet appauvrissement nutritionnel. Et attend toujours.

Si la réticence des élus à s’exprimer peut s’expliquer – ils connaissent mal le sujet, ne savent comment le prendre, etc. -, l’industrie agroalimentaire, elle, n’a pas manqué de réagir. En trois étapes. Avec comme objectif de « noyer le poisson », d’apaiser les craintes suscitées par de telles enquêtes, de proposer des solutions – ou prétendues telles – et, in fine, de préserver ses activités lucratives.

D’abord, rassurer le consommateur.

Pour cela, on explique que la perte de vitamines et minéraux des fruits et légumes n’a pas d’importance puisque, en phase de préparation industrielle, ces derniers sont souvent fortifiés. Une solution qui permet de ne pas remettre en cause le « système » et évite d’ouvrir les yeux sur les raisons de la dégradation de l’alimentation, comportement typique de l’industrie agro-alimentaire lorsqu’elle a à gérer une crise. Qu’on se souvienne du comportement du secteur de la viande lorsque surgit une vague d’intoxication1 à Y Escherichia coli 1057 : H7.

Ensuite, agir dans les coulisses.

Et là, instinctivement, le premier réflexe de l’industrie est de chercher à profiter de la situation. La preuve ? En décembre 2004, sous la houlette du docteur Donald Davis de l’université du Texas, une étude a confirmé les recherches canadiennes et britanniques. Dans ses travaux, publiés par The Journal of the American College of Nutrition, le biochimiste démontre en effet une chute de la quantité de vitamines et minéraux dans quarante-trois plantes sélectionnées. La conclusion faisant du bruit, immédiatement, en janvier 2005, The Packer, revue professionnelle des industriels des fruits et légumes, publie une colonne destinée à rassurer ses abonnés affirmant que le déclin de la valeur nutritionnelle des fruits et légumes américains peut aussi être une bonne nouvelle. Pourquoi ? Parce que s’il veut consommer son quota de vitamines et minéraux, le client devra acheter plus de produits en contenant !

Enfin, confirmant que l’attaque représente la meilleure des défenses, vient la phase ultime : celle qui consiste à lancer une critique « organisée » des études dénonciatrices, le but étant, à terme, de plonger le consommateur dans la confusion. Un écran de fumée n’est-il pas le meilleur gardien du statu quo ?

Dans Toxic, j’ai raconté comment les services de communication de l’industrie agroalimentaire répètent ad nauseam le même argument jusqu’à le transformer en une vérité. La méthode n’a pas varié. Depuis la publication des travaux d’Anne- Marie Mayer, et systématiquement à chaque recherche prouvant que nos fruits et légumes ont perdu de manière significative une part de leurs vertus sanitaires, l’excuse avancée est la même : les scientifiques comparent des données… incomparables. Mieux, ils se servent de méthodes de mesure plus affinées que dans le passé et omettent de prendre en compte un certain nombre de facteurs comme le taux d’humidité.

Or l’argument est redoutable, parce que compréhensible par tous. Personne, en effet, ne peut nier l’amélioration des techniques scientifiques entre les années 1930 et aujourd’hui.

Et même si l’Anglaise Anne-Marie Mayer a déclaré avoir essayé de « compenser » le phénomène dans ses calculs, l’industrie agroalimentaire est parvenue à instiller le doute et à rendre le problème caduc.

Du moins jusqu’aux travaux de Brian Halweil.

Spécialiste des questions agricoles et alimentaires au sein de l’association indépendante World- watch Institute, Brian Halweil a témoigné à de nombreuses reprises devant le Sénat américain sur des questions aussi variées que la biotechnologie ou la faim dans le monde. Défenseur de l’agriculture biologique et de la nécessité de trouver un modèle de développement durable pour satisfaire nos besoins alimentaires, Halweil s’est attaqué en 2007 à l’évolution nutritionnelle des aliments.

Ses conclusions, réunies dans un rapport de 48 pages, sont d’autant plus capitales que, dépassant le cadre des fruits et légumes, elles comparent les qualités de la viande, des poissons et des produits laitiers.

Mieux, connaissant les arguments de défense de l’industrie agroalimentaire, Halweil les a rendus inopérants d’une manière redoutablement efficace. Souhaitant comparer uniquement ce qui pouvait l’être, il a exclusivement utilisé les outils de mesure disponibles à l’époque des relevés originaux de statistiques. Ainsi, au lieu de recourir à une technologie contemporaine, il est revenu à celle servant en 1963, son mètre-étalon.

Résultat ? Au fil des quarante dernières années, la viande est devenue plus grasse et moins riche en fer. Les produits laitiers, plus gras aussi, ont vu leur taux de calcium chuter. Même phénomène du côté des fruits et légumes : des tomates aux poires en passant par les carottes et oranges, tous ont perdu une part essentielle de leurs qualités nutritionnelles.

Faisant écho aux oranges de l’étude canadienne, Halweil écrit donc qu’il faut aujourd’hui manger trois pommes pour acquérir les mêmes nutriments qu’avec une pomme des années 1960.

Dans le catalogue des vitamines, minéraux et composants essentiels en voie de disparition, Halweil, comme l’a d’ailleurs noté de son côté Anne-Marie Mayer, constate une exception. Un élément dont la présence augmente.

Un élément qui est à la fois l’explication du phénomène et à l’origine d’une sérieuse mise en garde du professeur Willet.

La suite (de cette enquête palpitante) ……….demain.

 

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