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contes a guerir

Un conte à maigrir debout, extrait de « contes à guérir…contes à grandir » de Jacques SALOME

« Un conte à maigrir debout

Dans ce pays-là, les femmes avaient toutes ou presque toutes le souci d’un corps mince, ou du moins croyaient-elles en avoir le souci. Très tôt dans leur vie, on leur avait laissé croire qu’il leur fallait un corps élancé, sans excédent de formes et de poids.

Dans ce pays-là, les hommes étaient plus sensibles aux corps des femmes qu’à leur regard, plus touchés par leur forme que par leur écoute et bien plus attirés par leur présentation que par leur amour.

Cela bien sûr n’existait sur cette planète que dans ce lointain pays-là.

Dans ce pays-là, donc, comme vous le sentez bien, régnait le terrorisme des kilos. Une guerre à mort sévissait avec violence chez la plupart des femmes, non pas entre elles, mais à l’intérieur de chacune d’elles.

Guerre sans merci, pour avoir du plus là et là et encore un peu ici. Guerre sans pitié pour avoir du moins, là surtout et encore un peu moins ici.

Parfois, il arrivait à certaines d’être dépassées par leur propre volume, de se sentir envahies, dépossé¬dées même, par des kilos en trop, mal répartis.

D’autres encore éprouvaient une véritable haine pour ces kilos trop voyants, du mépris et du rejet pour ces plis, cette graisse insolente. Il y avait en elles une violence terrible contre la lourdeur ou la mollesse de leurs fesses, de leur ventre, de leur poitrine.

Le territoire favori de toute cette haine, de toute cette violence, dans ce pays-là, était les salles de bains, les chambres à coucher, les lieux d’intimité, et bien sûr la table en était le champ de combat privilégié !

Un jour de printemps, dans ce pays-là, une femme décida d’écouter son corps.

— Je ne veux plus passer ma vie à maigrir debout. Je ne veux plus consommer le meilleur de mes énergies pour la peur de manger trop ou pas assez. Je ne veux plus passer des heures vitales à me sentir coupable d’avoir pas assez ou trop, à me sentir redevable de tout. Je ne veux plus passer l’essentiel de mes jours à me demander «pourquoi» je matraque mon corps par tous ces excès de nourriture, de mal-être, dans un sens ou dans l’autre…

Un autre jour, elle entendit un poète énoncer une phrase simple qui l’éveilla :

J’ai mis longtemps à découvrir que je pouvais soit nourrir ma vie, soit continuer à la consommer. Je préfère pour ma part la nourrir, ajoutait le poète, en arrêtant de la consommer.

Cette phrase la poursuivit plusieurs jours encore, avant qu’elle ne se l’attribue et en prolonge le sens.

— Mais oui, je passe tellement de temps et d’énergie à nourrir mon corps et je ne sais même pas comment nourrir ma vie !

Elle avait enfin compris qu’il n’était plus nécessaire de nourrir son corps pour survivre, pour faire le poids. Qu’il n’était plus souhaitable de faire outrage à son corps, qu’il n’était pas indispensable d’avoir à son égard honte, colère et tristesse.

Qu’elle pouvait croquer sa vie à pleines dents, sans que son corps se sente obligé de faire contrepoids.

Qu’elle pouvait consommer du bonheur, le bonheur d’être entière et vivante.

Le soir-même, elle invita sa propre Vie à sa table.

— Ma vie je t’invite, ce soir tu es mon invitée d’honneur.

Elle mit sa plus belle nappe, deux assiettes, deux couverts, deux verres, deux bougies et prépara un excellent repas.

Elle servit l’assiette de sa Vie en premier, délicatement, en choisissant les morceaux, en soignant la présentation, puis elle jeta à son habitude la nourriture dans son assiette à elle, l’assiette de son corps…

Elle prit sa fourchette, piqua, ouvrit la bouche… allait enfourner le tout… quand elle se ressaisit et mangea en entier, avec plaisir, l’assiette… de sa Vie.

A partir de cette expérience, tout se transforma dans son existence.

Elle sut qu’elle pouvait nourrir sa Vie de mille stimulations, de millions d’inventions, et cela avec créativité et tendresse. Avec une infinitude de petites attentions, de gestes et de regards respectueux pour le compagnon le plus fidèle de son existence, son propre corps.

Elle découvrit qu’elle savait nourrir ce corps de vie, plutôt que d’angoisses et de chagrins.

Elle inventa même une expression bien à elle :

— Se faire chaque jour plaisir et tendresse à sa Vie. Elle confia à ses amis :

— Je ne pouvais plus continuer à passer ma vie à grossir debout.

Aujourd’hui je vis ma vie sans la consommer, je vis mon existence en lui donnant… vie.

 

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Le conte du marchand d’habits, extrait de « contes à guérir..contes à grandir » de Jacques SALOME

« Le conte du marchand d’habits

A une époque très lointaine, dans un pays dont je ne dirai pas le nom, vivait un marchand d’habits.

Son magasin était tout à côté de la boutique d’un marchand qui vendait, lui, des « années » en plus ou en moins. Mais, c’est du marchand d’habits dont je veux parler. Celui-ci vendait des habits correspondant aux sentiments que l’on désirait avoir, aux émotions que l’on souhaitait éprouver.

Vous souhaitiez un habit tristesse, il vous vendait un habit tristesse grise ou noire sur mesure, à la profondeur ou à l’intensité de votre choix, du chagrin au désespoir, en passant par toute la variété de la détresse.

Vous souhaitiez un habit de joie, il vous le taillait à vos dimensions.

Il vous confectionnait sur demande un habit de bien-être, de plaisir, de jubilation, de rires ou seulement de sourires.

Vous souhaitiez un habit d’amour, il vous proposait un habit d’amour léger, d’amour transi, d’amour passion ou encore d’amour rage. Il possédait l’art incomparable de créer des habits au plus près de votre attente la plus intime.

Un jour, un homme entra dans sa boutique et demanda un entretien privé :

— J’ai besoin, dit-il quand il fut seul avec le marchand, d’un habit pour un sentiment très particulier.

C’est un sentiment important pour moi : je ne veux pas être aimé.

Le marchand, étonné, demanda quelques jours de réflexion avant de donner sa réponse.

Un mois plus tard, le marchand fit passer un billet à l’homme pour l’inviter à découvrir l’habit qu’il avait conçu pour lui.

— Cet habit, lui dit-il, vous satisfera pleinement. Dès que vous le porterez il empêchera celui qui tente de vous aimer de vous aimer réellement. Vous verrez, il aura beaucoup de mal à vous aimer.

Et peut-être se découragera-t-il définitivement.

— Mais comment s’appelle cet habit ?

— Je lui ai donné le nom de JALOUSIE.

Soyez sans crainte, j’ai tout prévu. Dès que vous le portez, vous avez tout de suite envie d’accuser l’autre de ne pas vous aimer assez. Vous lui reprocherez de s’intéresser à vous uniquement pour votre corps, pour votre argent, pour quelque chose que vous avez ou que vous n’avez pas.

Vous aurez envie de l’agresser et vous le ferez.

Dès que votre amoureux ou amoureuse montrera le plus petit intérêt pour une autre personne, reproches, accusations, critiques, dont les meilleurs sont les plus injustifiés, vous viendront spontanément à l’esprit.

Vous serez surpris de votre créativité, de votre inventivité pour transformer toutes les situations de rencontres en enfer… pour vous-même et pour l’autre.

Mais attention, il n’y a qu’une seule condition pour que je vous vende cet habit : il est tellement efficace pour empêcher quelqu’un de vous aimer que je vous demande de ne chercher à le reproduire sous aucun prétexte.

La suite de cette histoire est épouvantablement dramatique.

L’homme fut si satisfait de cet habit qui, dès qu’il le portait, arrivait à détériorer toute relation amoureuse, mettait toute tentative d’amour sincère en échec… Il fut tellement satisfait, étais-je en train de vous dire, qu’il en parla autour de lui et transgressa son engagement. Il accepta même qu’on puisse en recopier certaines parties et l’«habit jalousie» se répandit rapidement sur l’ensemble de la planète.

Il revêtit entièrement ou partiellement des milliers d’hommes et de femmes dont certains l’adoptèrent en entier afin de développer une jalousie morbide, mortifère, non seulement pour eux-mêmes mais pour l’autre également.

C’est ainsi qu’on put lire dans certains journaux ou entendre aux informations :

«Drame de la jalousie… il l’aimait tellement qu’il préféra la tuer », ou encore :

«Excédée par ses crises de jalousie, elle l’empoisonna… »

«Ils passèrent vingt ans de leur vie à se reprocher mutuellement d’être trop aimés et mal aimés… par l’autre. »

Ceux qui lisent ou écoutent ce genre de nouvelles aux informations pensent que c’est le jaloux qui aime trop.

Nous, qui connaissons les ravages que peuvent faire les «habits de la jalousie», savons bien qu’il n’en est rien. Celui qui les porte a très peur d’être aimé, et il s’arrange, même s’il n’en est pas conscient, pour décourager, pour tenir à distance, pour éloigner l’amour possible d’un autre.

Il m’est arrivé un jour d’être très tenté par la couleur et par la forme d’un habit de jalousie… L’effet fut immédiat, il éloigna avec une efficacité redoutable celle qui prétendait m’aimer.

J’abandonnai rapidement l’habit trop tentateur mais le mal était fait. Je ne la revis plus.

Si un jour vous êtes tenté d’emprunter ou simplement d’essayer de mettre un habit jalousie, soyez infiniment prudent, à moins que justement l’amour ne vous fasse tellement peur qu’il vous soit nécessaire et indispensable de mettre cet habit.

Nous croyons savoir aujourd’hui qu’un nombre considérable d«habits jalousie» circulent de par le monde.

Certains sont portés temporairement, d’autres sont endossés avec beaucoup de constance, pendant des années, car ils sont quasiment inusables.

Quelques-uns arrivent même à s’imprégner, à s’incruster dans la peau, et ils parviennent ainsi à étouffer petit à petit celui qui les porte.

Je ne souhaite à personne un tel sort… même pas à mon pire ennemi, si j’en ai jamais eu un.

 

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Extrait du recueil « contes à guérir…contes à grandir » de Jacques SALOME :

« Il était une fois une petite fille qui, depuis longtemps, longtemps, portait dans son cœur le rêve d’un grand et bel amour. Elle rêvait à un garçon, puis plus tard à un homme, un inconnu à venir à qui elle donnerait sa vie, son corps, tout son être. Les années passèrent et le bel amour n’arrivait pas. Elle le cherchait partout en vain, dans le moindre sourire, dans chaque regard, dans chaque rencontre.

Pendant des années, elle fut sûre que l’amour viendrait vers elle, la reconnaîtrait entre toutes et lui dirait :

— Oui, c’est toi que je cherchais, je suis venu pour toi, pour toi seule…

Et la petite fille devenue grande, pour ressembler à ses amies, aux autres femmes, renia son beau rêve et s’en alla dans les bras d’un passant qui passait.

Elle ne savait pas encore qu’elle s’était trahie, car elle ne connut dans cette rencontre-là ni l’amour, ni le plaisir, ni même la possibilité de rêver sa vie.

Puis un jour la relation cassa, elle prit la fuite pour sauver un peu de sa vie.

Longtemps, longtemps, son corps garda la trace de cette histoire au début banale, puis médiocre et enfin sordide.

Elle restait, depuis, fermée au plaisir, effrayée par le possible d’un partage.

Un jour, bien longtemps plus tard, elle découvrit, tout au fond d’elle, cet amour qu’elle avait tant recherché à l’extérieur.

Oui, elle rencontra cet amour en elle, comme une force extraordinaire qui la poussa vers un homme qu’elle n’avait ni attendu ni espéré. Il fut là sans même qu’elle le sût, il fut là tout entier, tout présent.

Il fut là et elle s’éveilla ou, plutôt, ce fut l’amour qu’elle portait en elle qui s’éveilla.

Telle une source, il irrigua chacun de ses gestes, ensoleilla ses paroles, fit germer des possibles qu’elle ne soupçonnait même pas.

Ce fut comme un tremblement de terre interne qui secoua toute son existence.

Elle qui avait tant attendu, espéré un amour unique venant vers elle du dehors, découvrait étonnée, ébahie, qu’il avait sommeillé jusqu’à ce jour en elle. Qu’elle le portait au secret de son corps, inouï, extraordinaire de vivacité, surprenant d’imprévisibles.

L’homme à qui elle donna cet amour inespéré fut si surpris, dans un premier temps, qu’il douta de ce sentiment si fou, si soudain. Il en eut même un peu peur au début.

— Je ne le mérite pas, pensait-il, elle doit se tromper et me prendre pour un autre.

Mais c’était bien lui qu’elle avait choisi, seulement lui.

La suite de l’histoire, je ne peux la dire car il arrive parfois que des amours humaines soient si agrandies, si amplifiées par ceux qui les reçoivent qu’elles deviennent des légendes.

Et je ne veux entraîner personne dans un rêve qui ne saurait trouver sa place dans la réalité. A moins que, écoutant tout au fond de vous… »

 

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Extrait de « contes à guérir …contes à grandir » de Jacques SALOME :

« J’ai eu envie de commencer ce recueil de contes par…

«Il était une fois un psychosociologue qui se souvenait de l’enfant qu’il avait été, des histoires qu’il se racontait le soir avant de s’endormir pour calmer les blessures reçues dans la journée, pour apprivoiser les peurs de la nuit, pour restaurer l’image négative que le monde avait de lui… à cette époque-là ! »…

* J’ai d’abord découvert combien il était nécessaire, dans toute relation, d’oser se dire, de nommer ses sentiments, son vécu, ses émotions ou ses désirs, d’aller au- delà du silence des mots pour dépasser la violence des maux.

* Ma deuxième découverte a été de comprendre que toutes les maladies (mal-à-dit) sont des langages symboliques, avec lesquels une personne en difficulté de santé tente de dire ou de ne pas dire l’insupportable, l’indicible.

* Ma troisième découverte a été d’accepter qu’au- delà de nos cinq sens les plus habituellement utilisés, nous possédions chacun d’entre nous cinq sens encore plus merveilleux, plus rarement utilisés: l’émotion, l’imagination, l’intuition symbolique, l’inspiration créatrice et la conscience universelle qui nous relie au divin.

* Ces découvertes m’ont conduit à développer, depuis quelques années, le concept de soins relationnels.

J’appelle soins relationnels l’ensemble des gestes, des paroles, des attitudes, des propositions réalistes ou symboliques que je peux proposer à une personne en difficulté de santé,

* pour qu’elle entende mieux le sens de ses somatisations, de ses passages à l’acte, des violences physiques reçues ou engrangées par son corps ;

* pour lui permettre de redevenir un sujet actif ;

* pour qu’elle puisse retrouver et développer des énergies et des ressources lui donnant accès à davantage d’autonomie physique, à plus de possibles dans ses rencontres avec la vie.

Parmi les soins relationnels, j’ai introduit des contes, des métaphores, des histoires poétiques et ludiques :

ils suscitent chez celui qui les entend un éveil, une prise de conscience, ils stimulent les reliances de son histoire personnelle et familiale.

J’appelle reliance la capacité de relier entre eux des événements, des situations de notre histoire, éparpillés dans le temps, disjoints et apparemment sans rapport commun et cependant porteurs de sens, significatifs d’un message, d’une fidélité ou d’une mission.

Les reliances vont permettre de rapprocher les morceaux du puzzle de notre vie et par ce rapprochement, cette réconciliation possible, donner un sens à notre existence.

Les contes ont ce pouvoir de toucher en nous simultanément plusieurs registres, de réactiver notre inconscient, de stimuler la mémoire de nos oublis, de susciter un autre regard, une autre écoute, d’être porteurs d’énergie créatrice. »

Dr BUENOS : j’ai été très touché par le recueil : « contes à guérir …contes à grandir » de Jacques Salomé. Je vous recommande de le lire.

 

 

 

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