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Extrait de Toxic, l’excellent livre de William REYMOND :

Jusque-là, les victimes du diabète non-insulinodépendant avaient au moins cinquante ans. Et puis, un jour, les cabinets et les hôpitaux durent gérer un afflux de malades entre vingt et trente ans. Suivis ensuite par des adolescents. Et en 2006, on constate même des cas d’enfants de dix et onze ans. Au Texas, le département en charge de la santé des habitants estime même que 45 % des nouveaux cas diagnostiqués de diabète de type 2 concernent des enfants de moins de seize ans !

Le point commun de cette nouvelle génération de diabétiques est flagrant : tous sont obèses.

En somme, l’expression « diabète de l’âge mûr », est obsolète. Cette terminologie ne correspond plus à la réalité. Comment même user de ce terme pour un patient qui n’a pas encore entamé sa puberté ?

Quelque part entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, la maladie est donc devenue uniquement un diabète de type 2. Une démocratisation pour le pire.

Techniquement, le diabète de type 2 ressemble à ceci : « Les cellules du corps deviennent résistantes à l’insuline. Normalement, cette hormone agit comme une clé qui permet aux sucres d’entrer dans les cellules, ce qui est essentiel à leur bon fonctionnement. Lorsque les cellules font de la résistance, le pancréas doit redoubler d’efforts pour produire davantage d’insuline et forcer le passage du sucre dans la cellule. Avec le temps, le pancréas s’essouffle. Le taux de sucre augmente dans le sang. Le diabète de type 2 apparaît ».

Au quotidien, ce mal s’avère intenable dans ses formes sévères. La maladie ronge le système nerveux du patient, le détruisant chaque jour un peu plus. Puis, comme c’est le cas avec le sida, le système immunitaire se fragilise et apparaît déficient, mettant le malade à la merci de la moindre infection. Une simple grippe peut se transformer en maladie mortelle.

Les conséquences ne s’arrêtent pas là. Au risque élevé de crise cardiaque, d’attaque cérébrale, il convient d’ajouter celui de perte de la vue. Ainsi, aux États-Unis, chaque année, près de 24 000 diabétiques deviennent aveugles. (Un chiffre permettant au diabète de type 2 de devenir la première cause de cécité aux USA).Quasiment le double se retrouvent privés de l’usage de leurs reins et deviennent tributaires, un jour sur deux, de plusieurs heures passées « reliés » à une machine à dialyse.

Mais il y a pire encore. Le diabète de type 2 peut entraîner de graves difficultés de la circulation sanguine, obligeant à l’amputation des extrémités. Or, ne croyez pas qu’il s’agisse d’une minorité des malades. En 2004, 82 000 Américains ont été amputés d’un pied, d’une partie de la jambe ou de la main. Et 80 % des diabétiques de type 2 sont obèses. Huit patients sur dix sont donc atteints d’une maladie évitable.

Ici, au Fat Land, le diabète de type 2 est désormais en quelque sorte la maladie officielle de la pandémie d’obésité. Si la France compte « seulement » 2 millions de cas, leur nombre dépasse 21 millions aux États-Unis. Plus grave, 54 millions d’Américains sont considérés comme prédiabétiques. Ce qui signifie que le taux de sucre dans leur sang est déjà au-dessus de la moyenne et leur pancréas prêt à céder. D’ici 2050, le CDC avance que le nombre de malades franchira la barre des 60 millions. Avec un tiers d’adolescents et d’enfants.

Bien évidemment, la prolifération de cette maladie et le coût colossal de son traitement vont mettre en péril le système économique américain. Comme cela arrivera ailleurs aussi puisque la tendance est comparable dans le monde entier. Interrogé en 2002 par Radio Canada, le docteur Patrice Perron se refusait à toute ambiguïté : « Si rien n’est fait, disait-il, on s’en va vers une épidémie parce que l’obésité est en augmentation flagrante. Notre système de santé, qui est déjà à la limite, je crois, va exploser. Au cours des prochaines années, il y aura deux à quatre fois plus d’hospitalisations pour des problèmes cardiaques chez les diabétiques, le nombre des patients en hémodialyse doublera et on verra trois fois plus d’amputations reliées au diabète. Notre système de santé sera incapable d’assumer tout ça ».

 

Le Texas Children Hospital de Dallas est un hôpital modèle. Année après année, il figure dans le classement des meilleurs centres de soins des États-Unis. Sa section consacrée aux diabétiques de type 2 est l’une des plus vastes du pays. Sa clinique traite en permanence 300 patients. Et, là encore, la tendance est à la hausse. Lors d’une visite, au printemps 2006, j’ai constaté que cet établissement avait « enrôlé » 75 nouveaux patients. Dont le plus âgé avait treize ans.

Ici, les médecins se retrouvent devant une situation paradoxale.

D’un côté – et ils en conviennent sous couvert d’anonymat -, l’aspect financier de cette nouvelle crise n’est pas forcément pour eux une mauvaise nouvelle. Puisque le centre propose des diététiciens, des soins adaptés aux enfants et à leurs familles et même, chaque été, une colonie de vacances pour petits diabétiques, l’argent rentre sans problème.

Mais de l’autre, tous savent que la « saloperie », comme ils l’appellent, est directement liée à la pandémie d’obésité. Donc que ce qu’ils constatent est évitable.

Mais voilà, la prévention ne rapporte rien. Et combattre en amont l’apparition du diabète de type 2 ne génère pas de prescription de médicaments coûteux.

Le Texas Children Hospital de Dallas symbolise parfaitement la secrète ambiguïté que j’ai découverte tout au long de mon enquête : dans un monde où seul le marché compte, il n’y a aucun bénéfice financier à tirer du fait de garder les citoyens en bonne santé. Alors que ceux poussant à les soigner sont en revanche énormes. La preuve : en 1999, le fabricant pharmaceutique Eli Lilly and Company inaugurait sa nouvelle usine. Sept ans plus tard, il s’agit encore du centre de production le plus important au monde dédié à un seul produit. Eli Lilly and Company, porté par un taux de croissance annuel de 24 %, y fabrique de l’insuline destinée à traiter les malades atteints du diabète de type 2.

Pour tout dire, cette idée me trottait dans la tête depuis un moment, même si elle me semblait par moments extrémiste. Certains n’avaient-ils pas intérêt à ne pas tout faire pour enrayer le fléau ? Je tournai et retournai la question, refusant d’y croire tant cela me semblait outrancier, quand une chose me frappa. Quittant l’étage où des enfants risquaient une amputation pour cause de trop de malbouffe, j’ai reconnu une odeur à la fois écœurante et familière. Au rez-de-chaussée du Texas Children Hospital de Dallas, là sur ma droite, brillaient les lettres dorées de l’enseigne d’un McDonald’s.

Le géant du fast-food n’est pas seul : Starbucks, Subway, Pizza Hut et Chick-fîl-A sont également représentés à l’hôpital pour enfants de Dallas. »

la suite ……. demain.

 

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