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Extrait de Toxic, le livre de William Reymond que je vous engage à lire :

 » Impossible de la rater : la file d’attente était imposante. C’était même la plus longue de toute la State Fair.

Depuis 1886, chaque année, Dallas accueille une foire régionale inspirée par l’Exposition universelle. Là, pendant vingt-quatre jours, entre les concessionnaires de voitures, les manèges et les concours agricoles, des centaines de milliers de Texans se bousculent pour… manger. Or, avec un peu plus de deux cents stands, ce n’est pas le choix qui manque. L’attrait des Américains pour la nourriture est fascinant quand il ne vire pas au répulsif. Pour certains, manger – bâfrer pourrait-on écrire – est presque devenu une occupation à plein temps. Quel que soit le lieu – 19 % des repas sont consommés en voiture -, le moment – la presque totalité des chaînes de fast-food restent ouvertes 24 heures sur 24 -, l’Américain éprouve le besoin de satisfaire les exigences de son estomac. Et plus encore au Texas, là où on prétend que tout est plus grand qu’ailleurs.

Abel Gonzales a parfaitement saisi l’intérêt financier de l’obsession du remplissage de ses compatriotes. Ingénieur informaticien, il prend ses vacances pendant la State Fair. Non pour venir la visiter mais pour y tenir un stand de beignets.

Pas n’importe lesquels toutefois. Habile commerçant, il a compris qu’afin de sortir du lot, il fallait innover. Aussi, en 2005, il obtient son premier gros succès avec des sandwiches au beurre de cacahuète… assez spéciaux. Agrémentés de confiture et de morceaux de banane, l’ensemble était frit. Sa création, à faire pâlir d’envie le fantôme goulu d’Elvis Presley, fut si remarquée que le succès vint au rendez-vous.

Mais l’enthousiasme resta sans commune mesure avec celui de l’édition 2006. Après des mois d’élaboration, Gonzales est en effet parvenu à marier deux péchés mignons de l’Amérique : la friture et le Coca-Cola. En soi, la recette est simple, mais, comme toute invention à succès, il fallait être le premier à y penser.

Gonzales prépare d’abord une pâte à frire aromatisée au Coca-Cola et à la fraise. Il jette ensuite les petits beignets dans l’huile bouillante. Une fois cuites, les boulettes sont copieusement arrosées de sirop de Coca-Cola, celui-là même utilisé dans les bars et restaurants où on le mélange à de l’eau gazeuse. Un peu de cannelle en poudre, de la crème chantilly et une cerise confite concluent la préparation !

En bouche, l’ensemble est agréable pour qui aime les beignets. Le tout est sucré et il faut même être un vrai connaisseur pour y déceler le goût du soda. Mais peu importe, l’idée plaît et fait des ravages. À tel point que Gonzales a remporté le prix de l’invention la plus innovante. Une confirmation du rôle avant-gardiste de la State Fair de Dallas puisqu’en 1942, c’était déjà ici qu’avait été mise au point l’une des trouvailles culinaires les plus populaires de l’Amérique : le com-dog. Une saucisse enroulée dans une pâte au maïs, puis plantée sur un bâton avant d’être trempée dans de l’huile bouillante.

En vingt-quatre jours, Gonzales a vendu 35 000 portions de sa friture au Coca-Cola. À 4,50 dollars l’unité, il a empoché 157 500 dollars. Si on lui demande de confirmer le prix de revient, estimé à quelques cents, Gonzales, cet informaticien malin, se contente de sourire.

Au-delà des 6 500 dollars gagnés par jour, une autre question m’intéresse : celle du nombre de calories contenues dans son mélange dévoré en quelques minutes. Là encore, « l’inventeur » refuse de répondre. « Il est, dit-il, ici question de plaisir, d’enfance, de nostalgie, de rêve américain. Pas de nutrition. » Peut-être a-t-il raison…

Reste que le tour de taille moyen de son public suscite le malaise. Le Coca-Cola frit fait le bonheur d’un public déjà largement obèse, où les enfants sont nombreux. A mon sens, l’invention de Gonzales dépasse au bas mot les 600 calories. Quand on sait que l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) recommande une consommation moyenne quotidienne de 2 500 calories pour un homme actif moyen et de 2 000 pour une femme, on mesure l’ampleur du problème. « Mes » beignets de la State Fair représentent donc au minimum 25 % des apports caloriques journaliers d’un homme et un tiers de ceux d’une femme.

En 2004, Dallas, Houston, San Antonio, Arlington et Fort Worth, des agglomérations situées au Texas, occupaient la tête du classement des dix villes les plus « grosses » des États-Unis. Le palmarès, établi par le magazine sportif Men’s Fitness, compile différentes informations comme le nombre de crises cardiaques, de restaurants, de fast-foods, de voitures par habitant, de kilomètres de pistes cyclables, d’installation sportives publiques…

L’omniprésence du Texas ne constitue en rien une surprise. Dans l’État de George W. Bush, on estime que 25,8 % de la population est obèse. Et lorsque l’on ajoute les personnes en passe de le devenir, la statistique atteint la barrière phénoménale des deux tiers .

Le Coca-Cola frit d’Abel Gonzales ne pouvait que rencontrer une foule d’adeptes. Et son succès, se propageant au reste du pays comme un feu de forêt, était le point de départ idéal pour mon enquête.

la suite ….. demain.

A cette occasion, je commencerai à vous faire partager la passionnante enquête de William Reymond , et les déductions qu’il en tire au fur et à mesure …..

 

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