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Extrait du livre de Denis DOUCET, « le principe du petit pingouin » :

« Je vous rassure tout de suite. Cette section ne constitue pas un cours universitaire sur le concept d’adaptation dans l’histoire de l’humanité. Simplement un petit rappel

sommaire, fort utile par ailleurs.

Soyons simples et concrets : s’adapter, c’est tenir compte de paramètres présents dans votre environnement afin de maximiser la réponse à vos besoins.

Vous vous adaptez à votre conjoint parce que vous l’aimez, et vous allez tenir compte de ce qu’est cette personne, même si parfois elle ne ressemble pas en tous points à ce que vous auriez souhaité au départ – soyez bon joueur, après tout, vous n’êtes pas parfait vous non plus, pas plus que moi d’ailleurs. Être avec elle ou lui, c’est être bien. Ça répond à quelque chose en vous, à un besoin affectif.

Vous vous adaptez à votre travail parce qu’il vous paie bien, vous avez l’impression de vous y réaliser, vous en éprouvez de la fierté, ou pour toute autre raison qui colle à l’un de vos besoins. C’est pour cela que vous allez tenir compte de ce milieu où vous vous rendez chaque matin, jour après jour.

Vous vous adaptez au tempérament de votre enfant, qui diffère peut-être du vôtre en partie, parce que vous tenez à lui. C’est pourquoi vous allez en tenir compte dans une certaine mesure.

Vous vous adaptez à la météo en portant des vêtements qui vont assurer la juste température de votre corps. Pas trop chaud en été, assez chaud en hiver.

Tout cela implique, plus ou moins implicitement, l’idée d’un juste milieu, ou le sens des proportions si vous préférez. Vous allez vous adapter, mais pas devenir leur esclave, me direz-vous. Tant mieux, c’est exactement ce qu’il faut faire !

Il y a donc ici une notion de réciprocité. Vous avez des besoins et votre vis-à-vis en a aussi. C’est dans un esprit de «satisfait-satisfait» que vous abordez ces moments… du moins si tout se passe bien.

S’adapter demande que vous soyez conscient de vos besoins. Cela va de soi. Mais là, il peut y avoir un hic ! C’est que bien plus de gens que vous ne le pensez n’arrivent pas à bien cerner leurs véritables besoins.

Qu’est-ce qu’un besoin, au juste ? Boire, manger, dormir, se mouvoir. C’est simple, non? Bon d’accord, j’ai un peu trop simplifié. Si c’était aussi simple, tout le monde s’occuperait adéquatement de ses besoins. Mais je viens juste de dire que ce n’est pas le cas. Alors, quoi ?

Donnons-nous une petite définition de ce qu’est un besoin : un besoin est une chose que vous considérez comme vitale, qui va vous placer en déséquilibre si vous ne l’assouvissez pas.

Si vous roulez longtemps en voiture sous une chaleur accablante, vous avez envie de quelque chose de frais à vous mettre sous la dent. Vous imaginez alors une grosse glace à la vanille enrobée de chocolat et surplombée d’une cerise toute fraîche… La question est: en avez-vous vraiment besoin ?

Reprenons. Vous êtes sous une chaleur accablante, vous avez donc besoin d’abaisser la température de votre corps, c’est indéniable. Vous roulez depuis plusieurs heures, donc vous avez faim, cela aussi tombe sous le coup de l’évidence. Par contre, vous rafraîchir aurait pu vouloir dire entrer dans un endroit où l’air est climatisé. Vous alimenter aurait pu se résumer à manger un sandwich au jambon.

Cependant, votre esprit a opté de façon plus précise pour une glace qui répond à la fois à votre besoin de rafraîchissement et à celui de manger. Cette représentation mentale, qui va vous faire vous arrêter au prochain petit commerce spécialisé qui en vend, s’appelle une préférence. Il s’agit d’une propension personnelle à représenter vos besoins d’une façon bien précise, ou dans une catégorie plus fréquente chez vous. Par exemple, si vous êtes amateur de fast food, vous chercherez un restaurant McDonald’s. Si vous attachez de l’importance à votre santé, vous opterez probablement pour un commerce qui sert du yogourt glacé faible en gras. On est encore au niveau d’une préférence personnelle.

Et la cerise dans tout ça ? Eh bien ici, on peut parler de caprice, cette partie de votre représentation qui entre dans des détails encore plus pointus, non nécessaires à la réponse à votre besoin, mais qui s’imposent spontanément comme un réflexe conditionné. Ces succulentes glaces qu’on nous montre dans les publicités n’ont-elles pas toutes cette fameuse cerise qui couronne ce qui représente le summum du dessert froid parfait ?

Cette simple petite démonstration illustre une chose très importante : tout ce que vous désirez, vous n’en avez pas nécessairement toujours besoin. Vous confondez fréquemment l’un pour l’autre (désir et besoin), au plus grand plaisir du vendeur ou du patron, mais trop souvent à votre détriment.

La raison, c’est que votre système mental, qui crée ces représentations, est parfois bien arrimé à l’univers de vos besoins, mais il se voit souvent contaminé de l’extérieur. Nous verrons plus loin comment.

Conséquence : vous dépensez souvent une énergie folle à vous démener en vue d’obtenir des choses qui ne collent en rien à vos véritables besoins profonds. Ainsi, vous risquez de leur substituer des objets de convoitise ou des options qui vous sont imposés ou proposés de l’extérieur par d’autres, c’est-à-dire votre culture familiale d’origine, votre époque, votre lieu de naissance, la pression sociale, vos groupes d’appartenance, vos proches, la culture dominante, la télévision, les magazines, certains livres, l’image du bonheur qu’on a martelée dans votre cerveau depuis votre tendre enfance, la publicité, les politiciens, la religion et des dizaines d’autres influences qui, cela va de soi, «veulent toutes votre bien ».

Comme le dit si bien Richard Koch dans son livre Le principe 80/20 : « Seule une infime proportion de ce que nous faisons contribue à nous procurer ce que nous désirons vraiment. […] Le reste n’est que gaspillage. »

C’est en passant la plus grande partie de votre temps à courir pour obtenir ces objets de convoitise ou cette image de soi à la mode que vous vous mettez à négliger vos véritables besoins, amplifiant votre déséquilibre. Cela vous fait paniquer, en réponse à quoi vous augmentez votre consommation de biens et services en vue d’apaiser votre inconfort existentiel. Et la roue de l’homo economicus tourne et tourne et tourne, au point de vous étourdir pour de bon, jusqu’à la perte de sens de votre vie, les malaises qui n’en finissent plus et… l’angoisse.

Si vous vous rappelez une fois pour toutes que cette angoisse est la traduction en symptômes de l’inadéquation de votre vie avec vos besoins profonds, vous avez une chance de vous en sortir.

En effet, l’anxiété surgit le plus souvent lorsque vous repoussez quelque chose de vous-même, généralement de l’ordre d’une émotion. Soit qu’elle n’est pas compatible à vos yeux avec votre concept de vie du moment (ou celui qu’on vous dit de croire), soit que vous craignez qu’elle ne soit trop inconfortable à éprouver.

Par exemple, vous allez aussitôt vous gaver de croustilles et de soda à la moindre émotion qui provoque des papillons dans votre estomac. L’inconfort disparaît, mais la possibilité d’établir le besoin vital ou ce qui se cachait derrière ces papillons dans votre estomac vous glissera des mains du même coup. Il y a fort à parier que le malaise reviendra et que vous deviendrez un jour un expert dans l’art de vous fuir éternellement. Tout cela parce que vous avez malencontreusement avalé tout rond ce précepte de Big Mouth : « Aucun inconfort tu ne toléreras dans ta vie, fuir par les distractions sera ton code de vie ! »

Ainsi, vous allez perdre de vue que la douleur occupe une place de choix dans la condition humaine : elle nous informe des besoins qu’on a trop longtemps négligés ou qui sont tout à coup devenus criants parce qu’ils sont soudainement menacés de façon massive.

Avoir mal si vous passez la main sur une flamme est très pratique pour protéger votre intégrité physique. Avoir mal quand un amoureux vous malmène dans une relation est très pratique pour vous inciter à vous en éloigner, car il n’est pas celui qui va combler votre besoin d’être aimé. Vous comprenez l’idée ?

Vous me voyez venir, sans doute. Consommer demande de l’argent («Money, money… », dit Big Mouth) et celui-ci provient de votre ardeur au travail que vous effectuez pour quelqu’un, à qui vous donnez une bonne part de votre liberté en échange. Comme ce patron vise lui aussi à maximiser ses profits – dans le cas d’un gouvernement, on dira qu’il vise à contrôler ses dépenses à la baisse -, il vous donnera le minimum, vous demandera de tout faire comme lui le veut et vous fera vivre une cadence excessive. Ce phénomène s’est nettement accentué depuis la fameuse mondialisation des marchés.

Ainsi, tôt ou tard, si vous faites partie des citoyens statistiquement les plus représentatifs, vous allez vous lasser. Toutefois, comme la banque vous a avancé de l’argent au- delà de votre capacité réelle de payer, vous ne pouvez, croyez-vous, vous permettre de changer d’emploi, surtout si vous souffrez de « sécuritose » (terme emprunté à Jacques Lafleur, psychologue québécois) : cette conviction psychologique qui considère comme insensé de quitter un emploi permanent, un fonds de retraite garanti et une assurance dentaire tous frais payés.

Voilà, vous êtes piégé comme notre ami Little Boy. Big Mouth a merveilleusement bien fait son travail de manipulation, vous voilà sous son emprise !

Jean-Pierre Le Goff, sociologue et auteur du livre La barbarie douce, l’exprime à sa façon : « Depuis les années 1980, la modernisation est partout à l’ordre du jour. Mais au nom de la nécessaire adaptation aux mutations du monde contemporain, c’est bien souvent une véritable barbarie douce que cette modernisation aveugle installe au cœur des rapports sociaux. […] Elle déstabilise individus et collectivités, provoque stress et angoisse, tandis que les thérapies en tout genre lui servent d’infirmerie sociale. »

Comprenez-moi bien. Je ne lance pas la pierre aux dirigeants, de quelque provenance qu’ils soient. Ils ne sont que l’instrument d’une logique sociale qui s’autostimule et se perpétue par un effet d’entraînement exponentiel, lequel ne cesse de se confirmer de jour en jour dans mon cabinet. Cependant, il me serait difficile de passer sous silence cette pensée de Warren Bennis qui disait : « Les dirigeants ne naissent pas, ils sont fabriqués. » Fabriqués par qui ? Je vous laisse deviner.

Henri Laborit, biologiste réputé, parlait de systèmes organisationnels humains qui perdent leur origine de vue et leur finalité pour finir par ne chercher qu’à s’autoprotéger, coûte que coûte, par n’importe quel moyen. Comme un cancer parfois, ajouterais-je. D’où la mentalité dominante, dont le monde des affaires est le prototype poussé à son paroxysme, de « tous les coups sont permis ! », pourvu que rien ne change dans l’arène social actuel.

Et, soyez-en conscient, je n’ai donné ici que l’exemple du travail. D’ailleurs, votre amoureux, votre père ou même votre chien peut vous faire le coup. Votre nation peut le faire aussi. Bref, n’importe quelle personne ou institution va vous faire croire que ce qu’elle veut, vous le voulez aussi.

Votre voisin a un nouvel écran plat d’ordinateur LCD à haute définition dernier cri, donc vous devez en vouloir un vous aussi, même si le vôtre, vieux d’une année seulement, fonctionne encore très bien. Votre beau-frère vient de changer de voiture, donc vous devez le faire aussi. Vos collègues se démènent comme des diables pour une promotion, c’est ce que vous devez faire aussi. Votre patron ne vit et ne respire que pour les résultats trimestriels des actions de l’entreprise, vous devez également ne vivre que pour ça. Vous saisissez ?

Vous allez me dire que dans votre cas, ce n’est pas aussi extrême, qu’il ne faudrait pas pousser trop fort! D’accord, ces exemples sont peut-être un peu caricaturaux. Cependant, combien de fois vous attardez-vous honnêtement à l’exercice de vous demander si ce après quoi vous courez, vous en avez vraiment besoin ? Allez, soyez sincère ! Une fois par année, tout au plus ? Et de plus en plus de gens ne se posent plus ce genre de question, car ils n’ont pas le temps, pensent-ils.

La suite …………..Demain.

 

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