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D’après certaines études,  les personnes en léger surpoids vivraient plus longtemps que les autres.

Une idée reçue, battue en brêche par le Pr Walter Willett, président du département de nutrition de l’école de santé publique de Harvard.

Début 2013, des chercheurs Américains publiaient une large analyse sur le lien entre l’indice de masse corporelle (IMC) et la longévité dans le prestigieux journal médical Journal of the American Medical Association (JAMA). Les chercheurs concluaient que les personnes en surpoids et légèrement obèses vivent plus longtemps que celles d’un poids normal. L’information a immédiatement été reprise par l’ensemble des médias français qui y ont probablement vu une bonne occasion pour faire de l’audience avec un titre accrocheur puisque cela faisait maintenant plus de 10 ans que l’on conseillait, au contraire, de maintenir un poids normal pour vivre plus longtemps.

Nous avions nous même sur le site obesite-en-reseau, relayer cette information.

Face aux nombreuses réactions du public, l’école de santé publique de Harvard a décidé de constituer un panel d’experts dans le but de revoir l’ensemble des données existantes sur ce lien entre la mortalité et le poids corporel. Pour faire les choses avec la plus grande rigueur les chercheurs de Harvard ont invité Katherine Flegal, l’auteur de cette étude médiatique, à participer aux débats mais celle-ci a décliné l’invitation.

Le Pr Walter Willett, président du département de nutrition de l’école de santé publique de Harvard nous explique ici pourquoi les résultats de l’étude du Dr Flegal sont faux et extrêmement trompeurs.

Pourquoi est-ce que l’étude du Dr Flegal indique que les personnes en surpoids auraient moins de risques de mourir prématurément ?

Walter Willett : Le problème le plus sérieux dans le papier du Dr Flegal c’est que le groupe dont le poids était « normal » était représenté par un mélange de personnes sveltes et sportives, de fumeurs, de malades du cancer, de maladies qui provoquent une perte de poids ou de personnes âgées fragiles qui ont perdu du poids. Comme le groupe des personnes en surpoids ou obèses a été comparé à ce mélange de personnes malades et en bonne santé, cela a donné lieu à la conclusion erronée qu’être en surpoids est bénéfique et qu’une légère obésité ne présente pas de danger. De plus, comme l’étude du Dr Flegal n’a pas utilisé les données originelles des recherches, il n’y a pas eu de distinction entre les différents groupes d’âge et nous savons que le lien entre la mortalité et le surpoids est plus fort après 65 ans.

Pensez-vous que les statistiques sont précises ? Si non, pourquoi ?

Ces nouvelles statistiques sont complètement trompeuses pour quiconque souhaite connaître leur poids optimal. Comme expliqué plus haut, la raison fondamentale tient au fait que les auteurs n’ont pas fait de distinction entre les personnes minces en raison d’une maladie ou parce qu’elles sont actives et en bonne santé. Ceci va inévitablement amener à une conclusion fausse entre le surpoids et l’espérance de vie. Dit poliment, cette étude est un tas de déchets.

Devons-nous reconsidérer la définition du surpoids ? Est-ce que la classification des IMC est assez précise ?

L’étude du JAMA ne fournit aucune raison de redéfinir la notion de surpoids. Néanmoins, en plus de regarder l’IMC nous devons aussi regarder les variations de poids et de tour de taille dans le temps. Certains d’entre nous, en particulier les hommes, perdent du muscle et gagnent simultanément de la masse grasse au niveau abdominal en vieillissant. Cela peut se produire sans variation du poids corporel total mais c’est aussi un signe qu’il faut être plus actif et améliorer son alimentation.

Certaines personnes ont suggéré que le problème de cette étude provenait de l’IMC lui-même qui ne serait pas un bon indicateur de notre teneur en graisses. Que pensez-vous du calcul de l’IMC ?

Bien que l’IMC ne soit pas parfait, il est remarquablement fiable. Nous avons comparé la fiabilité de la mesure de l’IMC à d’autres mesures ultra précises du surpoids comme le scanner corporel DEXA et elles ne sont pas plus efficaces que l’IMC pour prédire les problèmes liés à l’obésité. Le problème dans l’étude du JAMA provient de la manière dont les données ont été traitées, pas de l’IMC lui-même.

Quelles différences y a-t-il entre cette étude et les autres qui se sont penchées sur la même question ?

Ces dernières années, deux autres analyses majeures ont été publiées, l’une dans le New England Journal of Medicine, et l’autre dans The Lancet, sur le lien entre le poids corporel et la mortalité. Ces études ont impliqué plus de 150 chercheurs et étaient largement plus fiables que celle du JAMA car ils ont combiné les données de plus de 70 études. Après avoir éliminé l’effet trompeur de certaines maladies sur le poids, ces deux études ont montré très clairement qu’être obèse ou en simple surpoids est associé à une mortalité plus élevée.

Donc, si on a 15 kilos en trop par rapport à son IMC idéal, faut-il essayer de les perdre ?

La majeure partie des personnes en surpoids ont gagné ces kilos progressivement à l’âge adulte et presque toutes souffrent d’anomalies métaboliques à cause de cela. Par conséquent, la majeure partie des personnes en surpoids vont bénéficier d’une perte de poids, même de 5% seulement. Encore plus important, pour ceux qui ont un poids normal, un gain de 3 kilos après l’âge de 20 ans est un signal qu’il faut faire plus attention à son activité physique et à son alimentation pour prévenir le surpoids.

Quel est votre conseil pour les personnes qui ont 25 kilos ou plus de trop ?

L’importance de ce surpoids est un danger majeur pour la santé et augmente grandement le risque de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires, de cancer, d’arthrose et d’autres maladies. Il est important de consulter un médecin pour voir quelle sera la meilleure approche mais dans la plupart des cas il s’agit de combiner une meilleure alimentation à une activité physique plus importante. Le travail en groupe est souvent bénéfique et dans quelques cas, l’ajout d’un traitement médicamenteux ou d’une opération chirurgicale peut être approprié.

Ce qu’il faut retenir c’est que l’étude du Dr Flegal est trompeuse et doit être ignorée par les professionnels de santé et le grand public. Les preuves qui relient l’obésité aux maladies métaboliques sont soutenues par des dizaines d’années de recherches. Maintenir un poids normal ou perdre du poids est clairement devenu quelque chose de compliqué dans notre environnement actuel mais suivre les conseils précédents pour garder la ligne peut vous aider à avancer en direction d’une meilleure santé.

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