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Extrait du livre TOXIC, de William REYMOND :

« Ma propre histoire avait remis en doute l’interprétation que j’avais de la pandémie. Finalement, il ne s’agissait pas d’une simple question de volonté. Un certain nombre d’Américains étaient sportifs, surveillaient leur alimentation mais continuaient à prendre du poids. Ou, au mieux, n’en perdaient pas.

Si je m’étais trompé sur l’une des causes de l’obésité, peut-être convenait-il également de remettre en question le dogme lui-même ? Peut-être, après tout, Scott Keith avait-il raison de dénoncer la focalisation sur le « Big Two » ? Peut-être qu’à force de regarder dans une seule direction, nous étions tous devenus aveugles ?

La vérité est en fait encore plus effrayante. Aux États- Unis, la pandémie d’obésité est entrée dans sa seconde phase. Et, si rien ne change, un développement similaire frappera l’Europe et le reste du monde. Les deux facteurs clés que sont la baisse de l’activité physique et la trop grande consommation de nourriture sont désormais des explications dépassées. Ils permettaient des analyses justes voilà encore dix ans mais ne fonctionnent plus aujourd’hui.

Le premier, celui de la surconsommation, illustrée par la taille des portions et l’explosion de la restauration rapide, s’adapte pleinement à la première vague de la crise. Effectivement, entre 1977 et 1996, la consommation quotidienne d’aliments a augmenté de 268 calories chez l’homme et de 143 calories chez la femme. Et, corollaire, l’obésité a commencé à devenir un phénomène de masse. Mais depuis 1996, le chiffre s’est stabilisé, baissant même légèrement chez l’homme. En somme, un Américain ne consomme pas plus aujourd’hui qu’il y a dix ans. Pourtant, l’obésité persiste à se répandre, progressant même de plus en plus vite.

Le phénomène est identique concernant le temps passé devant la télévision. Celui-ci a connu son plus grand bond entre 1965 et 1985, passant de quatre-vingts minutes quotidiennes à cent vingt-neuf en moyenne. Mais depuis ? Eh bien, en vingt ans, ce chiffre n’a augmenté que de vingt-deux minutes, soit à peine 50 % de sa première progression.

Même constat pour l’usage de la voiture : il n’a guère évolué ces dernières années. En tout cas, pas au rythme de la propagation de l’épidémie puisque, d’après le ministère du Commerce, en 2000, 87 % des Américains utilisaient leur véhicule pour se rendre au travail contre 84 % en 1980.

Autre ralentissement ne cadrant pas avec la montée en puissance de l’obésité, celui – cher à Philipson et Posner – de la modernisation de la force du travail. Le nombre de femmes ayant un emploi n’a guère évolué depuis le début des années 1980. Le pourcentage de travailleurs hautement actifs a quant à lui juste fléchi de 45 à 42 % entre 1980 et 1990. Mais le mal avance quand même. Autre donnée bousculant la théorie des deux chercheurs, l’explosion de l’obésité parmi les enfants et adolescents, impossible dès lors à justifier !

À vrai dire, cet ensemble de contre-exemples signifiait surtout que la société américaine a stabilisé sa frénésie à engloutir et sa capacité à éviter l’effort. Tout en continuant à étouffer sous sa graisse. Bref, si les deux causes « classiques » ne suffisaient plus à expliquer la pandémie, c’est qu’il existait d’autres raisons qu’il me fallait découvrir.

Paradoxalement, c’est une expérience réalisée par les CDC (Centers for Disease Control) – et censée prouver la validité du Big Two – qui m’a convaincu des limites de cette théorie.

À la fin des années 1990, inquiets de l’ampleur prise par le diabète de type 2, les CDC ont lancé la plus importante opération jamais réalisée afin de contrer l’obésité. Grâce à un budget de 174 millions de dollars, 3 200 volontaires ont, pendant plus de deux ans, bénéficié de conditions optimales pour changer leur mode de vie. Les CDC ont pris en charge l’adhésion des « cobayes » dans des clubs de fitness, mis à leur disposition des moniteurs sportifs diplômés, et les ont aidés à prendre des repas équilibrés. Objectif: mettre à disposition des aliments sains aux valeurs nutritionnelles surveillées et aux apports caloriques en accord avec les normes médicales. Le tout placé sous l’œil de nutritionnistes et même de psychologues pouvant, quotidiennement, apporter un soutien par téléphone.

Bilan ? Une victoire, à en croire le communiqué de presse des CDC. Après vingt-quatre mois, l’organisation affirmait que, concernant le diabète de type 2, une inflexion du mode de vie « pouvait prévenir ou retarder l’apparition de la maladie », confirmant ainsi les préceptes du Big Two. Soit.

L’ennui, c’est qu’une seconde lecture dévoilait autre chose. Certes, l’expérience des CDC était parvenue à faire perdre du poids à ses volontaires. Mais dans des proportions bien minimes au vu des moyens mis en œuvre. Car au bout de deux années d’efforts, d’un investissement de 174 millions de dollars, en bénéficiant de conditions optimales que ne connaîtra jamais le commun des mortels, de milliers de repas calibrés, de soutiens adaptés, les 3 200 candidats avaient juste perdu en moyenne… 7 % de leur masse corporelle !

Oui, vous avez bien lu : malgré cet environnement ultra-favorable, un homme de 75 kg avait seulement maigri d’un peu plus de 5 kg en vingt-quatre mois !

Dès lors, tous les éléments étaient réunis pour que l’évidence s’impose à moi. À force de focaliser notre attention sur les apports caloriques et le recul de l’activité physique, nous nous étions ni plus ni moins aveuglés. L’Amérique était toujours au bord de l’implosion et le reste de la planète lui emboîtait le pas. Il devenait urgent de se pencher sur ce qui me semblait désormais le cœur du problème : le contenu même de nos assiettes. »

La suite, je devrais plutôt écrire le début de la passionnante enquête de William REYMOND ……. demain .

 

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