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Extrait de Toxic Food, le livre de William REYMOND :

 » Le dernier élément du trio des cancers modernes est celui qui bénéficie de la médiatisation la plus importante : il s’agit évidemment du cancer du sein.

Dont, là encore, la progression est phénoménale. Aux États-Unis, alors qu’une femme sur vingt était atteinte en 1960, la proportion est passée aujourd’hui à une sur trois ! Une tendance qui frappe l’Europe occidentale et l’ensemble des pays riches. En France, sa croissance annuelle depuis 1980 s’élève à 2,4 %. Un pourcentage qui s’accélère malgré « une légère pause depuis deux ans due à un moindre recours aux hormones de la ménopause », révision du protocole médical décidée après découverte que les traitements à base d’hormones de substitution pouvaient entraîner des effets secondaires, dont le cancer du sein. Malgré cette stagnation, chaque année presque cinquante mille femmes découvrent néanmoins qu’elles sont touchées par ce mal.

Il convient de s’interroger sur la portée de ces chiffres. Et de se demander si les campagnes sanitaires sont efficaces. Loin de moi l’idée de condamner la recherche, les traitements et les campagnes de dépistage précoce, mais force est d’admettre qu’aucune des politiques engagées n’est parvenue à stopper l’extension de la maladie dans l’Hexagone, au Québec, aux États-Unis comme dans l’ensemble des pays développés. Cela ne signifie-t-il pas, à nouveau, qu’il est nécessaire de mettre l’accent sur la prévention ? Car même si les cancers sont des maladies complexes dépendant de multiples facteurs, il est scientifiquement établi que la plupart tiennent à notre mode de vie. Donc qu’ils sont évitables. Voici, selon moi, l’un des défis majeurs du siècle, un défi que les pouvoirs publics ne peuvent se permettre d’ignorer. Comme je l’ai souvent entendu de la bouche de chercheurs et de malades découvrant d’où venaient les cancers, la solution réside dans la prévention !

Je viens de l’écrire : le cancer du sein est une maladie complexe. Aussi, pendant de nombreuses années, le monde scientifique a rencontré des difficultés pour en expliquer les raisons. Durant des décennies – les questions de vos médecins sont encore teintées de cette croyance-là -, on a pensé qu’il relevait d’une sorte de fatalité génétique transmise de mère en fille, génération après génération. En réalité, on s’est aperçu que la transmission génétique comptait pour très peu. Ainsi en 1993, les professeurs Graham A. Colditz et Walter Willet – celui des acides gras-trans et des vitamines – ont établi que seulement 2,3 % d’entre eux pouvaient être attribués à des antécédents familiaux !

Même si, depuis, d’autres études ont affiné ce chiffre en le relevant légèrement, la vérité est là : l’héritage génétique n’est pas – et de loin – la cause principale de ce fléau.

Alors, quelle est-elle ?

L’un des éléments de réponse, souligné par David Servan-Schreiber, tient à la nature même du sein. Le chercheur en neurosciences écrit ainsi : « C’est dans la graisse que s’accumulent de nombreux cancérigènes, y compris ceux émis par la fumée de cigarette – comme le hautement toxique benzo-[a] – pyrène, un des cancérigènes les plus agressifs que l’on connaisse. Parmi les cancers qui ont le plus augmenté en Occident depuis cinquante ans, on retrouve surtout les cancers des tissus qui contiennent ou qui sont entourés de graisse : le sein, les ovaires, la prostate, le côlon, le système lymphatique… »

La graisse agit donc comme une sorte d’aimant à substances cancérigènes, les attirant dans l’organisme, les y emprisonnant avant qu’elles n’entreprennent leur travail morbide et commencent à le détruire. Voilà qui s’avère effrayant si l’on songe à la double malédiction qu’endurent les victimes de la pandémie d’obésité. Non seulement elles souffrent mentalement et physiquement de leurs kilos en trop mais, en plus, accumulant du poids, elles offrent, en quelque sorte, aux cancérigènes le… gîte et le couvert.

Si la piste évoquée par David Servan-Screiber explique pourquoi certains cancers se développent et pas d’autres, elle ne remonte malheureusement pas aux racines mêmes du mal.

À cette énigme, la communauté scientifique répond fréquemment par un terme fourre-tout : « les facteurs environnementaux ».

Qui signifie, notamment, que la pollution ou des produits utilisés au quotidien par l’industrie chimique sont à l’origine de la maladie. Reste que, comme le rappelle sans cesse le professeur Campbell, après quarante années de recherches la première source de pollution des organismes est bel et bien l’alimentation moderne. Le scientifique fait notamment référence à la présence de pesticides dans les fruits, légumes et l’eau que nous buvons. Des engrais chimiques aux herbicides, les pesticides contiennent en effet des ingrédients reconnus comme cancérigènes.

La pollution, qu’elle soit environnementale ou contenue dans les aliments, constitue donc l’un des facteurs d’explication envisagés. Mais, une fois encore, voilà qui est bien insuffisant pour expliquer la brusque prolifération des cancers du sein.

Le premier élément d’appréciation réside dans la répartition géographique du mal. Or on constate que ce sont les pays dits riches qui sont en priorité atteints par cette maladie. Des nations où l’essentiel de la nourriture est constitué de toxic food.

Accuser la nourriture industrielle d’être coupable d’une partie des cas répertoriés est confirmé à travers une vaste étude entreprise en 2004 au Japon. En comparant des données remontant à 1959, les scientifiques japonais ont pu constater la récente augmentation des cancers du sein mais aussi, et c’est le plus important, déterminer quand, précisément, cette tendance a débuté.

La réponse est – tristement – sans surprise. Comme s’il existait un mimétisme parfait avec la pandémie d’obésité, ils ont vu que le nombre de cancers du sein avait explosé au Japon à partir du milieu des années 1980, âge d’or de la colonisation de nos assiettes par la nouvelle malbouffe !

Une autre étude, plus importante encore, est à même d’emporter la conviction des plus sceptiques et de ceux qui ne sentent pas concernés. Une étude effectuée en France.

En avril 2008, L’American Journal of Epidemiology publie les conclusions du suivi médical et scientifique réalisé pendant treize ans sur 19 934 femmes françaises. Ce travail, entrepris par des chercheurs de l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif et de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), est une première. En effet, désireux de comprendre les raisons présidant à l’explosion du nombre de cancers du sein, les scientifiques ont mesuré le rôle joué par différents ingrédients alimentaires.

Leurs conclusions dénoncent la toxic food. Et plus particulièrement l’un de ses ingrédients phares : l’acide gras-trans !

En 2007, plusieurs pages de Toxic étaient consacrées aux dangers de l’huile partiellement hydrogénée. En partant de l’exemple américain, où elle est mise souvent à l’insu du consommateur dans plus de 40 % des produits constituant la nouvelle malbouffe, j’avais démontré que l’Europe en général et la France en particulier subissaient à leur tour l’invasion. N’en voyait-on pas la trace dans les plats préparés, les biscuits, les barres chocolatées, les céréales, les pâtes à pizza, les viennoiseries, les soupes déshydratées… ? Une extension d’autant plus déplorable que, depuis 1994, le rôle mortel des acides gras-trans a été établi de manière formelle en Amérique du Nord où ils tuent chaque année près de 100 000 personnes.

Cependant, la nouveauté de l’étude française ne réside pas dans le fait de se pencher sur le rôle de l’huile partiellement hydrogénée dans les accidents cardio-vasculaires, mais d’y voir un facteur de risque du cancer du sein. Or les résultats obtenus sont implacables. Primo, la probabilité de contracter un cancer du sein augmente en cas de consommation d’huile partiellement hydrogénée. Et ce, secundo, dans des proportions considérables. Ainsi, les femmes adeptes de la nourriture industrielle, principale source d’acides gras-trans, courent-elles deux fois plus de risques d’être atteintes de ce mal.

Une découverte qui incite l’équipe française à conclure : « Nous ne pouvons que recommander une diminution de la consommation des produits contenant des acides gras-trans d’origine industrielle. Les acides trans devraient être clairement indiqués sur l’étiquetage des produits qui en contiennent. »

Si, une fois encore, je peux comprendre la prudence de langage affichée par le corps scientifique – surtout, comme c’est le cas ici, dans la mesure où il est rattaché à un établissement public de recherche -, je ne suis pour ma part tenu à aucun devoir de réserve.

Or que constate-t-on : qu’un produit dont la toxicité est établie de manière officielle depuis maintenant quinze ans continue d’être commercialisé.

Qu’on s’en souvienne, cette année-là, suivant les conclusions du professeur Willett, la très prestigieuse National Academy of Sciences devait recommander aux Américains de ne pas consommer d’huile partiellement hydrogénée. Mieux, dorénavant, nous savons qu’en plus d’une responsabilité majeure dans les accidents cardio-vasculaires ce produit augmente considérablement les risques de cancer du sein. Un rôle qui ne paraît pas se cantonner à cette seule forme de maladie puisque, depuis la parution du rapport français, d’autres scientifiques étudient les effets des acides gras-trans dans des cancers différents, certaines conclusions préliminaires tendant à prouver que le produit phare de la nourriture industrielle fait vraiment office de multiplicateur de risques.

Et bien, malgré ces accusations, malgré sa responsabilité attestée dans la pandémie d’obésité, les maladies cardio-vasculaires et maintenant les cancers, rien ou presque n’a été entrepris pour limiter sérieusement le recours aux huiles partiellement hydrogénées.

Que dire de l’étiquetage alors ?

La suggestion de l’équipe de chercheurs français va dans le sens des conclusions d’un rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) dont je fustigeais déjà la mollesse dans les pages de Toxic. Car l’étiquetage, solution appréciée par l’industrie agroalimentaire puisque moins contraignante, n’a quasi aucun effet sur les consommateurs !

Il s’agit d’un coup d’épée dans l’eau en vérité, tant les géants de la nouvelle malbouffe ont trouvé le moyen de contourner ce mince obstacle. D’abord, ils peuvent se cacher derrière les « erreurs de calcul » et les « marges d’erreurs », officiellement tolérées et qui permettent à un produit d’afficher qu’il ne contient pas d’acides gras-trans dès lors… qu’il en contient moins de 3 %. Et puis, il y a le fameux astérisque qui signifie qu’un aliment en contient peu – ou pas – par portion. Or, comme chaque fabricant est libre de déterminer la taille de ses portions, il arrive qu’un repas préparé pour une personne soit présenté comme l’équivalent d’un tiers de portion réelle. Le consommateur, rassuré par l’étiquette, avalera donc le contenu de son assiette sans inquiétude alors qu’elle recèle trois fois 3 % d’huile partiellement hydrogénée.

Résultat ? Aux États-Unis, ce système a été mis en place depuis plus de quatre ans mais la Federal Drug & Administration (FDA) estime que la mention indiquée sur un produit sauve seulement « entre 250 et 500 vies par an ». Une goutte d’eau lorsqu’on sait que le nombre global de victimes de l’huile partiellement hydrogénée s’élève – hors cancer ! – à 100 000 personnes chaque année.

Le Canada a été le premier pays au monde à adopter l’étiquetage obligatoire des gras-trans.

Reste la solution généralement préconisée par les pouvoirs publics : « Encourager les industriels à diminuer les teneurs en acides gras dans leurs produits. »

Au lieu de poursuivre dans cette voie, l’Europe et la France – où, selon les chiffres de l’AFSSA, les adolescents consomment autant d’acides gras- trans que le teenager américain – feraient bien de prendre note du récent échec d’une telle méthode au Canada.

En juin 2007, Tony Clement, ministre de la Santé du Canada, lançait un plan fédéral contre les gras-trans d’origine industrielle présents dans la chaîne alimentaire du pays. Et, à ce titre, invitait l’industrie agroalimentaire à bannir l’huile partiellement hydrogénée d’ici 2009.

Cet appel au volontariat fut une surprise puisque le rapport de recherches sur lequel le ministre fondait son plan « l’avait rejeté catégoriquement […] » citant l’exemple du Danemark où les gras- trans n’avaient, en pratique, été éliminés de l’alimentation qu’à partir du moment où une réglementation contraignante avait été adoptée, après des « années de vœux pieux ».

Mais voilà, le ministre canadien avait été sensible aux sirènes de différents lobbies, dont les pressions du gouvernement des États-Unis parce que son industrie alimentaire risquait de connaître des problèmes si le « remplacement des gras- trans était rendu obligatoire ».

Deux ans plus tard, il est temps de dresser un bilan.

Celui de Georges Honos est on ne peut plus clair. Le cardiologue et porte-parole de la Fondation des maladies du cœur réclame « devant le peu de progrès réalisé […] l’adoption d’une réglementation par le gouvernement fédéral ». Et, selon la presse, il demande que la présence de « gras-trans soit clairement identifiée sur les emballages et que le niveau acceptable pour chaque aliment soit déterminé. Il désire également que des pénalités soient prévues pour punir les compagnies qui contreviendraient à la réglementation. »

« Devant le peu de progrès réalisé… », l’expression a le mérite de la franchise.

De Montréal à New York en passant par Copenhague, le refrain est donc toujours le même. S’ils ne sont pas contraints, par un cadre de loi restrictif, à changer, les géants de la toxic food continuent à nous empoisonner.

Dès lors, l’huile partiellement hydrogénée, que nous consommons tous les jours sans même nous en rendre compte et dont le rôle comme facteur de risques de l’obésité, des maladies cardio-vasculaires et du cancer du sein est prouvé, ne doit pas attendre de notre part la moindre mansuétude. Il faut l’interdire. »

La suite ……….. demain.

Dr BUENOS :  Je suis d’accord pour demander l’interdiction d’utiliser des huiles partiellement hydrogénées au moins pour certaines catégories d’aliments. Cette interdiction peut elle voir le jour, si les consom-acteurs que nous sommes ne se mobilisent pas ? C’est peu probable compte-tenu des intérêts qui sont en jeu.

 

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