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Sirop de glucose fructose et industrie sucrière

Extrait du livre Toxic, de William REYMOND :

« Toutes ces polémiques, études, contre-études pouvaient sembler fort lointaines, vues de l’Hexagone. Après tout, l’HFCS était un problème purement américain, ne concernant pas le reste du monde…

Erreur.

Si, pendant longtemps, l’obésité avait été considérée comme une spécificité des États-Unis, désormais, la crise s’était métamorphosée en pandémie. En Chine, le diabète était devenu la deuxième cause de décès, l’Afrique était atteinte et l’Europe paraissait copier le pire du modèle d’outre Atlantique. Il était donc légitime de savoir si l’HFCS – désormais identifié comme l’un des agents toxiques responsables de la deuxième phase de la crise américaine – pouvait exporter ses propriétés nocives.

La réponse se trouve du côté du Japon, pays dont la courbe de progression de l’obésité ressemble le plus à celle des États-Unis. On y observe en effet une première phase, qui débute lentement mais sûrement après la Seconde Guerre mondiale, puis, comme au Fat Land, une accélération subite dans les années 1980.

Ne l’oublions pas, si les chimistes de Clinton Corn Processing Company furent les premiers à réussir l’hydrolyse du maïs, c’est dans des laboratoires nippons que la recette de l’HFCS 42 avait été finalisée. Conséquence, en 2006, l’ex-empire du Soleil levant est le deuxième consommateur de sirop de glucose-fructose du monde. Fabriqué à partir de maïs importé des États-Unis et de pommes de terre cultivées sur place, l’HFCS, malgré la concurrence domestique du sucre, s’octroie désormais 25 % du marché des édulcorants.

L’exemple japonais confirme la thèse d’une crise d’obésité en deux phases, la distribution massive du HFCS jouant ici le rôle de catalyseur déclenchant la seconde étape.

Aux États-Unis, et au Japon donc, les services sanitaires doivent dorénavant faire face aux conséquences de cet état de fait. La solution proposée par Bray, même si elle paraît d’une logique enfantine, est loin de faire l’unanimité : « Si l’HFCS agit comme un agent proliférateur de la maladie, alors réduire l’exposition à l’agent devrait aider à réduire l’ampleur de l’épidémie ».

Personnellement, imposer une législation sur l’HFCS aux États-Unis me semble impossible. Parce que derrière le sirop de glucose-fructose se cache l’enjeu politique et industriel de la gestion des stocks de maïs. Une situation dont les effets, nous allons le voir, dépassent le cadre de cette substance montrée du doigt.

Reste donc l’Europe. En fait, peut-être serait-il plus juste d’employer le passé. Car, année après année, offrant un nouveau débouché à nos stocks de blé, le sirop de glucose-fructose s’impose aussi sur le vieux continent. Ainsi, dans l’édition 2006 du guide Savoir manger, on peut lire : « Nous découvrons aussi que les nouveaux ingrédients contenus dans les produits sont susceptibles d’amplifier [le] mécanisme de l’obésité. Par exemple, il n’est pas identique de consommer du sucre sous forme de saccharose ou de glucose, et sous forme de sirop de glucose-fructose ». Plus loin, les docteurs Jean-Michel Cohen et Patrick Serog écrivaient : « Le nombre de produits contenant du sirop de glucose-fructose a augmenté de manière importante ». Et d’étayer leur remarque en citant la présence du HFCS dans « les yaourts, les biscuits, les boissons sucrées, les glaces… »

En fait, si ce sirop n’a pas encore totalement envahi l’alimentation européenne, c’est parce que les institutions de Bruxelles mènent une politique de protection de l’industrie sucrière traditionnelle. Ainsi, tout édulcorant contenant plus de 10 % de fructose est soumis à un quota. Mais cette particularité qui, en France par exemple, a longtemps offert un confort certain aux betteraviers, ne devrait pas résister à la mondialisation des marchés. Notamment parce qu’en mars 2006, George W. Bush, sous la pression des producteurs de maïs parmi lesquels se trouvait ADM, a obtenu une victoire majeure auprès de l’Organisation mondiale du commerce.

Depuis 2002, le Mexique taxait les boissons édulcorées à l’HFCS. Non pour des raisons sanitaires, mais pour limiter l’importation de ce maïs américain qui, grâce aux subventions, était vendu moins cher que celui cultivé sur place. Le prélèvement de 20 % permettait également de protéger la filière sucrière et d’écouler les stocks. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. L’OMC, au terme d’âpres discussions, a estimé que cette mesure « était discriminatoire et contraire aux règles de l’Organisation ».

La décision a été accueillie triomphalement à Washington. Le président de l’Union des producteurs de maïs a même publiquement affirmé qu’il « s’agissait d’une victoire pour les producteurs américains ». Pourquoi ? Parce que, désormais, le revers des Mexicains fait jurisprudence, ouvrant à des milliards de litres de sirop de glucose-fructose les frontières de bien d’autres marchés mondiaux.

Le sirop de glucose-fructose était né des stocks de maïs d’Earl Butz. S’il jouait le rôle que le whisky avait assumé dans les années 1880, cela n’était pourtant pas assez. Pour tout dire, seuls 6 % de la production annuelle de maïs se voyaient transformés en or jaune. Le reste ? Il fallait s’en débarrasser. Et, une fois de plus, en altérant notre nourriture.

La suite (troublante et tout aussi intéressante) ………………..demain.

 

 

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