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Extrait de Toxic, le livre de William REYMOND :

« Arrivé à ce point de l’enquête, je voulus me remémorer les différentes raisons qui m’avaient conduit ici. Pourquoi ce parking vide d’un motel de l’Oklahoma s’inscrivait- il dans la logique de mes travaux ?

La ville de Clinton avait survécu grâce à la Route 66. Mais la construction, à quelques kilomètres, d’un réseau autoroutier et de voies rapides que l’on n’arrivait pas à quitter, l’avait transformée en une sorte de ville fantôme post-industrielle. La bourgade ressemblait au cruel miroir urbain d’une partie de l’histoire américaine.

Il est difficile de décrire une odeur. Disons, pour faire simple, que celle qui flottait au-dessus de Clinton était la pire chose à laquelle mon nez avait jamais été confronté. En tout cas, elle m’avait saisi bien avant d’arriver en ville. Elle était présente, enveloppant la région, la banlieue et le reste. Il n’était même pas nécessaire de sortir pour noter sa présence. La vitesse et les filtres de ma voiture n’y pouvaient rien. En quelques minutes, j’en faisais partie. L’odeur avait happé mes vêtements, conquis ma peau, imprégné mes cheveux et mon souffle. Et là, alors que je me demandais comment éviter de faire les quelques pas qui me séparaient de l’hôtel, je venais de me souvenir : j’étais parti à la recherche des tonnes de maïs d’Earl Butz. Mon odorat ne me trompait pas, je les avais retrouvés.

L’odeur de Clinton n’est pas unique. On la retrouve en Utah, en Caroline du Nord, dans le Delaware, le Kentucky et certains coins du Texas. Certains diront que c’est celle de la modernité. Pour moi, à imaginer qu’elle en ait une, c’est plutôt celle de la pandémie d’obésité.

Depuis Clinton, ma mémoire olfactive associe en effet ce fumet âcre, puissant et écœurant à la crise dont je recherchais les clés. Un fumet qui émane directement des « fermes industrielles », là où les surplus de grains viennent gaver la viande qui nous rendra malades.

Le cercle vicieux pourrait se résumer ainsi : la surproduction de maïs subventionné pour des motifs politiques entraîne de l’obésité lorsque, gagnant en valeur ajoutée, le grain est transformé en HFCS. Quant aux surplus, grâce à leurs prix bas, ils alimentent le bétail. Le prix dérisoire du grain a permis de créer de véritables usines à bestiaux. Evidemment cette soudaine croissance a des conséquences désastreuses sur l’environnement et des répercussions tragiques pour les animaux. L’industrialisation augmente la production d’une viande peu coûteuse, saturée en graisse, en hormones et en antibiotiques. Au bout de la chaîne, il n’y a qu’une destination : nos assiettes !

Moralité ? La pandémie d’obésité est un problème complexe aux facettes multiples. Reprenons une dernière fois le cas du sirop de glucose-fructose. Déterminer ses effets sur le cerveau humain constituait une première étape. Découvrir la suite, c’était comme ouvrir une boîte de Pandore. Si l’HFCS est vecteur d’obésité, comment convaincre l’industrie agroalimentaire d’abandonner un produit autorisant 30 % d’économie sur le coût d’un ingrédient aussi essentiel que le sucre ? Qui plus est grâce à une substance aux qualités permettant la commercialisation de portions plus attirantes sans sacrifice de marge ? Comment expliquer à ADM et aux autres gros producteurs d’HFCS que leurs stocks de maïs n’auraient plus de valeur ajoutée ? Comment inciter un élu de Washington à voter contre les prochaines subventions de la filière alors qu’il risque de perdre de généreuses contributions à sa prochaine campagne ?

On le voit, à mieux y réfléchir, blâmer nos appétits incontrôlables et condamner nos comportements de fainéants est bien plus aisé que de remettre en cause un système où beaucoup trouvent leur compte.

La suite (après cette introduction) ………………….. demain.

 

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