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Extrait de Toxic, le livre de William REYMOND :

« La bataille pour la confirmation devant le Sénat fut âpre et mouvementée. Les démocrates avaient combattu jusqu’au bout, sachant qu’au-delà de la nomination du secrétaire de l’Agriculture se jouait la prochaine élection présidentielle. Finalement, Richard Nixon obtint ce qu’il voulait : Earl Butz rejoignit son gouvernement. Et la menace d’une défaite en 1972 s’éloigna. Mais, sans que personne ne le pressente, commença une révolution dont le monde digère encore aujourd’hui les conséquences.

Earl Butz avait de quoi jubiler. À bientôt soixante-deux ans, ce natif de l’Indiana atteignait enfin le sommet. Depuis 1932 et son diplôme de l’université de Perdue, il avait navigué dans les méandres de la politique et de l’agriculture comme un poisson dans l’eau. Coriace républicain à la langue bien pendue, Butz avait toujours défendu les intérêts du monde agricole. Du moins d’une certaine partie de celui-ci. Le nouveau membre du cabinet de Richard Nixon était persuadé que l’agriculture, en pleine modernisation, appartenait désormais au monde des affaires. Butz avait d’ailleurs été le premier à parler d’agrobusiness. Et ce soir-là, dans une aile de la Maison- Blanche, devant le Tout-Washington, il martelait sa vision : « Notre agriculture est la véritable base de la richesse en Amérique. La première nécessité à la vie est la nourriture. […] Il n’existe pas d’autre endroit au monde où les gens aient accès à de la nourriture avec autant d’abondance, de qualité et à si bas prix ».

Les temps changeant, le président savait que Butz avait raison. Les grosses compagnies piaffaient d’impatience, frustrées des contraintes votées sous Roosevelt. Le New Deal avait protégé le petit propriétaire, alors que selon elles, l’avenir appartenait à la concentration et à la rationalisation des coûts. Nixon n’ignorait pas non plus que les généreux contributeurs de sa prochaine campagne seraient ravis de la nomination de Butz. Lui-même était en outre inquiet de la mauvaise humeur des agriculteurs. En 1971, le prix du grain étant bas, son opposant démocrate originaire du Dakota, George McGovern, en avait fait un argument de campagne et enfonçait le clou. Si Nixon n’entreprenait rien pour aider les fermiers, ces derniers voteraient pour le démocrate. Contesté à cause de l’enlisement au Viêtnam, il ne pouvait donc se permettre d’affronter une forme moderne de jacquerie. La nomination de Butz et son passé pro-agriculture constituaient la solution. C’est pourquoi, le 2 décembre 1971, avant même de rejoindre son nouveau bureau, Earl passa à l’attaque : « Nous allons nous mettre à travailler promptement afin d’augmenter le revenu fermier. Nous allons faire monter les prix à un niveau satisfaisant. Comme je l’ai dit […] le prix du maïs est trop bas, et ce genre de déclaration ne laisse pas trop de place à l’interprétation ».

Pour Nixon, Butz allait faire des miracles à la tête de l’USDA. Et bientôt, la menace McGovern relèverait de l’histoire ancienne. Il était donc temps de lancer l’impression du matériel électoral qui mettrait clairement en main le marché : « Fermiers : réélisez Nixon ou vous perdrez Butz ».

Le 2 décembre 1971, Richard Nixon pensait en somme avoir assuré sa prochaine victoire. Mais en agissant ainsi, il déclencha une crise qui deviendrait bientôt mondiale. »

La suite … demain. L’extrait d’aujourd’hui étant une introduction nécessaire à la compréhension de ce qui va suivre.

 

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