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« Quand je regarde mes photos de jeunesse, je réalise que, finalement, je n’étais pas si grosse que ça. Moi qui me vivais comme un monstre immonde ! Si j’avais su, je n’aurais même pas dû faire tous ces régimes !

Je me souviens, je devais avoir 8 ans, ma mère me traînait tous les mois à l’hôpital pour consulter le spécialiste du poids. Je voyais tout un tas de gens en blouse blanche, qui me déshabillaient, me pesaient, me mesuraient, me pal¬paient, me posaient plein de questions auxquelles je répondais toujours oui, par peur d’être punie, et surtout pour ne pas décevoir ma mère, complètement désespérée. Enfin, je rencontrais « le » docteur qui, me fixant d’un regard que je recevais comme accusateur, donnait à ma mère des instructions carrées sur ce que j’avais le droit de manger ou pas. Ordonnance que ma mère, inquiète et coupable d’avoir un enfant dont le poids n’était pas dans la norme, s’évertuait à appliquer scrupuleusement une fois à la maison.

C’est bien simple, je n’avais plus droit qu’à de la nourriture allégée, spéciale enfant gros, sans sucre, sans gras, tout vapeur, tout dégoûtant ! Elle en pas¬sait du temps à cuisiner, un menu pour moi, un menu pour mon frère et mon père qui, eux, pouvaient manger comme 4 sans prendre 1 gramme ! Je n’avais définitivement plus le droit de manger comme tout le monde, ni celui de me régaler. Je me sentais la paria de la famille, le vilain petit canard noir de l’his¬toire. Qu’avais-je donc fait de si mal pour vivre ainsi à l’écart des miens, ne pouvant plus partager les bons petits plats bien goûteux parce que gras ? Ces plats traditionnels, qui embaumaient la maison, n’étaient plus que pour les autres.

Je reconnais que ma mère m’accompagnait dans « mon régime ». Mais elle, c’est elle. Moi, c’est moi ! Pourquoi cette punition, pourquoi cette injustice ? Pourquoi moi ? Et mon frère, qui prenait un malin plaisir à se gaver de chocolat devant moi alors que je n’y avait pas droit et que mon goûter ne se résumait qu’à un fruit et un yaourt maigre ! Beurk !

S’ils savaient combien je leur en ai voulu, à tous ! S’ils savaient que je ne pensais qu’à me venger en mangeant en cachette. C’était facile, à la sortie de l’école, il y avait « la » boulangerie, une vraie caverne d’Ali-Baba remplie de tout ce que j’aimais et qui me manquait parce que l’on m’en privait : les bonbons, les gâteaux, le chocolat, les pains au chocolat… Le paradis ! Les quelques sous que je pouvais économiser étaient consacrés à l’achat de ces aliments interdits. À l’école, les rares copines qui avaient pitié de moi me donnaient de temps en temps un peu de leur alléchant goûter. Personne n’a jamais su mes activités coupables. Personne. Bien que le spécialiste de l’hôpital, ne voyant pas ma courbe de poids évoluer dans le bon sens, me soupçonnait de tricherie. Au grand dam de ma mère qui s’estimait déshonorée dans son rôle de mère nourricière, refusant d’être accusée de non-assistance à personne en danger de surpoids, et répétait avec grande conviction qu’elle faisait tout ce que le docteur lui disait pour que je maigrisse.

J’entends encore toutes les réflexions que j’ai « avalées » depuis mon enfance :

« Ne te ressers pas, tu n’as plus faim. Fais attention »

« Arrête de manger autant que ça, ce n’est pas comme cela que tu vas maigrir ! »

« Bouge-toi, fais du sport »

« Dis donc, tu n’aurais pas encore grossi toi ?

Mais jusqu’où vas-tu aller comme ça ? »

« Fais quelque chose, tu ne peux pas rester comme cela, réagis ! »

« Regarde ton frère, il est mince, lui ! Tu ne veux quand même pas être malade plus tard, être en fauteuil roulant ? Encore faudrait-il qu’il en existe un à ta taille ! »

« Regarde ton ventre, tu n’as pas honte ? »

Et vous, vous vous êtes vus ? Qu’est-ce que j’y peux, moi, si dans ma famille, les filles ont toujours été bien portantes ? Sauf maman.

Oui, car il faut savoir que ma mère est constamment au régime. Elle veut plus que tout être mince, et elle y arrive… au prix de restrictions alimentaires intenables pour moi. Quelquefois, je la surprends en train de craquer. Alors elle accuse d’une voix en colère tantôt ses grossesses de lui avoir déformé le corps (merci maman), tantôt sa glande thyroïde de lui jouer des tours, ou bien alors mon père, de manger sous son nez du chocolat ou autres gâteaux alléchants. Comme prise au piège, elle enchaîne en m’accusant d’être grosse – comme si je ne le savais pas moi-même – que je n’ai pas de volonté, qu’elle a quelquefois honte de moi (merci pour le quelquefois) et qu’il faudrait que je mange mieux parce qu’elle s’épuise à me faire des repas légers et que je n’y mets pas de bonne volonté.

1. D’abord, je n’ai rien demandé.

2. Ensuite, ce n’est pas ma faute si je ressemble à mamie Jeanne, sa mèèère.

3. Enfin, je la hais !

Mon père, à part me dire – encore à mon âge – que j’ai de grosses fesses, qu’il faut que je fasse quelque chose pour maigrir, que c’est de ma faute si j’en suis là et que je devrais me bouger davantage (alors que lui est avachi devant sa télévision, plus pantouflard que lui, tu meurs !), c’est fou ce qu’il sait faire. Bref, d’après lui, je ne fais aucun effort et si je continue comme ça, je suis condamnée à avoir, au mieux du diabète, au pire un accident vasculaire cérébral et une paralysie avant la mort. Et comment fera-t-on pour me mettre dans un cercueil qui n’existera pas à ma taille ? Merci papa ! Reçu 5 sur 5. Je le hais !

 

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Une réponse à Le témoignage de Véronique, 43 ans : son enfance (1)

  • carolin dit :

    Ca fait écho en moi… avec toutes les phrases contradictoires;
    ‘ ne te ressert pas tu vas grossir, ‘tu n’as rien mangé tu vas être malade’…

    Par contre, dans ma famille le souci principal c’était ma santé. et du coup, je me servais de mon problème de poids pour attirer l’attention…

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