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Le Poids et le Moi, de Bernard Waysfeld

L’intérêt principal du livre de Bernard Waysfeld est que son auteur est médecin, et complète l’approche psychologique avec une approche organique. Cependant, si l’anorexie et la boulimie sont évoqués, c’est sur l’obésité que l’auteur s’attardera le plus, en particulier à travers une longue et constante charge contre les régimes restrictifs.

Si, comme pour l’anorexie ou la boulimie, il n’y a pas de remède magique contre l’obésité, les régimes restrictifs sont en effet présentés comme, en plus d’être une torture passée l’euphorie des premiers kilos perdus, inefficaces et même néfastes. Non seulement manger moins pour manger moins réduit aussi les apports nutritionnels indispensables (vitamines, minéraux, …), mais de plus l’organisme ne fait pas la différence entre régime volontairement auto-infligé et famine, et s’empressera par conséquent, une fois l’alimentation revenue à la normale, de récupérer les kilos perdus… avec un bonus, pour pouvoir faire face à la prochaine « pénurie ».

L’auteur est de plus en plus explicite sur le sujet au fur et à mesure du texte : le succès de ces régimes n’est pas seulement dû à l’absence, pour l’instant, de thérapie idéale et à leur trompeuse efficacité à court terme, mais aussi au culte de la maigreur de notre société, et du racisme anti-gros qui l’accompagne (quand on y pense, le racisme anti-gros est d’ailleurs l’un des plus confortables qui soient : en un simple coup d’oeil, il permet de « déduire » qu’une personne est gourmande, oisive, insouciante etc…, nous renvoyant par effet de miroir une image flatteuse de nous-même en fourmi travailleuse, courageuse et altruiste). Le thérapeute punit le patient d’être gros, et le patient, sous l’influence des regards subis au quotidien, accepte de s’autoflageller -« une majorité de sujets obèses (ou souffrant de troubles du comportement alimentaire) ressent une immense culpabilité qui justifie, à leurs yeux, qu’on les punisse en les affamant, car ils trouvent ainsi une forme de soulagement, d’absolution »-. Un autre avantage douteux de cette approche morale est que, si le traitement échoue, c’est forcément la faute du patient (« Dans les camps de concentration, il n’y avait pas d’obèses, n’est-ce pas? Vous reviendrez me voir quand vous aurez perdu 10 kilos! » auraient parfois asséné certains médecins… c’est bien connu, l’état de santé des détenus des camps de concentration était on ne peut plus enviable).

Accepter d’écouter le patient sur le long terme, pour détecter une éventuelle origine qui n’aurait rien d’organique : la psychanalyse travaille de concert avec la diététique. Les influences principales de l’auteur semblent être Lacan et Ginette Raimbault, mais de nombreux cas cliniques illustrent ses propos. En ce qui concerne l’anorexie sont évoqués le refus de la féminité (« victoire » obtenue avec la diminution des formes -jamais suffisante- et l’arrêt des règles), l’ascétisme extrême (il est rappelé que les anorexiques ONT faim, la domination de la faim fait partie du sentiment de contrôle absolu du corps), le désir de satisfaire de façon distordue une attente supposée des parents, … On est toutefois plus dans l’esquisse que dans la clef interprétative ou thérapeutique magique, et des lectures complémentaires sont probablement indispensables pour approfondir l’approche analytique.

Le livre s’achève sur la présentation de tests, et de propositions thérapeutiques plus directes : le régime à l’envers (ne pas dire au patient ce qu’il ne doit pas manger mais ce qu’il DOIT manger, le fait de faire 3 repas par jour étant primordial à la fois d’un point de vue diététique -pas de faim=pas de grignotage- et social), couplé à l’écoute sur la durée pour discerner ce qui cause le problème et le faire saisir et accepter au patient…

L’approche est claire, riche, parsemée de suggestions bibliographiques. Certes on ne trouve pas la clef analytique du Mystère de l’anorexie/de la boulimie, mais cette lecture permet une approche plus informée des troubles de l’alimentation et rien n’empêche d’approfondir.

 

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